{"id":611,"date":"2013-02-02T00:00:00","date_gmt":"2014-02-06T11:37:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.army-chaplaincy.be\/benl\/2012\/06\/16\/le-point-de-vue-du-theologien-de-lobeissance-religieuse-a-la-deobeissance-civile\/"},"modified":"2021-02-06T20:37:11","modified_gmt":"2021-02-06T19:37:11","slug":"le-point-de-vue-du-theologien-de-lobeissance-religieuse-a-la-deobeissance-civile","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/2013\/02\/02\/le-point-de-vue-du-theologien-de-lobeissance-religieuse-a-la-deobeissance-civile\/","title":{"rendered":"Le point de vue du th\u00e9ologien: de l&#8217;ob\u00e9issance &#8216;r\u00e9ligieuse&#8217; \u00e0 la d\u00e9ob\u00e9issance civile"},"content":{"rendered":"<p>Dans le cadre d&#8217;un colloque sur l&#8217;ob\u00e9issance militaire organis\u00e9 \u00e0 l&#8217;Ecole Royale Militaire par la chaire de philosophie les 27 \u2013 28 et 29 juin 2001, les organisateurs avaient invit\u00e9 l&#8217;aum\u00f4nier Selis \u00e0 pr\u00e9senter, dans une session parall\u00e8le, le point de vue du th\u00e9ologien sur le sujet. Vous trouverez ici, en substance, la r\u00e9flexion d\u00e9velopp\u00e9e en cette circonstance.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right\"><em><a href=\"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/aalmoezeniersdienst\/leden\/profiel-selis-claude\/\">Selis Claude<\/a><\/em><\/p>\n<p>Il ne fait pas de doute que l&#8217;Eglise ait d\u00e9velopp\u00e9 une r\u00e9flexion consistante \u00e0 propos de l&#8217;ob\u00e9issance dans ses deux aspects : par rapport \u00e0 Dieu et par rapport \u00e0 l&#8217;autorit\u00e9 humaine. Il ne fait pas de doute non plus que ces conceptions aient eu une influence sur la soci\u00e9t\u00e9 civile, qu&#8217;elle ait voulu les exploiter ou s&#8217;en d\u00e9faire. Il se justifie donc de faire le point sur la question d&#8217;autant plus que la th\u00e9ologie politique de l&#8217;Eglise s&#8217;est profond\u00e9ment modifi\u00e9e au cours de ces deux derniers si\u00e8cles et que les conditions militaires se sont encore tout r\u00e9cemment modifi\u00e9es aussi.<\/p>\n<p>\n<strong>1. L&#8217;ob\u00e9issance \u00e0 l&#8217;autorit\u00e9 civile s&#8217;est essentiellement d\u00e9finie autour de trois valeurs dans la doctrine de l&#8217;Eglise:<\/strong><\/p>\n<p>\t&#8211; <strong><em>le loyalisme:<\/em><\/strong><\/p>\n<p> Le principe de base en est: il faut ob\u00e9ir aux autorit\u00e9s naturelles et civiles car leur autorit\u00e9 vient de Dieu (Rm.13,1 et Col.3,18-25 ou Eph. 5,21 \u2013 6,9 et aussi Jn.16,11) mais en cas de conflit d&#8217;autorit\u00e9, &#8221; il faut ob\u00e9ir \u00e0 Dieu plut\u00f4t qu&#8217;aux hommes&#8221; (Ac.5,29). Dans son exp\u00e9rience historique, l&#8217;Eglise fut tr\u00e8s vite soumise \u00e0 ce dilemme et, en refusant le culte \u00e0 l&#8217;empereur, pratiqua concr\u00e8tement la d\u00e9sob\u00e9issance civile, lui donnant d&#8217;ailleurs ses lettres de noblesse et installant d\u00e9finitivement et fermement ce concept dans la doctrine politique de l&#8217;Eglise. On conna\u00eet le revirement du constantinisme, renon\u00e7ant \u00e0 mettre l&#8217;Eglise en situation de d\u00e9sob\u00e9issance civile et exploitant au contraire son loyalisme au service de l&#8217;Empire. <\/p>\n<p>\n\t&#8211; <strong><em>le l\u00e9gitimisme:<\/em><\/strong><\/p>\n<p> En fait, l&#8217;Eglise a \u00e9t\u00e9 partag\u00e9e, en tout cas depuis le 13\u00b0s., entre deux tendances antagonistes \u00e0 ce sujet. D&#8217;une part, le raisonnement th\u00e9ologique &#8221; gr\u00e9gorien&#8221; (St Gr\u00e9goire le Grand, pape au 7\u00b0s.) qui \u00e9tait le suivant: si l&#8217;autorit\u00e9 vient de Dieu, l&#8217;autorit\u00e9 civile doit recevoir l&#8217;aval de l&#8217;Eglise pour \u00eatre l\u00e9gitime. Dans ce sch\u00e9ma, une institution (l&#8217;Eglise) accorde ou non \u00e0 une autre institution (l&#8217;Etat) un aval de type juridique, de mani\u00e8re globale. Suivant les \u00e9poques, en fonction du degr\u00e9 de christianisation des Etats,  on verra l&#8217;Eglise accorder un a priori favorable g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 (Moyen-Age) ou un a priori favorable s\u00e9lectif (Renaissance) ou un a priori d\u00e9favorable g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 (depuis la R\u00e9volution Fran\u00e7aise).  