{"id":603,"date":"2013-12-25T00:17:40","date_gmt":"2013-12-25T00:17:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.army-chaplaincy.be\/benl\/2012\/06\/16\/violence-guerre-et-paix-dans-la-bible-deuteronome\/"},"modified":"2021-02-06T20:37:09","modified_gmt":"2021-02-06T19:37:09","slug":"violence-guerre-et-paix-dans-la-bible-deuteronome","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/2013\/12\/25\/violence-guerre-et-paix-dans-la-bible-deuteronome\/","title":{"rendered":"Violence, guerre et paix dans la Bible \u2013 Deut\u00e9ronome"},"content":{"rendered":"<p>Violence, guerre et paix dans la Bible &#8211; Une analyse des textes de Deut\u00e9ronome.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right\"><em><a href=\"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/aalmoezeniersdienst\/leden\/profiel-selis-claude\/\">Selis Claude<\/a><\/em><\/p>\n<p><strong><em>Pour entrer dans le livre du Deut\u00e9ronome<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Le Deut\u00e9ronome est le cinqui\u00e8me et dernier livre de la Torah.<br \/>\nSa d\u00e9nomination en fran\u00e7ais est la transposition de son nom en grec (deuteronomos) qui serait \u00e0 traduire par &#8221; seconde Loi&#8221;.<br \/>\nIl s&#8217;agirait en fait de la red\u00e9couverte d&#8217;un rouleau de la Loi  par le roi Josias en 622, \u00e0 l&#8217;occasion de la r\u00e9fection du Temple. En h\u00e9breu cependant, son nom est &#8221; deBarim&#8221; (les Discours), visant plut\u00f4t les discours (de Mo\u00efse) dont est constitu\u00e9 le livret, cens\u00e9s avoir \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9s juste avant d&#8217;entrer en Terre Promise, nous reportant alors au 13\u00b0 si\u00e8cle (avant notre \u00e8re, bien s\u00fbr). <\/p>\n<p>Il est certain que le livret contient des mat\u00e9riaux tr\u00e8s anciens (remontant peut-\u00eatre \u00e0 Mo\u00efse mais \u00e0 travers une tradition orale de six si\u00e8cles!). Cependant, sa premi\u00e8re \u00e9dition \u00e9crite doit dater du r\u00e8gne de ce roi, grand r\u00e9formateur religieux (\u00e9puration du culte et sa centralisation \u00e0 J\u00e9rusalem) et ayant b\u00e9n\u00e9fici\u00e9, par ailleurs, d&#8217;une conjoncture politique favorable (affaiblissement de l&#8217;Assyrie). Cette premi\u00e8re \u00e9dition devait comprendre les chapitres 12 \u00e0 26, soit le &#8221; Code deut\u00e9ronomique&#8221; proprement dit, tentative de classement de lois diverses (lois sur le culte, organisation de l&#8217;Etat, lois sur la famille, lois de puret\u00e9 et lois sociales). Dans une seconde phase (le si\u00e8cle apr\u00e8s Josias), une &#8221; Ecole deut\u00e9ronomiste&#8221; (c-\u00e0-d un groupe d&#8217;adeptes de la R\u00e9forme lanc\u00e9e par Josias) a compl\u00e9t\u00e9 la partie &#8220;code&#8221; par une partie &#8221; r\u00e9cit&#8221; (tout le reste du livret sauf le chap.33). Cette &#8221; \u00e9cole&#8221; est \u00e9galement l&#8217;auteur des livres historiques Josu\u00e9, Juges, Samuel et Rois (qui auront pour cadre historique l&#8217;occupation de la Terre Promise et les d\u00e9buts de la royaut\u00e9). La troisi\u00e8me phase daterait d&#8217;apr\u00e8s l&#8217;exil (apr\u00e8s 538). On lui attribue le chapitre 33 ainsi que la mise en forme d\u00e9finitive du livret.<\/p>\n<p>Ce mouvement de R\u00e9forme deut\u00e9ronomique est habituellement d\u00e9crit comme un mouvement d&#8217;int\u00e9riorisation religieuse (&#8221; Ma Loi est dans ton c&#339;ur&#8230;&#8221;) et de personnalisation de la religion (&#8221; Tu seras mon peuple et je serai ton Dieu&#8221; &#8230;) o\u00f9 la mis\u00e9ricorde tient une grande place (&#8221; Dieu plein de tendresse, lent \u00e0 la col\u00e8re et riche en bont\u00e9&#8221;&#8230;). Il est alors assez \u00e9tonnant de trouver dans ce livret quelques passages (mais pr\u00e9cis\u00e9ment ceux qui vont nous int\u00e9resser) t\u00e9moignant de sentiments nationalistes et guerriers. Ils s&#8217;expliquent, dans le cadre de la R\u00e9forme qui est le sien, par la volont\u00e9 de remobiliser les consciences, entre autre par la r\u00e9-\u00e9vocation &#8211;largement mythifi\u00e9e- de la conqu\u00eate de la Terre Promise (sept si\u00e8cles auparavant &#8230;) et de sa motivation religieuse (tout aussi largement mythifi\u00e9e). <\/p>\n<p>\n<strong>\u00b7 Textes \u00e9tudi\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Violence, guerre et paix dans la Bible &#8211; Deut\u00e9ronome<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\n<em>Textes \u00e9tudi\u00e9s:<\/em><br \/>\n(d\u00e9roulez ou cliquez sur le texte choisi)<\/p>\n<p>1. Deut. 1,19-46: Pour ou contre la conqu\u00eate ?<br \/>\n2. Deut. 2,1-23: Des peuples amis<br \/>\n3. Deut. 2,24 \u00e0 3,22: Des peuples ennemis<br \/>\n4. Deut. 5,6-22: Une Loi<br \/>\n5. Deut. 7,1-6: Un peuple s\u00e9par\u00e9<br \/>\n6. Deut. 9,1-6: Un Dieu vainqueur<br \/>\n7. Deut. 20,1-20: La conduite de la guerre<br \/>\n8. Deut. 25,17-19: L&#8217;ennemi absolu<br \/>\n9. Deut. 33,26-29: Testament de Mo\u00efse<\/p>\n<p>\n<strong><em>Encarts documentaires:<\/em><\/strong><br \/>\n1. Le Herem <br \/>\n2. La r\u00e9forme de Josias<br \/>\n3. Le Peuple \u00e9lu<\/p>\n<p>\n<strong>DEUT. 1,19-46:<br \/>\nPOUR OU CONTRE LA CONQUETE ?