{"id":612,"date":"2013-02-02T00:00:00","date_gmt":"2014-02-06T11:37:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.army-chaplaincy.be\/benl\/2012\/06\/16\/religion-et-nationalisme\/"},"modified":"2021-02-06T20:37:11","modified_gmt":"2021-02-06T19:37:11","slug":"religion-et-nationalisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/2013\/02\/02\/religion-et-nationalisme\/","title":{"rendered":"Religion et nationalisme"},"content":{"rendered":"<p>Le 14 d\u00e9cembre 1999 avait lieu \u00e0 l&#8217;Institut Royal Sup\u00e9rieur de D\u00e9fense et \u00e0 l&#8217;initiative du Centre d&#8217;\u00e9tudes Th\u00e9ologie et \u00e9thique militaire un colloque sur le th\u00e8me: Religion et nationalisme dans les nouveaux conflits avec la participation de quatre orateurs ext\u00e9rieurs: le g\u00e9n\u00e9ral e.r. serbe bosniaque Divjak (d\u00e9fenseur, du c\u00f4t\u00e9 bosniaque, de la ville de Sarajevo), l&#8217;aum\u00f4nier en chef de l&#8217;arm\u00e9e croate Roscic, le directeur de l&#8217;Institut f\u00fcr Theologie und Frieden le Dr. Justenhoven et le P\u00e8re E.Herr s.j., auteur d&#8217;une th\u00e8se de doctorat sur &#8221; Etude \u00e9thique et th\u00e9ologique des questions de guerre et de paix en Europe&#8221;. Le colloque a rassembl\u00e9 une centaine de personnes. Un num\u00e9ro sp\u00e9cial sera consacr\u00e9 aux interventions et aux suites de cette rencontre. Ci-dessous est \u00e9voqu\u00e9 la probl\u00e9matique globale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right\"><em><a href=\"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/aalmoezeniersdienst\/leden\/profiel-selis-claude\/\">Selis Claude<\/a><\/em><\/p>\n<p>On assiste, indubitablement, \u00e0 un r\u00e9veil des nationalismes. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne peut para\u00eetre paradoxal \u00e0 l&#8217;\u00e8re de la mondialisation. Au contraire, il s&#8217;agit sans doute en partie d&#8217;une r\u00e9action contre cette mondialisation o\u00f9 les populations craignent de perdre leur identit\u00e9. Mais on sait qu&#8217;un autre ph\u00e9nom\u00e8ne a favoris\u00e9 ces r\u00e9veils : la fin de la logique des Blocs (Est-Ouest) a lib\u00e9r\u00e9 des revendications nationales longtemps gel\u00e9es ou \u00e9touff\u00e9es au nom de cette logique.<\/p>\n<p>Ce qui est plus curieux, c&#8217;est que ces aspirations nationalistes se sont exprim\u00e9es sous des formes religieuses, m\u00eame dans des pays largement ath\u00e9es. Certes, pour les pays de l&#8217;ancienne URSS en tout cas, le retour \u00e0 la libert\u00e9 religieuse faisait partie de leur lib\u00e9ration tout court mais \u00e9conomistes et strat\u00e8ges auraient plut\u00f4t donn\u00e9 la priorit\u00e9 \u00e0 l&#8217;ind\u00e9pendance \u00e9conomique et militaire. Or, pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 ces niveaux-l\u00e0 (qui font la vraie ind\u00e9pendance, croit-on), ces m\u00eames pays se sont empress\u00e9s de s&#8217;int\u00e9grer \u00e0 des Alliances (du type Union Europ\u00e9enne ou OTAN) leur \u00f4tant une grande part de cette ind\u00e9pendance ! Il est \u00e9galement int\u00e9ressant de constater que ces tr\u00e8s rationnels arguments \u00e9conomiques et militaires n&#8217;ont pas \u00e9mus ni motiv\u00e9 les populations concern\u00e9es.  Il fallait retrouver la libert\u00e9. Cela passait par le rejet de l&#8217;ancien mod\u00e8le (\u00e9conomie sovi\u00e9tique planifi\u00e9e et Pacte de Varsovie) mais il n&#8217;y a pas eu de ferveur \u00e0 adopter l&#8217;autre mod\u00e8le (march\u00e9 libre et OTAN). Au contraire, sauf dans les milieux financiers ou d&#8217;une nouvelle \u00e9lite, la circonspection \u00e9tait grande et un passage progressif d&#8217;un mod\u00e8le \u00e0 un autre aurait \u00e9t\u00e9 souhait\u00e9 (et, sans doute, souhaitable). Par contre, l&#8217;identit\u00e9 religieuse (catholique, orthodoxe ou musulmane dans le cas des Balkans) a aussit\u00f4t, spontan\u00e9ment et largement, \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e et utilis\u00e9e pour se reconstituer une identit\u00e9 nationale et se d\u00e9marquer des autres. <\/p>\n<p>Il y a de quoi s&#8217;interroger sur la qualit\u00e9 de cet attachement religieux, surtout aupr\u00e8s de ces populations &#8221; ath\u00e9is\u00e9es&#8221;. Il est probable en effet que la plupart de ceux qui portent haut leurs embl\u00eames religieux ne savent m\u00eame pas \u00e0 quoi ils correspondent