D&#8217;autre part, rompant radicalement avec cette vision th\u00e9ocratique, le raisonnement th\u00e9ologique thomiste (St Thomas d&#8217;Aquin, th\u00e9ologien du 13\u00b0s.) d\u00e9fendra le principe de l&#8217;autonomie du politique: l&#8217;autorit\u00e9 est une fonction qui se justifie par l&#8217;organisation (et donc la hi\u00e9rarchisation) de tout groupe social par lui-m\u00eame mais elle devrait se soumettre au Droit Naturel (qui ne peut que correspondre au Droit divin). L&#8217;ob\u00e9issance n&#8217;est qu&#8217;une vertu sociale (et non th\u00e9ologale). On n&#8217;y est pas tenu si elle n&#8217;est pas ordonn\u00e9e au bien commun et si l&#8217;adh\u00e9sion n&#8217;y est pas libre et ne s&#8217;adresse pas \u00e0 la raison (la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u00e9pend donc de conditions &#8221; morales&#8221; objectives). <\/p>\n<p>Dans ce sch\u00e9ma, il n&#8217;est question que d&#8217;aval moral de la part de l&#8217;Eglise, dont l&#8217;objet se limite \u00e0 v\u00e9rifier la conformit\u00e9 au Droit Naturel (dont elle s&#8217;estime la meilleure garante). Cet aval ne peut \u00eatre donn\u00e9 qu&#8217;au cas par cas, quand ils se posent. Il n&#8217;oblige qu&#8217;\u00e0 une &#8221; ob\u00e9issance morale&#8221; ne dispensant pas la conscience personnelle de r\u00e9assumer ou non, de mani\u00e8re libre et critique, l&#8217;orientation avanc\u00e9e.<\/p>\n<p>\n\t&#8211; <strong><em>le &#8221; victimisme&#8221;:<\/em><\/strong>\t<\/p>\n<p>Le fondement scripturaire en est ce verset de la Passion du Christ : &#8221; que ta volont\u00e9 se fasse et non la mienne&#8221; (Mc.14,36 et parall\u00e8les), compl\u00e9t\u00e9 et confirm\u00e9 par de nombreuses allusions dans les \u00e9p\u00eetres pauliniennes, du type &#8221; il se fit ob\u00e9issant jusqu&#8217;\u00e0 la mort&#8221;. Les \u00e9p\u00eetres pauliniennes d\u00e9velopperont d&#8217;autre part un id\u00e9al d&#8217;imitation de J-C, d&#8217;abn\u00e9gation de soi et la disposition au sacrifice (y compris ultime) qui deviendront les composantes de l&#8217;ob\u00e9issance religieuse. Celle-ci se vivra, dans le cadre de l&#8217;\u00e9r\u00e9mitisme primitif (mi- 4\u00b0s), sous forme de rupture d&#8217;avec la &#8221; monde&#8221; (et donc refus g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 d&#8217;ob\u00e9issance aux autorit\u00e9s de ce monde) au profit d&#8217;une ob\u00e9issance mystique (ob\u00e9issance inconditionnelle \u00e0 Dieu). Le c\u00e9nobitisme (r\u00e8gles monastiques de St Basile en Orient et de St Beno\u00eet en Occident) va vouloir &#8221; civiliser&#8221; cette conception de l&#8217;ob\u00e9issance en la faisant passer par un Sup\u00e9rieur religieux. Sous r\u00e9serve de satisfaire au crit\u00e8re de l\u00e9gitimit\u00e9, l&#8217;autorit\u00e9 civile va estimer pouvoir exiger cette &#8221; ob\u00e9issance religieuse&#8221; \u00e0 son profit (h\u00e9ro\u00efsme, sacrifice de soi). L&#8217;Eglise va jouer le jeu.