<\/p>\n<p><em>&#8221; Yahv\u00e9 combattra pour vous&#8221;<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nCet \u00e9pisode est repris \u00e0 Nombres 13 &#8211; 14 qu&#8217;il simplifie mais dont il garde l&#8217;esprit. Il est situ\u00e9 \u00e0 Qad\u00e8sh, cette porte d&#8217;entr\u00e9e dans le &#8221; d\u00e9sert grand et redoutable&#8221;. La page de l&#8217;Horeb est tourn\u00e9e ; celle de l&#8217;acc\u00e8s \u00e0 la Terre Promise va s&#8217;ouvrir. Cependant, le &#8221; don&#8221; de cette Terre passera en fait par la conqu\u00eate arm\u00e9e. Tr\u00e8s r\u00e9alistement, le peuple (en Nombres, c&#8217;est Mo\u00efse, sur l&#8217;ordre de Yahv\u00e9) fait faire une reconnaissance du pays. Les douze &#8221; espions&#8221; (un par tribu pour symboliser l&#8217;initiative commune de &#8221; tout Isra\u00ebl&#8221;) reviennent de mission en confirmant : &#8221; Oui, il est beau le pays que Yahv\u00e9 notre Dieu nous donne&#8221; (v.25) mais ils effraient aussi le peuple en d\u00e9crivant &#8221; un peuple plus puissant que nous, &#8230;, des villes immenses dont les fortifications montent jusqu&#8217;au ciel&#8221; (v.28). Le peuple refuse d&#8217;abord de s&#8217;aventurer dans une telle conqu\u00eate. Mo\u00efse tente de les rassurer : &#8221; N&#8217;ayez pas peur ! Ne tremblez pas devant eux ! Yahv\u00e9 notre Dieu qui marche \u00e0 votre t\u00eate, c&#8217;est lui qui va les combattre&#8230;&#8221; (v.30). Devant ce d\u00e9faitisme, Yahv\u00e9, en col\u00e8re, d\u00e9cide qu&#8217;aucun des adultes (sauf Caleb et Josu\u00e9) n&#8217;entrera en Terre Promise mais seulement leurs enfants. L&#8217;enjeu est en effet bien l\u00e0 : celui de la confiance ou non en Dieu et de l&#8217;ob\u00e9issance \u00e0 sa volont\u00e9.<br \/>\nL&#8217;\u00e9pisode suivant (v.41 \u00e0 46) nous montre, a contrario, le peuple d\u00e9cidant seul de partir en exp\u00e9dition contre les Amorites (Amal\u00e9cites en Nombres), premier peuple faisant ici obstacle sur le chemin de la Terre Promise. La tentative se termine en d\u00e9b\u00e2cle car elle ne correspondait pas \u00e0 ce moment-l\u00e0, dans ces conditions-l\u00e0, \u00e0 la volont\u00e9 divine.<br \/>\nNul doute que ce soit l&#8217;ob\u00e9issance \u00e0 la volont\u00e9 divine et non \u00e0 la sienne propre que vise le texte. A l&#8217;\u00e9poque o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit (deuxi\u00e8me phase r\u00e9dactionnelle pour toute cette partie 1,1 \u00e0 4,43), il ne s&#8217;agit plus d&#8217;ob\u00e9ir \u00e0 un quelconque plan de conqu\u00eate ou de reconqu\u00eate. Apr\u00e8s le d\u00e9clin assyrien dont a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 Josias, une autre puissance &#8211;babylonnienne- a pris la rel\u00e8ve. J\u00e9rusalem sera assi\u00e9g\u00e9e en 598 et la majeure partie de la population envoy\u00e9e en exil ! L&#8217;auteur deut\u00e9ronomiste pr\u00eache ici une ob\u00e9issance toute spirituelle pour un combat tout aussi spirituel.<\/p>\n<p>\n<strong>DEUT. 2,1-23:<br \/>\nDES PEUPLES AMIS<\/p>\n<p><em>&#8221; N&#8217;engage pas le combat avec eux&#8221;<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nCette \u00e9tape entre Qadesh et l&#8217;Arnon (Jordanie actuelle) se veut toute pacifique. Pour chacun des trois territoires \u00e0 traverser (Edom, Moab, Ammon), la consigne divine est r\u00e9p\u00e9t\u00e9e : &#8221; Ne les attaque pas, n&#8217;engage pas le combat avec eux&#8221;  (v.5,9,19). Cette consigne est justifi\u00e9e au nom d&#8217;un lien de parent\u00e9 (Edomites pr\u00e9sent\u00e9s comme les descendants d&#8217;Esa\u00fc <a name=\"text0\"><a href=\"#vn0\"><sup>[0]<\/sup><\/a>, Moabites et Ammonites pr\u00e9sent\u00e9s comme descendants de Lot <a name=\"text1\"><a href=\"#vn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>). Selon le r\u00e9cit de Nombres (20,14-21 ; 21,10-32  et 22-23), ce facteur ne joua pas. Sans doute, sommes-nous ici devant une reconstitution th\u00e9ologique (et simplifi\u00e9e pour la cause) de l&#8217;histoire. La volont\u00e9 du deut\u00e9ronomiste est d&#8217;inculquer le principe m\u00eame de la fraternit\u00e9 de race et, surtout, que la &#8221; conqu\u00eate&#8221; doit se faire selon le plan de Dieu et non selon les vis\u00e9es h\u00e9g\u00e9moniques de tel ou tel roi. C&#8217;est Dieu qui attribue les terres (ou, plus g\u00e9n\u00e9ralement, les bienfaits) et non l&#8217;homme qui se les approprie, selon la formule trois fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9e : &#8221; Car je ne te donne aucune propri\u00e9t\u00e9 en (ce) territoire ; c&#8217;est aux descendants de &#8230; que j&#8217;en ai donn\u00e9 la propri\u00e9t\u00e9&#8221; (v.5,9,19). La seule cause juste d&#8217;une &#8221; guerre sacr\u00e9e&#8221; est de correspondre au plan divin. La motivation ne peut en aucun cas relever d&#8217;int\u00e9r\u00eats mat\u00e9riels (richesse, puissance, &#8230;). Selon le comput de ce texte, cet \u00e9pisode &#8211;o\u00f9 il ne s&#8217;est rien pass\u00e9, sauf de longs d\u00e9tours- a dur\u00e9 38 ans, le temps que meure toute la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration du d\u00e9sert