et s&#8217;int\u00e9ressent peu au contenu profond de la croyance en question. Il s&#8217;agit sans doute plut\u00f4t d&#8217;un attachement sociologique (adoption des us et coutumes du groupe social dont on fait partie) ou historique (conscience de devoir pr\u00e9server un patrimoine culturel). On ne peut pas nier qu&#8217;il puisse aussi y avoir de vrais choix personnels de conviction mais ce ne sont sans doute pas ceux-l\u00e0 qui ont utilis\u00e9 la religion comme moyen d&#8217;affirmation identitaire s\u00e9gr\u00e9gationniste. Il reste que le sociologue ou l&#8217;historien ne peut ignorer que le facteur religieux &#8221; fonctionne&#8221; encore, m\u00eame l\u00e0 o\u00f9 on aurait pu le croire \u00e9teint. Ne serait-ce pas que l&#8217;on touche \u00e0 une corde profonde de l&#8217;homme,  quelque soit notre jugement sur la qualit\u00e9 de cet attachement?<\/p>\n<p>On pourrait s&#8217;interroger encore sur l&#8217;influence des Institutions religieuses concern\u00e9es et leurs autorit\u00e9s. Il serait difficile de croire que les Institutions \u00e0 elles seules auraient pu cr\u00e9er aussi rapidement et aussi largement  une propagande religieuse \u00e0 ce point efficace si les conditions de r\u00e9ception n&#8217;avaient pas \u00e9t\u00e9 favorables. On retrouve la &#8221; corde profonde  de l&#8217;homme&#8221;. Les instances religieuses sont d&#8217;autant plus responsables de la manipulation qu&#8217; elles feraient de ce sentiment profond (respectable rien que parce que profond !). Th\u00e9oriquement, il y a peu de manipulation possible : le discours th\u00e9ologique de chacune des religions est connu, leurs Ecritures de r\u00e9f\u00e9rence font partie du domaine public. Toutes, \u00e0 premi\u00e8re vue ou selon le propos d&#8217;\u00e9minents repr\u00e9sentants, pr\u00eachent la paix, la tol\u00e9rance, la r\u00e9conciliation. Alors pourquoi la guerre?  Pourquoi les populations utilisent la religion pour se d\u00e9marquer, pour exclure, pour se motiver \u00e0 tuer l&#8217;autre? Il faudrait donc examiner le discours religieux de plus pr\u00e8s, dans son ensemble et sur la longue dur\u00e9e.  A moins que les instances religieuses aient un double langage : le discours officiel et un autre, plus occulte ! Mais m\u00eame celui-l\u00e0, sauf incoh\u00e9rence totale du syst\u00e8me (et donc son auto-invalidation), ne peut entrer en contradiction avec les principes fondamentaux du discours officiel ! Ce qui se passe sans doute, c&#8217;est que le discours religieux choisit, en fonctions des circonstances, d&#8217;insister moins sur certains aspects de son message ou leur donne une interpr\u00e9tation m\u00e9taphorique neutralisant leur force proph\u00e9tique pratique et, d&#8217;autre part, de gonfler d&#8217;autres aspects, valables en eux-m\u00eames peut-\u00eatre,  mais porteurs de discorde et de violence en telles ou telles circonstances. Outre le discours officiel, il faudrait donc rep\u00e9rer les effets de double langage et les m\u00e9canismes interpr\u00e9tatifs dans leurs liens avec des situations socio-politiques concr\u00e8tes.<\/p>\n<p>Si la religion est cet h\u00f4te ind\u00e9sirable (parce que porteur de division) dans la d\u00e9finition de la Nation, ne pourrait&#8211;on pas imaginer la Nation sans la Religion? C&#8217;est bien ce qui a \u00e9t\u00e9 tent\u00e9 en Europe occidentale suite, remarquons-le bien, \u00e0 la p\u00e9nible et longue &#8221; Guerre de religions&#8221; (entre protestants et catholiques) au 17\u00b0 si\u00e8cle. En France, c&#8217;est la principe de la s\u00e9paration de l&#8217;Eglise et de l&#8217;Etat qui a pr\u00e9valu. Son exercice s&#8217;est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 difficile, ambigu, parfois inadapt\u00e9 et injuste, souvent meurtrier (la guerre de Vend\u00e9e par exemple). Il manque une v\u00e9ritable \u00e9valuation qualitative de ce principe avant de vouloir l&#8217;imposer \u00e0 d&#8217;autres ! Le fait que le sujet soit tabou de la part de ses d\u00e9fenseurs montre que rien n&#8217;est r\u00e9gl\u00e9. En Allemagne, on s&#8217;est d&#8217;abord orient\u00e9 vers le principe plus r\u00e9aliste mais peu glorieux du &#8221; cuius regio, eius religio&#8221; (\u00e0 tel territoire telle religion). On renon\u00e7ait \u00e0 red\u00e9finir un consensus commun pour recr\u00e9er des petits mondes homog\u00e8nes parcellis\u00e9s. Ce processus n&#8217;avait aucun avenir