<\/p>\n<p>\n<strong>2. Ces valeurs ont \u00e9t\u00e9 reconsid\u00e9r\u00e9es suite \u00e0 l&#8217;exp\u00e9rience politique n\u00e9gative de l&#8217;Eglise ces deux derniers si\u00e8cles<\/strong><\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 au cours du Moyen-Age, la pr\u00e9tention politique de l&#8217;Eglise avait \u00e9t\u00e9 remise en question (Querelle des Investitures au 11\u00b0s et Querelle du Sacerdoce et du St Empire au 12\u00b0 et 13\u00b0s.). Le principe de la s\u00e9paration de l&#8217;Eglise et de l&#8217;Etat l&#8217;emporta d\u00e9finitivement au 18\u00b0s. (R\u00e9volution Fran\u00e7aise). La m\u00e9fiance de l&#8217;Eglise \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des Etats-Nations ne fit que s&#8217;accro\u00eetre tout au long du 19\u00b0s., provoquant un mouvement de renfermement de l&#8217;Eglise. Les guerres du 20\u00b0s. et, par la suite, les probl\u00e8mes du d\u00e9veloppement in\u00e9gal des pays firent s\u00e9rieusement douter de la capacit\u00e9 des Etats \u00e0 se g\u00e9rer en fonction du &#8221; bien commun&#8221;. <br \/>\nApr\u00e8s avoir d\u00e9velopp\u00e9 une th\u00e9ologie n\u00e9gative de l&#8217;Etat (jusqu&#8217;\u00e0 Pie XI), non sans \u00e9laborer petit \u00e0 petit une doctrine sociale propre (de L\u00e9on XIII \u00e0 nos jours), l&#8217;Eglise (avec Pie XII) ressortit le concept thomiste de l&#8217;autonomie du politique laiss\u00e9 dans l&#8217;ombre jusqu&#8217;alors mais en d\u00e9pla\u00e7ant le p\u00f4le de l\u00e9gitimit\u00e9 des Etats-Nations vers des instances internationales. Plus tard, avec le concile Vatican II et Paul VI, l&#8217;Eglise renoua avec une th\u00e9ologie positive, non pas de l&#8217;Etat, mais du politique, encourageant les chr\u00e9tiens \u00e0 s&#8217;engager activement dans les domaines relevant du bien commun. Par ailleurs, en dehors de l&#8217;Eglise institutionnelle, s&#8217;est d\u00e9velopp\u00e9e une th\u00e9ologie de la lib\u00e9ration, pr\u00f4nant une Eglise rompant les liens avec les structures du pouvoir, les d\u00e9non\u00e7ant m\u00eame au nom d&#8217;un proph\u00e9tisme biblique. Par ailleurs encore, le Protestantisme, encore plus traumatis\u00e9 par la &#8221; trahison&#8221; des Etats (puisque dans certains cas les \u00e9glises protestantes y \u00e9taient fort li\u00e9s), s&#8217;est plut\u00f4t orient\u00e9 vers une th\u00e9ologie de la responsabilit\u00e9 (toujours personnelle, jamais ali\u00e9nable).<\/p>\n<p>\n3. Les conditions  militaires ont, de leur c\u00f4t\u00e9, radicalement chang\u00e9 depuis cette derni\u00e8re d\u00e9cennie<\/p>\n<p>Avec la fin de la logique des Blocs, on est entr\u00e9 dans un contexte de conflits limit\u00e9s (du moins g\u00e9ographiquement et dans l&#8217;armement mais pas dans la cruaut\u00e9!) mais multipli\u00e9s (vu les enjeux et les risques de g\u00e9n\u00e9ralisation moindres), d\u00e9r\u00e9gul\u00e9s (arm\u00e9es irr\u00e9guli\u00e8res, m\u00e9thodes irr\u00e9guli\u00e8res, peu soucieuses des multiples trait\u00e9s si patiemment \u00e9labor\u00e9s depuis plus d&#8217;un si\u00e8cle) et complexes (par l&#8217;enchev\u00eatrement de racines et de causes ethniques, historiques, religieuses, linguistiques, socio-\u00e9conomiques et g\u00e9ographiques). Dor\u00e9navant, les grandes puissances et \/ ou puissances &#8221; r\u00e9guli\u00e8res&#8221; auront une responsabilit\u00e9 de &#8221; gendarmes du monde&#8221;. Elles y joueront un r\u00f4le de &#8221; forces d&#8217;interposition&#8221;, ce qui change radicalement la donne car elles n&#8217;y sont plus en position d&#8217;auto-d\u00e9fense de leur territoire ni, en principe, de conqu\u00eate. La justification et donc la motivation au combat (ou au moins aux sacrifices et aux co\u00fbts impos\u00e9s par ce genre de mission) devra trouver sa source dans des concepts moins imm\u00e9diats, plus abstraits et, th\u00e9oriquement, plus &#8221; gratuits&#8221; tels que les Droits de l&#8217;homme.<br \/>\nBref, si cette lecture est correcte, ne va-t-on pas vers une nouvelle configuration \u00e0 nouveau bipolaire entre d&#8217;une part une force r\u00e9guli\u00e8re d&#8217;intervention et, d&#8217;autre part, des forces irr\u00e9guli\u00e8res &#8221; partisanes&#8221;?