en punition pour sa d\u00e9fiance par rapport au plan divin (sc\u00e8ne de Qadesh). <\/p>\n<p>\n<strong>DEUT. 2,24 \u00e0 3,22:<br \/>\nDES PEUPLES ENNEMIS<\/p>\n<p><em>&#8221; Entreprends la conqu\u00eate, engage le combat contre lui&#8221;<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nL&#8217;\u00e9pisode suivant se situe entre l&#8217;Arnon (affluent de la Mer Morte) et le Mont Hermon (actuelle fronti\u00e8re jordano-syrienne) et concerne deux peuples (Amorites et Basan) consid\u00e9r\u00e9s comme ennemis. On per\u00e7oit donc bien qu&#8217;il y a une r\u00e9partition amis vs ennemis. La consigne divine est ici exactement inverse que pour les peuples pr\u00e9c\u00e9dents : &#8221; Entreprends la conqu\u00eate, engage le combat contre lui&#8221; (2,24 et 31). Le soutien divin est assur\u00e9 dans l&#8217;ex\u00e9cution de l&#8217;op\u00e9ration : &#8221; Vois ! J&#8217;ai commenc\u00e9 \u00e0 le mettre \u00e0 ta merci&#8221; 2,31 et 3,2). La guerre psychologique fait partie de l&#8217;arsenal : &#8221; Je commence d\u00e8s aujourd&#8217;hui \u00e0 te faire une r\u00e9putation terrible, effrayante, &#8230;&#8221; (2,25). Mais les bonnes mani\u00e8res sont respect\u00e9es : une ambassade est pr\u00e9alablement envoy\u00e9e pour demander le libre passage pacifique et sans pillage (2,27-28), dans les m\u00eames termes que les ambassades en Nombres (Nbr. 21,21-35). Toute l&#8217;histoire \u00e9tant, par a priori, conduite par Dieu, le refus de laisser passer est pr\u00e9sent\u00e9 comme incit\u00e9 par Yahv\u00e9 lui-m\u00eame. Le succ\u00e8s dans ces conditions est assur\u00e9. A noter qu&#8217;il n&#8217;y a aucun r\u00e9cit de combat. Seule l&#8217;issue est donn\u00e9e : &#8221; nous l&#8217;avons battu ainsi que ses fils et toutes ses troupes et nous avons conquis toutes ses villes&#8221; (2,33-34 et formule \u00e9quivalente en 3,3-4). Le fait que dans les deux cas l&#8217;anath\u00e8me (le herem) soit prononc\u00e9 (2,34 et 3,6) n&#8217;a sans doute rien \u00e0 voir avec la r\u00e9alit\u00e9 mais est certainement le signe qu&#8217;il s&#8217;agit bien de &#8221; guerre sacr\u00e9e&#8221; (c-\u00e0-d correspondant au plan divin et donc \u00e0 mener dans les strictes limites de celui-ci).<br \/>\nLa volont\u00e9 de justifier a posteriori et de faire entrer dans une histoire commune de Tout Isra\u00ebl la pr\u00e9sence de deux tribus (Ruben et Gad, ainsi que le clan Makhir de Manass\u00e9) en dehors de la Terre Promise proprement dite est l&#8217;une des intentions de ce texte (explicite en 3,12-17). Pour le reste, cette histoire &#8221; revisit\u00e9e&#8221; du point de vue th\u00e9ologique semble avoir pour but d&#8217;inviter le lecteur du 6\u00b0 si\u00e8cle \u00e0 s&#8217;inspirer du comportement &#8211;id\u00e9alis\u00e9- de ses anc\u00eatres du temps de Mo\u00efse (13\u00b0si\u00e8cle), en l&#8217;occurrence un comportement de soumission au plan divin, le seul profitable. La disposition finale : &#8221; mais tous vos soldats, bien \u00e9quip\u00e9s, devront passer le Jourdain \u00e0 la t\u00eate de vos fr\u00e8res, les Isra\u00e9lites &#8230;&#8221; (3,18-20) est une autre mani\u00e8re d&#8217;int\u00e9grer l&#8217;obligation de solidarit\u00e9 (idem en Nombres 32) de ces deux tribus pour que l&#8217;histoire du Tout Isra\u00ebl reste commune malgr\u00e9 que la r\u00e9alit\u00e9 n&#8217;ait sans doute pas \u00e9t\u00e9 celle-l\u00e0.<br \/>\nAu moment de passer l&#8217;\u00e9tendard \u00e0 Josu\u00e9, Mo\u00efse tire la le\u00e7on de ce qui est advenu \u00e0 ces deux peuples ennemis. Le m\u00eame sort attend &#8221; tous les royaumes o\u00f9 tu vas passer&#8221;. Il lui r\u00e9p\u00e8te ce qu&#8217;il avait dit au peuple alors que celui-ci h\u00e9sitait devant les Amorites (1,29) : &#8221; Ne les crains pas! Car c&#8217;est Yahv\u00e9 qui combat pour vous&#8221; (3,22).<\/p>\n<p>\n<strong>DEUT. 5,6-22:<br \/>\nUNE LOI\t\t<\/p>\n<p><em>&#8221; Tu ne commettras pas de meurtre&#8221;<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nLe D\u00e9calogue est ici rappel\u00e9 dans les m\u00eame termes qu&#8217;en Exode 20,1-20. Il fera l&#8217;objet d&#8217;une &#8221; cat\u00e9ch\u00e8se&#8221; constituant le second &#8221; discours&#8221; de Mo\u00efse (chap. 6 \u00e0 11). Les premiers articles concernent les &#8221; devoirs envers Dieu&#8221; ; les suivants, les &#8221; devoirs envers la soci\u00e9t\u00e9&#8221;. L&#8217;interdiction de tuer doit s&#8217;entendre du meurtre priv\u00e9 et non de l&#8217;homicide en g\u00e9n\u00e9ral puisque l&#8217;ex\u00e9cution judiciaire ainsi que le fait de tuer l&#8217;ennemi en situation de guerre est permis sinon m\u00eame requis. Ce commandement veut exclure la vengeance priv\u00e9e (y compris l&#8217;antique &#8221; loi du talion&#8221;) comme mode de r\u00e8glement des conflits internes. Il a compris que pour sortir de la violence, il faut d\u00e9l\u00e9guer \u00e0 une autorit\u00e9 tierce (l&#8217;autorit\u00e9 judiciaire) le soin de juger des torts et d&#8217;imposer une peine socialement r\u00e9paratrice (qui mette un terme au cycle de la violence). D&#8217;o\u00f9 l&#8217;interdiction &#8211;pour en assurer le bon fonctionnement- du faux t\u00e9moignage (v.20). Au-del\u00e0 des faits objectifs susceptibles de perturber gravement la vie sociale (le meurtre, l&#8217;adult\u00e8re et le vol), le texte d\u00e9nonce avec perspicacit\u00e9 une attitude fondamentalement g\u00e9n\u00e9ratrice de violence: la convoitise. <br \/>\nLe D\u00e9calogue ne vaut que pour Isra\u00ebl, dans sa relation \u00e0 Dieu et dans ses relations internes. Le prendre comme une &#8221; loi naturelle&#8221; serait trop solliciter le texte. D&#8217;ailleurs, dans la tradition juive, le D\u00e9calogue n&#8217;a pas connu la &#8221; sacralisation&#8221; qu&#8217;il a connu dans la tradition chr\u00e9tienne. Pour le juda\u00efsme, c&#8217;est l&#8217;ensemble des cinq premiers livres qui constitue la &#8221; Loi&#8221; (Torah). La Loi y est plus affaire de disposition globale de l&#8217;esprit, mani\u00e8re de voir les choses (rapports avec Dieu et rapports avec la soci\u00e9t\u00e9) et ne se r\u00e9sume pas \u00e0 10 articles, d&#8217;ailleurs totalement insuffisants pour organiser globalement une soci\u00e9t\u00e9. D&#8217;un autre c\u00f4t\u00e9, cette Loi se pr\u00e9sente comme une loi divine et non comme la simple \u00e9manation d&#8217;une volont\u00e9 humaine d&#8217;organisation (ni la volont\u00e9 d&#8217;un souverain ni celle d&#8217;un peuple). C&#8217;est ainsi le principe m\u00eame de l&#8217;h\u00e9t\u00e9ronomie qui est pos\u00e9 (pour \u00eatre efficace, une loi doit venir d&#8217; &#8221; ailleurs&#8221;), h\u00e9t\u00e9ronomie qui, paradoxalement, permet d&#8217;instaurer un lien direct (sans interm\u00e9diaire, sans contestations infinies sous divers pr\u00e9textes) entre l&#8217;Autorit\u00e9 et le sujet, tous les sujets \u00e9tant sur le m\u00eame pied par rapport \u00e0 cette Autorit\u00e9. Le probl\u00e8me est celui d&#8217;admettre une Autorit\u00e9 tierce, sans laquelle aucune vie sociale n&#8217;est possible et la violence in\u00e9vitable.<\/p>\n<p>\n<strong>DEUT. 7,1-6:<br \/>\nUN PEUPLE S\u00c9PAR\u00c9<\/p>\n<p><em>&#8221; C&#8217;est toi que Yahv\u00e9 ton Dieu a choisi parmi tous les peuples de la terre&#8221;<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nCet extrait est une reprise d&#8217;Exode 34,11-17 o\u00f9 il \u00e9tait \u00e9galement ins\u00e9r\u00e9 comme cons\u00e9quence de l&#8217;Alliance. Avant m\u00eame d&#8217;entrer dans le territoire \u00e0 conqu\u00e9rir, la victoire militaire sur les peuples occupant \u00e0 ce moment la Terre Promise est annonc\u00e9e. Dans leur \u00e9num\u00e9ration, le nombre de sept est \u00e9videmment symbolique du Peuple Elu qui les remplacera sur ce territoire. Les peuples \u00e9num\u00e9r\u00e9s ne correspondent d&#8217;ailleurs pas \u00e0 sept peuples diff\u00e9rents ni d&#8217;\u00e9gale importance (les Hiwwites et les J\u00e9bus\u00e9ens sont des peuples Amorites, les Perizzites sont une tribu hittite ou hourrite, les Girgashites sont inconnus par ailleurs, les Hittites sont un peuple important d&#8217;Asie Mineure dont quelques clans \u00e9taient peut-\u00eatre install\u00e9s en Canaan, les Amorites sont \u00e9galement un peuple important mais plut\u00f4t install\u00e9s en Transjordanie, les Canan\u00e9ens sont les seuls vraiment identifi\u00e9s comme habitants de cette terre). La liste en est st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e dans la litt\u00e9rature biblique. La guerre contre ces peuples dans ce territoire est consid\u00e9r\u00e9e d&#8217;office comme &#8221; guerre sacr\u00e9e&#8221; puisqu&#8217;il s&#8217;agit de r\u00e9aliser le plan divin.<br \/>\nMais il y aura une autre guerre \u00e0 mener : celle des m&#339;urs et de la puret\u00e9 religieuse &#8230; et celle-l\u00e0 n&#8217;est pas gagn\u00e9e d&#8217;avance ! D&#8217;o\u00f9 les mesures de s\u00e9gr\u00e9gations pr\u00e9conis\u00e9es par le Code (mais relevant peut-\u00eatre d&#8217;une r\u00e9vision &#8221; sacerdotale&#8221; du texte, apr\u00e8s l&#8217;exil, donc de la 3\u00b0 phase de r\u00e9daction). Il s&#8217;agit essentiellement de l&#8217;interdiction des mariages mixtes (isra\u00e9lite avec non-isra\u00e9lite) par peur de la contamination religieuse par ce biais. Une autre mesure, plus offensive, est la destruction des symboles de ces cultes (&#8221; d\u00e9molir leurs autels, mettre en pi\u00e8ces leurs st\u00e8les, abattre leurs pieux sacr\u00e9s, br\u00fbler leurs images&#8221; v.5). On sait par l&#8217;histoire (et le r\u00e9dacteur de ce texte le savait aussi) que ces peuples n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 extermin\u00e9s, que ces cultes &#8221; pa\u00efens&#8221; n&#8217;ont pas du tout \u00e9t\u00e9 \u00e9radiqu\u00e9s et que la &#8221; contamination&#8221; est rest\u00e9e un probl\u00e8me r\u00e9current jusqu&#8217;\u00e0 la fin. L&#8217;auteur de ce texte se situe donc au niveau d&#8217;un rappel d&#8217;exigence de puret\u00e9 religieuse interne au juda\u00efsme. Il \u00e9tait certes conscient (comme les proph\u00e8tes et le mouvement sacerdotal) de la difficult\u00e9 de vivre un monoth\u00e9isme relativement abstrait et de tr\u00e8s haute \u00e9l\u00e9vation par rapport \u00e0 une religiosit\u00e9 populaire inn\u00e9e s&#8217;attachant \u00e0 des objets sacralis\u00e9s au fil des diverses traditions. Il reste que cette volont\u00e9 de se positionner comme peuple s\u00e9par\u00e9 (ou &#8221; \u00e9lu&#8221;, dans un vocabulaire plus amoureux) risquait d&#8217;engendrer, par r\u00e9action, de puissants m\u00e9canismes d&#8217;exclusion par les non-\u00e9lus \u00e0 l&#8217;encontre des &#8221; \u00e9lus&#8221;, y compris \u00e0 d&#8217;autres niveaux que religieux.