mais le r\u00eave de reconstituer un grand empire id\u00e9ologiquement (et racialement) homog\u00e8ne en a \u00e9t\u00e9 nourri et a abouti aux cons\u00e9quences que l&#8217;on sait. D&#8217;autres tentatives de recr\u00e9er des mondes id\u00e9ologiquement (que l&#8217;id\u00e9ologie soit une religion ou une anti-religion) homog\u00e8nes seraient tout aussi inacceptables. Reste la question de recr\u00e9er un consensus. Car un groupe social donn\u00e9 sur un territoire donn\u00e9 ne peut pas vivre que de codes l\u00e9gislatifs (soci\u00e9t\u00e9 purement &#8221; contractuelle&#8221;). Il lui faut un accord id\u00e9ologique profond sur un certain nombre de valeurs fondamentales. De toute fa\u00e7on, un code l\u00e9gislatif repose sur des valeurs de type philosophique. Pourquoi faudrait-il exclure la religion, les religions, de ce d\u00e9bat. Il faut cependant que les religions acceptent ce d\u00e9bat c&#8217;est \u00e0 dire acceptent de renoncer \u00e0 leurs pr\u00e9tentions h\u00e9g\u00e9moniques respectives non pas n\u00e9cessairement en soi mais en tout cas dans le cadre de ce d\u00e9bat politique.<\/p>\n<p>N&#8217;y aurait-il pas lieu, finalement, de reposer aussi la question de la d\u00e9finition de la Nation. En Europe, nous sommes les h\u00e9ritiers d&#8217;une conception de l&#8217;Etat-Nation datant du 19\u00b0 si\u00e8cle o\u00f9 chaque Etat est con\u00e7u comme la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e de son Prince (m\u00eame si son prince est un parlement d\u00e9mocratiquement \u00e9lu). D&#8217;o\u00f9 l&#8217;importance obsessionnelle donn\u00e9e au principe de non-ing\u00e9rence dans les affaires int\u00e9rieures, l&#8217;acharnement \u00e0 se cr\u00e9er une histoire nationale homog\u00e9n\u00e9isante quitte \u00e0 fabriquer les mythes historiques  ad-hoc,  \u00e0 d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats de son pays m\u00eame contre les int\u00e9r\u00eats (ou m\u00eame l&#8217;existence) des autres ou du genre humain tout court, \u00e9ventuellement assortie de la n\u00e9buleuse croyance que si chacun poursuit son int\u00e9r\u00eat propre, l&#8217;int\u00e9r\u00eat de tous sera assur\u00e9. Ce concept a eu du succ\u00e8s (\u00e9galement \u00e0 l&#8217;exportation) puisqu&#8217;il attribuait un pouvoir \u00e9norme au Pouvoir. Il est devenu bien difficile de s&#8217;en d\u00e9faire. M\u00eame le bel id\u00e9al europ\u00e9en (suite, \u00e0 nouveau, \u00e0 des guerres !) s&#8217;est orient\u00e9 vers une Europe des Etats et non une Europe des r\u00e9gions (qui aurait pu \u00eatre bien plus proche des gens et pouvant se revendiquer de racines historiques bien plus anciennes). On voit aussi qu&#8217;\u00e0 chaque pr\u00e9texte, les r\u00e9flexes protectionnistes nationaux remontent \u00e0 la surface. C&#8217;est aussi cette structure d&#8217;Etat-Nation et le pouvoir qu&#8217;il veut garder qui donne \u00e0 une id\u00e9ologie f\u00e9d\u00e9rative (r\u00f4le que peut jouer une religion, surtout une religion &#8221; sociologique&#8221;) une place aussi importante. Sans r\u00e9duire l&#8217;Etat \u00e0 une pure administration des choses, comment red\u00e9finir autrement la Nation (si c&#8217;est bien n\u00e9cessaire) pour que des \u00eatre humains puissent vivre ensemble et se d\u00e9velopper dans toutes leurs dimensions pour le plus grand bonheur de tous?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le 14 d\u00e9cembre 1999 avait lieu \u00e0 l&#8217;Institut Royal Sup\u00e9rieur de D\u00e9fense et \u00e0 l&#8217;initiative du Centre d&#8217;\u00e9tudes Th\u00e9ologie et \u00e9thique militaire un colloque sur le th\u00e8me: Religion et nationalisme dans les nouveaux conflits avec la participation de quatre orateurs ext\u00e9rieurs: le g\u00e9n\u00e9ral e.r. serbe&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-612","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-om-rondom"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/612","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=612"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/612\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8981,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/612\/revisions\/8981"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=612"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=612"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=612"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}