<\/p>\n<p>\n<strong>4. Cette nouvelle forme de bipolarisation a des cons\u00e9quences  concr\u00e8tes dans la mani\u00e8re de vivre ces trois valeurs, cr\u00e9ant un d\u00e9s\u00e9quilibre certain<\/strong><\/p>\n<p>D&#8217;une part (du c\u00f4t\u00e9 &#8221; partisan&#8221;), le loyalisme se vivra spontan\u00e9ment comme un attachement affectif, inconditionnel et entier \u00e0 la &#8221; cause&#8221;. De l&#8217;autre (force r\u00e9guli\u00e8re d&#8217;intervention), il ne repr\u00e9sente plus qu&#8217;une obligation contractuelle et fonctionnelle (militaires par profession et donc dans les limites de la profession).<br \/>\nDu c\u00f4t\u00e9 &#8221; partisan&#8221;, la l\u00e9gitimit\u00e9 est acquise \u00e0 tout chef charismatique proche et m\u00e9ritant. Du c\u00f4t\u00e9 de la Force d&#8217;intervention, elle doit passer par une longue et lourde proc\u00e9dure d&#8217;Autorit\u00e9s internationales, faite de pond\u00e9rations et marchandages entre int\u00e9r\u00eats divers et divergents. Elle a besoin de moyens m\u00e9diatiques colossaux pour emporter l&#8217; &#8221; adh\u00e9sion&#8221; des opinions publiques.<br \/>\nLes mouvements &#8221; partisans&#8221; relevant habituellement d&#8217;une logique &#8221; religieuse&#8221;, les sacrifices et m\u00eame le sacrifice de sa vie y vont de soi. Cela leur donne une efficacit\u00e9 imm\u00e9diate, souple et parfois spectaculaire m\u00eame si elle est limit\u00e9e \u00e0 long terme. L&#8217;id\u00e9ologie sacrificielle ne fonctionne, par contre,  plus du tout dans une arm\u00e9e de professionnels et d&#8217;intervention. La doctrine officielle y est d&#8217;ailleurs devenue celle du &#8221; z\u00e9ro-mort&#8221;, sous pression des opinions publiques. On tente de la remplacer par une efficacit\u00e9 technologique.  <\/p>\n<p>Les moyens id\u00e9ologiques et techniques mis en \u0153uvre par les &#8221; forces r\u00e9guli\u00e8res&#8221; sont-ils la r\u00e9ponse ad\u00e9quate \u00e0 la r\u00e9surgence de cette forme primitive de commandement et d&#8217;ob\u00e9issance dont ces forces irr\u00e9guli\u00e8res sont porteuses? Leur d\u00e9ficit d&#8217;efficacit\u00e9 dans les contextes de gu\u00e9rilla (o\u00f9 vont tr\u00e8s certainement se cantonner les forces irr\u00e9guli\u00e8res) pourra-t-il \u00eatre compens\u00e9 par des nouvelles technologies? Ne risque-t-on pas de vouloir jouer sur le m\u00eame tableau de la surd\u00e9termination id\u00e9ologique en &#8221; satanisant&#8221; un &#8221; ennemi&#8221; \u00e0 grand renfort de conditionnement psychologique?<br \/>\nLes m\u00e9canismes &#8221; religieux&#8221; ne risquent-ils pas d&#8217;\u00eatre mis \u00e0 nouveau \u00e0 contribution?<\/p>\n<p>\n<strong>5. Quelle pourrait ou devrait \u00eatre la r\u00e9ponse th\u00e9ologique?<\/strong><\/p>\n<p>Au niveau de la loyaut\u00e9, on avait d\u00e9j\u00e0 assister \u00e0 un glissement de la loyaut\u00e9 \u00e0 un Etat vers une loyaut\u00e9 \u00e0 une autorit\u00e9 internationale (depuis la cr\u00e9ation de l&#8217;ONU). Vu le fonctionnement encore tr\u00e8s opportuniste de celle-ci, on pourrait s&#8217;orienter vers une loyaut\u00e9 \u00e0 des valeurs (telles que le bien commun, la dignit\u00e9 de la personne, &#8230;). Il ne s&#8217;agirait pas de la &#8221; Charte des Droits de l&#8217;homme&#8221; comme telle mais des valeurs privil\u00e9gi\u00e9es de la Doctrine sociale de l&#8217;Eglise (bien que ces deux corpus soient en fait tr\u00e8s largement compatibles). L&#8217;Eglise se permettrait de rester critique par rapport \u00e0 la loyaut\u00e9 de l&#8217;ONU \u00e0 ses propres principes. Pour \u00eatre efficace et \u00e9viter le bourrage de cr\u00e2ne en situation de crise, l&#8217;\u00e9ducation \u00e0 ces valeurs doit se faire pr\u00e9ventivement, \u00e0 long terme, en situation confortable pour provoquer une adh\u00e9sion rationnelle profonde et solide.