<\/p>\n<p>\n<strong>DEUT. 9,1-6:<br \/>\nUN DIEU VAINQUEUR<\/p>\n<p><em>&#8221; C&#8217;est Yahv\u00e9 ton Dieu qui marche \u00e0 votre t\u00eate comme un feu destructeur&#8221;<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nSe resituant une fois de plus \u00e0 la veille d&#8217;entrer r\u00e9ellement en Terre Promise, ce discours de Mo\u00efse refait le point. La grandeur du futur exploit est \u00e0 nouveau soulign\u00e9e dans le style de la litt\u00e9rature \u00e9pique : &#8221; Tu vas partir \u00e0 la conqu\u00eate de nations plus importantes et plus fortes que toi, de grandes villes dont les remparts montent jusqu&#8217;au ciel, d&#8217;une race de grande taille &#8230;&#8221; (v.1-2). Le v\u00e9ritable auteur de cet exploit, ce sera Yahv\u00e9 : &#8221; C&#8217;est Yahv\u00e9 ton Dieu qui marche \u00e0 votre t\u00eate comme un feu destructeur&#8221; (v.3a). Les tribus d&#8217;Isra\u00ebl n&#8217;auront qu&#8217;un r\u00f4le d&#8217;ex\u00e9cutant, selon le sch\u00e9ma de la &#8221; guerre sacr\u00e9e&#8221; : &#8221; alors tu les d\u00e9poss\u00e8deras et tu les feras p\u00e9rir promptement, comme te l&#8217;a dit Yahv\u00e9&#8221; (v.3b).<br \/>\nLes versets suivants montrent bien que l&#8217;enjeu de cette repr\u00e9sentation est exclusivement th\u00e9ologique. Ce n&#8217;est certainement pas le m\u00e9rite combattant qui vaut au peuple d&#8217;Isra\u00ebl cette &#8221; aisance&#8221; (toute th\u00e9ologique) dans la conqu\u00eate ; ce n&#8217;est pas non plus son m\u00e9rite moral : &#8221; ne dis pas en ton c&#339;ur : c&#8217;est \u00e0 cause de ma juste conduite que Yahv\u00e9 m&#8217;a fait entrer en possession de ce pays&#8221; (v.4a). A noter au passage que, \u00e0 l&#8217;inverse de la litt\u00e9rature \u00e9pique, l&#8217;auteur souligne le d\u00e9m\u00e9rite de son propre peuple. Ce n&#8217;est pas non plus \u00e0 cause de la perversit\u00e9 de ces peuples ennemis et comme par un jugement de Dieu (une ordalie) \u00e0 leur \u00e9gard (v.4b). C&#8217;est simplement, de la part de Dieu, le souci de r\u00e9aliser la promesse faite \u00e0 Abraham, Isaac et Jacob (v.5). <br \/>\nL&#8217;enjeu th\u00e9ologique est donc celui de la part du m\u00e9rite ou de la gr\u00e2ce dans le Salut. Le Deut\u00e9ronomiste tranche ici en faveur de la gr\u00e2ce seule <a name=\"text2\"><a href=\"#vn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>. Le peuple d&#8217;Isra\u00ebl n&#8217;avait pas de m\u00e9rite \u00e0 faire valoir. Au contraire, il \u00e9tait ce peuple &#8221; \u00e0 la nuque raide&#8221; (v.6). Il n&#8217;avait cess\u00e9 de l&#8217;\u00eatre et l&#8217;\u00e9tait encore \u00e0 l&#8217;\u00e9poque du r\u00e9dacteur de ce texte qui lui en fait grief et qu&#8217;il veut appeler \u00e0 plus de docilit\u00e9 spirituelle pour un renouveau religieux.<\/p>\n<p>\n<strong>DEUT. 20,1-20:<br \/>\nLA CONDUITE DE LA GUERRE<\/p>\n<p><em>&#8221; Tu ne laisseras rien subsister de vivant&#8221;<\/em><\/strong> <\/p>\n<p>\nLe Code deut\u00e9ronomique proprement dit (partie originale, datant de la 1\u00b0 r\u00e9daction, donc du 7\u00b0 si\u00e8cle) couvre les chapitres 12 \u00e0 26. Il est constitu\u00e9 d&#8217;un ensemble de lois, coutumes et ordonnances grossi\u00e8rement group\u00e9es par mati\u00e8res (culte, organisation de la cit\u00e9, droit de la famille, lois de puret\u00e9, lois sociales). Parmi celles consacr\u00e9es \u00e0 l&#8217;organisation de la cit\u00e9 (16,18 \u00e0 20,20), une s\u00e9rie concerne sp\u00e9cifiquement la conduite de la guerre (20,1-20).<br \/>\nElle d\u00e9bute par une recommandation g\u00e9n\u00e9rale : &#8221; Quand tu pars en guerre contre tes ennemis, si tu vois (en face de toi) des chevaux et des chars avec des troupes plus nombreuses que vous, n&#8217;aie pas peur d&#8217;eux ; Yahv\u00e9 ton Dieu est avec toi, lui qui t&#8217;a fait sortir d&#8217;Egypte&#8221; (v.1). Au-del\u00e0 du contexte militaire, c&#8217;est le th\u00e8me de la confiance en Dieu qui est ainsi mis en exergue.<br \/>\nDans un deuxi\u00e8me temps, juste avant la bataille, c&#8217;est une harangue par un pr\u00eatre qui prend place : &#8221; Ne soyez pas l\u00e2ches, soyez sans crainte, sans frayeur, ne tremblez pas devant eux ! Car c&#8217;est Yahv\u00e9 votre Dieu qui marche avec vous ; il combattra pour vous contre vos ennemis et vous donnera la victoire&#8221; (v.2-4). Dans la th\u00e9ologie de l&#8217;histoire du Deut\u00e9ronomiste, la victoire ne peut qu&#8217;\u00eatre attribu\u00e9e \u00e0 Dieu, elle ne peut \u00eatre assur\u00e9e que si on est bien dans le cadre de la guerre sacr\u00e9e. Toutes les arm\u00e9es de l&#8217;Antiquit\u00e9 \u00e9taient accompagn\u00e9es de pr\u00eatres afin de consulter les divinit\u00e9s avant d&#8217;engager une bataille. Il est assez curieux ici que ce soit lui qui harangue les troupes.<br \/>\nInterviennent alors des scribes (des fonctionnaires royaux, ce qui r\u00e9f\u00e8re \u00e0 une organisation de l&#8217;arm\u00e9e datant de l&#8217;\u00e9poque royale &#8211;soit 10\u00b0\/9\u00b0 si\u00e8cle- alors que l&#8217;\u00e9pisode est cens\u00e9 se passer \u00e0 l&#8217;\u00e9poque patriarcale &#8211;soit 13\u00b0s- !). Ceux-ci exposent aux combattants potentiels (il doit donc s&#8217;agir de mobilisation g\u00e9n\u00e9rale, ce qui nous reporte \u00e9galement \u00e0 l&#8217;\u00e9poque royale) les trois exemptions pr\u00e9vues statutairement : ceux qui viennent de b\u00e2tir une maison, qui viennent de planter une vigne ou qui viennent de se fiancer (v.5-7). Dans les coutumes s\u00e9mites, il semble que le fait de priver ces trois cat\u00e9gories de personnes de b\u00e9n\u00e9ficier dans l&#8217;imm\u00e9diat de leur situation risquait de porter malheur \u00e0 l&#8217;ensemble. On peut aussi y voir tout simplement un am\u00e9nagement &#8211;tr\u00e8s r\u00e9aliste- pour assurer la survie biologique et mat\u00e9rielle de la nation malgr\u00e9 la guerre. Les scribes permettent ensuite \u00e9galement aux poltrons de quitter les rangs (v.8), \u00e9cartant ainsi ceux qui pourraient d\u00e9moraliser les troupes mais aussi proc\u00e9d\u00e9 tr\u00e8s habile pour impliquer la fiert\u00e9 de chacun. Les scribes d\u00e9signent enfin les chefs (v.9). On est donc loin d&#8217;arm\u00e9es permanentes bien organis\u00e9es !<br \/>\nQuand les op\u00e9rations sont engag\u00e9es et avant d&#8217;attaquer effectivement une ville, le Code pr\u00e9voit de d&#8217;abord proposer un arrangement pacifique (v.10). En cas d&#8217;acceptation, la ville est \u00e9pargn\u00e9e mais toute la population est emmen\u00e9e en esclavage (v.11). Si elle n&#8217;accepte pas, toute la population m\u00e2le doit \u00eatre tu\u00e9e (v.12-13), tandis que tout le reste peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme butin (v.14). Cependant, s&#8217;il s&#8217;agit de villes situ\u00e9es en Terre Promise, tout doit \u00eatre vou\u00e9 au &#8221; herem&#8221; (destruction totale) (v.15-17). La raison invoqu\u00e9e pour cette s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 est \u00e0 nouveau le danger de contamination religieuse (v.18), seul vrai souci de l&#8217;auteur. Ce Code de conduite de la guerre se termine par l&#8217;attitude \u00e0 adopter vis-\u00e0-vis &#8230;des arbres ! S&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;arbres fruitiers, on ne pourra pas les abattre pour en faire des engins de si\u00e8ge, sinon oui (v.19-20).<br \/>\nComme tel, ce &#8221; code&#8221; est tout \u00e0 fait incomplet et inop\u00e9rationnel. Il n&#8217;a d&#8217;ailleurs pas \u00e9t\u00e9 \u00e9crit pour \u00eatre utilis\u00e9. Il r\u00e9utilise quelques r\u00e8gles caduques pour servir de cadre \u00e0 deux id\u00e9es (explicitement cit\u00e9es par l&#8217;auteur) : la confiance en Dieu et la puret\u00e9 de culte pour un combat spirituel.<\/p>\n<p>\n<strong>DEUT. 25,17-19:<br \/>\nL&#8217;ENNEMI ABSOLU<\/p>\n<p><em>&#8221; Rappelle-toi ce que t&#8217;a fait Amaleq&#8221;<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nToujours dans le cadre du Code deut\u00e9ronomique (chap.12 \u00e0 26, noyau du livret), en fin d&#8217;un ensemble de &#8221; lois sociales&#8221; diverses mais apparemment sans lien avec celles-ci, interviennent deux versets de type plut\u00f4t historique : &#8221; Rappelle-toi ce que t&#8217;a fait Amaleq quand vous \u00e9tiez en route apr\u00e8s votre d\u00e9part d&#8217;Egypte, comment il t&#8217;a pris \u00e0 tes arri\u00e8res, \u00e0 tous les \u00e9puis\u00e9s que tu laissais derri\u00e8re toi, tellement tu \u00e9tais fatigu\u00e9, fourbu&#8221; (v.17-18a). Le vice vis\u00e9 semble \u00eatre la fourberie, la l\u00e2chet\u00e9 et on comprendra, a contrario, qu&#8217;Isra\u00ebl est pri\u00e9 de ne pas tomber dans ce genre de pratique, pas plus que la fraude (v.13-16) et autres vices.<br \/>\nMais la condamnation semble particuli\u00e8rement s\u00e9v\u00e8re (bien que vague). Elle l&#8217;est surtout par son caract\u00e8re permanent : &#8221; Quand Yahv\u00e9 ton Dieu t&#8217;aura mis \u00e0 l&#8217;abri de tous les ennemis qui t&#8217;entourent, dans ce pays dont il fait le patrimoine que tu dois occuper, tu effaceras ici-bas le souvenir d&#8217;Amaleq. Ne l&#8217;oublie pas.&#8221; (v.19). Ni l&#8217;oubli, ni le pardon ne pourront concerner Amaleq, ce qui signifierait qu&#8217;au-del\u00e0 du cas historique (ce peuple n&#8217;existait plus depuis plus de 400 ans \u00e0 l&#8217;\u00e9poque de r\u00e9daction de notre texte !), il y aurait, pour Isra\u00ebl, des choses ou des personnes qui incarnent le mal absolu. Ce concept est caract\u00e9ris\u00e9 dans le texte par la formule &#8221; c&#8217;est qu&#8217;il ne craignait pas Dieu&#8221; (v.18b). N&#8217;ayant pas de respect pour Dieu, il n&#8217;y a pas non plus de respect pour l&#8217;homme. Le fait de s&#8217;en prendre l\u00e2chement \u00e0 des d\u00e9munis en est le signe. La port\u00e9e du texte est donc bien plus fondamentale que la condamnation d&#8217;une ruse de combat parmi d&#8217;autres. Ce manque de respect de l&#8217;humain (allant de pair