<br \/>\nPar rapport \u00e0 la l\u00e9gitimit\u00e9, l&#8217;Eglise, fortement h\u00e9riti\u00e8re du Droit romain, en avait eu jusqu&#8217;au 20\u00b0s. une conception g\u00e9n\u00e9ralement tr\u00e8s &#8221; juridique&#8221; (le crit\u00e8re \u00e9tant le respect d&#8217;un certain nombre de formes, quelque soit le r\u00e9gime : monarchique, aristocratique ou d\u00e9mocratique). Avec l&#8217;apparition d&#8217;Etats ill\u00e9gitimes (en contradiction absolue avec le Droit Naturel: bolch\u00e9visme, nazisme,&#8230;) ou n&#8217;en ayant que la forme mais n&#8217;en exer\u00e7ant plus les responsabilit\u00e9s (Etats-fantoches, Etats-voyous, &#8230;) et devant la confusion entre situations &#8221; r\u00e9guli\u00e8res&#8221; et &#8221; irr\u00e9guli\u00e8res&#8221;, la tendance de l&#8217;Eglise est d&#8217;en  revenir au principe thomiste du jugement de l\u00e9gitimit\u00e9 au cas pas cas.  Dans le m\u00eame sens, n&#8217;y aurait-il pas lieu de renforcer la formation des personnes \u00e0 un jugement politique personnel et critique? Une conviction librement et solidement \u00e9tablie \u00e0 ce niveau redevient efficace.<br \/>\nConcernant le &#8221; victimisme&#8221;, l&#8217;Eglise devrait absolument s&#8217;abstenir d&#8217;encore jouer le jeu de la transposition de toute id\u00e9ologie sacrificielle ou m\u00eame du concept d&#8217;ob\u00e9issance religieuse vers la sph\u00e8re profane. Il y aurait m\u00eame une tr\u00e8s s\u00e9rieuse remise en question \u00e0 faire \u00e0 propos de l&#8217;ob\u00e9issance religieuse \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur de l&#8217;Eglise quand on se rend compte des circonstances historiques dans lesquelles ce concept est n\u00e9. Le sacrifice du Christ ne devait-il pas \u00eatre le dernier? Que pourrions-nous pr\u00e9tendre y ajouter ? La vraie question de l&#8217;engagement chr\u00e9tien n&#8217;est-elle pas de faire advenir, chaque jour un peu plus, le &#8221; Royaume de Dieu&#8221;? Le th\u00e8me de l&#8217; &#8221; imitation de J\u00e9sus-Christ&#8221; n&#8217;est-il pas \u00e0 remettre fermement dans cette perspective? Bref, ne faudrait-il pas parler de responsabilit\u00e9 plut\u00f4t que d&#8217;ob\u00e9issance? Militairement, le concept pourrait \u00e9galement avoir des applications bien plus larges qu&#8217;actuellement. Il serait d&#8217;ailleurs plus adapt\u00e9 aux situations complexes et permettrait sans doute de retrouver une efficacit\u00e9 respectueuse de l&#8217;humain.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans le cadre d&#8217;un colloque sur l&#8217;ob\u00e9issance militaire organis\u00e9 \u00e0 l&#8217;Ecole Royale Militaire par la chaire de philosophie les 27 \u2013 28 et 29 juin 2001, les organisateurs avaient invit\u00e9 l&#8217;aum\u00f4nier Selis \u00e0 pr\u00e9senter, dans une session parall\u00e8le, le point de vue du th\u00e9ologien sur&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7,8],"tags":[],"class_list":["post-611","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-studiecentrum","category-themas-in-de-militaire-ethiek"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/611","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=611"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/611\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8980,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/611\/revisions\/8980"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=611"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=611"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=611"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}