avec le non-respect de Dieu), Isra\u00ebl risque de l&#8217;oublier lui aussi quand il sera bien install\u00e9, sans crainte mat\u00e9rielle ! C&#8217;est donc un ennemi int\u00e9rieur \u00e0 combattre sans rel\u00e2che, sans merci. <\/p>\n<p>\n<strong>DEUT. 33,26-29:<br \/>\nTESTAMENT DE MOISE<\/p>\n<p><em>&#8221; En Yahv\u00e9 est le bouclier qui te secourt et l&#8217;\u00e9p\u00e9e en marche qui te m\u00e8ne au triomphe&#8221;<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nCet ultime discours de Mo\u00efse avant sa mort accorde \u00e0 chaque tribu une b\u00e9n\u00e9diction. C&#8217;est un genre litt\u00e9raire typiquement patriarcal, imitant d&#8217;ailleurs ici les &#8221; B\u00e9n\u00e9dictions de Jacob&#8221; (Gen\u00e8se 49). Ces b\u00e9n\u00e9dictions testamentaires \u00e9taient l&#8217;occasion de souligner un d\u00e9faut ou l&#8217;autre, une qualit\u00e9 ou l&#8217;autre de chaque descendant et de stigmatiser un destin (et non de le fixer ! puisque ces textes ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crit des si\u00e8cles apr\u00e8s leur situation historique suppos\u00e9e).<br \/>\nC&#8217;est dans la conclusion \u00e0 ces b\u00e9n\u00e9dictions, dans la partie concernant donc le &#8221; Tout Isra\u00ebl&#8221; (th\u00e8me cher au Deut\u00e9ronome), que l&#8217;on retrouve pour une derni\u00e8re fois une pr\u00e9sentation des choses en termes guerriers (ici, dans une partie relevant de la 3\u00b0 r\u00e9daction, post-exilique, alors qu&#8217;on est cens\u00e9 \u00eatre \u00e0 la veille de la conqu\u00eate de la Terre Promise).<br \/>\nLe soutien de Yahv\u00e9 \u00e0 cette entreprise de conqu\u00eate est exprim\u00e9 en termes \u00e9piques : &#8221; Il n&#8217;a pas son pareil ton Dieu ; il enfourche les cieux pour venir \u00e0 ton aide ; dans sa majest\u00e9, il chevauche les nuages&#8221; (v.26). Son soutien est passif : &#8221; C&#8217;est un refuge que le Dieu de toujours ; ici-bas ses bras sont toujours l\u00e0&#8221; (v.27a) mais aussi actif et incitatif : &#8221; Il chasse l&#8217;ennemi devant toi. &#8221; Spprime-le&#8221;, c&#8217;est son ordre&#8221;  (v.27b). L&#8217;aboutissement de cette action est la s\u00e9curit\u00e9 pour Isra\u00ebl : &#8221; Isra\u00ebl est \u00e9tabli en un lieu s\u00fbr&#8221; (v.28a) ainsi que sa prosp\u00e9rit\u00e9 : &#8221; sur une terre \u00e0 bl\u00e9 et \u00e0 vin &#8230;&#8221; (v.28b), et, finalement, son bonheur : &#8221; Quel bonheur que le tien, Isra\u00ebl&#8221;  (v.29a). Le po\u00e8me se termine en rappelant que cette victoire est due \u00e0 Yahv\u00e9 : &#8221; Peuple victorieux gr\u00e2ce \u00e0 Yahv\u00e9&#8230;&#8221; (v.29b), selon le sch\u00e9ma r\u00e9p\u00e9t\u00e9 tout au long du livret.<br \/>\nSi donc le livret rappelle si fortement que le don de la Terre (en fait la conqu\u00eate assist\u00e9e par Yahv\u00e9) \u00e9tait intimement li\u00e9 au don initial de la Loi (\u00e0 Mo\u00efse au Sina\u00ef) \u00e0 la condition absolue de se conformer \u00e0 cette Loi, il se peut que, au moment de retrouver sa Terre (le retour d&#8217;exil \u00e9tant le contexte historique de cette 3\u00b0 phase de r\u00e9daction), l&#8217;auteur veuille surtout en faire une occasion de retourner \u00e0 la Loi. Plus m\u00eame, \u00e9tant donn\u00e9 l&#8217;exp\u00e9rience (d&#8217;avoir perdu un moment cette Terre), il se peut que l&#8217;auteur veuille cr\u00e9er un autre type d&#8217;identit\u00e9, non plus li\u00e9 \u00e0 une Terre, mais \u00e0 une int\u00e9grit\u00e9 religieuse de sorte que le Peuple puisse &#8221; rester fid\u00e8le&#8221; dans n&#8217;importe quelles circonstances de l&#8217;histoire. Tout ce qui est dit du combat pour la Terre devrait alors \u00eatre compris d&#8217;un autre combat, celui de la puret\u00e9 et de la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 des convictions religieuses.<\/p>\n<p><strong><em>Violence, guerre et paix dans la Bible &#8211; Deut\u00e9ronome (encart 1)<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\n<strong>LE HEREM<\/strong><\/p>\n<p>Il s&#8217;agit d&#8217;une mesure de guerre commune aux peuples du Moyen-Orient antique consistant \u00e0 tout d\u00e9truire de l&#8217;ennemi apr\u00e8s sa d\u00e9faite (tuer toute la population, tout le b\u00e9tail et br\u00fbler tous les biens). Cette mesure devait \u00eatre exceptionnelle et r\u00e9pondre \u00e0 un besoin de  vengeance totale suite \u00e0 une r\u00e9sistance farouche. En effet, la coutume (et d&#8217;ailleurs le but) des nombreuses guerres entre clans, tribus ou peuples \u00e9tait de faire des esclaves et d&#8217;emporter du butin (\u00e9conomie guerri\u00e8re) et certainement pas de tout d\u00e9truire. Les tribus d&#8217;Isra\u00ebl ont sans doute proc\u00e9d\u00e9 de m\u00eame \u00e0 l&#8217;\u00e9poque pr\u00e9-royale (12\u00b0 &#8211; 10\u00b0 si\u00e8cle).<br \/>\nA l&#8217;\u00e9poque o\u00f9 l&#8217;auteur de cette partie narrative du Deut\u00e9ronome \u00e9crit (6\u00b0s.), Isra\u00ebl \u00e9tait dans l&#8217;incapacit\u00e9 de mener une quelconque guerre mais \u00e9tait au contraire victime des autres peuples (\u00e9gyptien et babylonien). Le concept de &#8221; herem&#8221; est utilis\u00e9 par l&#8217;auteur pour signifier \u00e0 quel moment, dans sa reconstitution de l&#8217;histoire, on est dans le cadre de la &#8221; guerre sacr\u00e9e&#8221; et \u00e0 quel moment non. Et en effet, le &#8221; herem&#8221; n&#8217;est proclam\u00e9e que quand il s&#8217;agit de cit\u00e9s situ\u00e9es dans la Terre Promise que Yahv\u00e9 voulait donner \u00e0 Isra\u00ebl et non quand on voudrait conqu\u00e9rir du territoire par int\u00e9r\u00eat mat\u00e9riel personnel. Le &#8221; herem&#8221;, dans le Deut\u00e9ronome, ne porte pas sur le caract\u00e8re cruel et destructeur mais sur le caract\u00e8re d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9 de l&#8217;entreprise et sur le fait qu&#8217;elle cadre avec la volont\u00e9 divine.<\/p>\n<p>\n<strong><em>Violence, guerre et paix dans la Bible &#8211; Deut\u00e9ronome (encart 2)<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\n<strong>LA REFORME DE JOSIAS<\/strong><\/p>\n<p>Josias fut roi de Juda \u00e0 un moment tr\u00e8s particulier de l&#8217;histoire politique du Proche-Orient antique : l&#8217;Egypte avait \u00e9t\u00e9 affaiblie par la Puissance assyrienne mais celle-ci, aussit\u00f4t apr\u00e8s la mort d&#8217;Assurbanipal en 627, d\u00e9clina tr\u00e8s rapidement. La Puissance montante (les Babyloniens), toute occup\u00e9e \u00e0 abattre l&#8217;Assyrie, n&#8217;\u00e9tait pas encore pr\u00e9sente en Palestine. Josias en profita pour reprendre son ind\u00e9pendance et m\u00eame pour reconstituer l&#8217;ancien royaume de David et Salomon. Roi pieux et fid\u00e8le, il en profita \u00e9galement pour rejeter les divinit\u00e9s assyriennes, canan\u00e9ennes et autres du Temple de J\u00e9rusalem et des pratiques religieuses en g\u00e9n\u00e9ral. Au cours de travaux de r\u00e9fection du Temple, on d\u00e9couvrit des Rouleaux en 622, vieux d&#8217;une centaine d&#8217;ann\u00e9e, contenant la Loi dite de Mo\u00efse (en fait, sans doute, le Code d&#8217;Ez\u00e9chias, arri\u00e8re grand-p\u00e8re de Josias, roi de Juda de 719 \u00e0 699). Josias en fit grand cas et se vit encourag\u00e9 \u00e0 renforcer sa lutte contre le syncr\u00e9tisme religieux au profit d&#8217;un monoth\u00e9isme strict et d&#8217;une religion plus \u00e9thique et spirituelle que simplement cultuelle. Il voulut faire un pas de plus en supprimant les lieux de culte autres que le Temple de J\u00e9rusalem afin d&#8217;emp\u00eacher effectivement le maintien de syncr\u00e9tismes locaux ou leur retour. Largement soutenues par les cercles religieux &#8221; yahvistes&#8221; (dont le proph\u00e8te J\u00e9r\u00e9mie), ces mesures rencontr\u00e8rent une opposition populaire certaine et ne furent pas un succ\u00e8s sur le terrain. Cette volont\u00e9 de centralisation du culte \u00e0 J\u00e9rusalem correspondait peut-\u00eatre aussi \u00e0 une volont\u00e9 de centralisation politique et de restauration d&#8217;une identit\u00e9 nationale forte. D\u00e8s la mort de Josias en 609, la situation allait d\u00e9j\u00e0 changer (en 587, J\u00e9rusalem \u00e9tait d\u00e9truite par le Babylonien Nabuchodonosor) mais le mouvement religieux qu&#8217;il avait lanc\u00e9 persistera. Il donnera lieu \u00e0 une &#8221; \u00e9cole&#8221; deut\u00e9ronomiste et inspirera les Proph\u00e8tes.<\/p>\n<p>\n<strong><em>Violence, guerre et paix dans la Bible &#8211; Deut\u00e9ronome (encart 3)<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\n<strong>LE PEUPLE ELU<\/strong><\/p>\n<p>L&#8217;id\u00e9e que le peuple h\u00e9breu soit un &#8221; peuple \u00e9lu&#8221; est un th\u00e8me fondamental du courant deut\u00e9ronomique. Il ne s&#8217;agit pas de pr\u00f4ner  l&#8217;exclusivisme mais plut\u00f4t d&#8217;exprimer le caract\u00e8re &#8221; affectif&#8221; de la relation entre Yahv\u00e9 et son peuple. Habituellement, dans les mentalit\u00e9s du Moyen-Orient antique, l&#8217;importance de la divinit\u00e9 \u00e9tait proportionnelle \u00e0 l&#8217;importance du peuple. En choisissant Isra\u00ebl, peuple politiquement insignifiant et habituellement opprim\u00e9, Yahv\u00e9 fait un choix &#8221; irrationnel&#8221;, contraire \u00e0 la logique habituelle. C&#8217;est donc une tout autre conception de la divinit\u00e9 qui est ainsi montr\u00e9e : celle d&#8217;un dieu pour qui le nombre et la puissance humaine n&#8217;est pas un crit\u00e8re pertinent. Au contraire, ce dieu  choisit d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment ce qui est petit, faible et opprim\u00e9. Ce n&#8217;est pas non plus le m\u00e9rite moral qui l&#8217;aurait fait choisir ce peuple mais un pur engagement gratuit et, \u00e0 la limite, unilat\u00e9ral de sa part. On ne pourrait donc concevoir un sentiment de sup\u00e9riorit\u00e9 \u00e0 cause de cette &#8221; \u00e9lection&#8221; puisqu&#8217;elle stigmatise plut\u00f4t une situation d&#8217;inf\u00e9riorit\u00e9! Cependant, cette \u00e9lection donne \u00e0 ce Peuple une mission particuli\u00e8re vis-\u00e0-vis des Nations (celle de repr\u00e9senter cette autre conception de la divinit\u00e9), responsabilit\u00e9 lourde et difficile \u00e0 porter et point du tout privil\u00e8ge acquis.<\/p>\n<table cellpadding=\"5\" cellspacing=\"0\" border=\"0\">\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn0\"><\/a>(<a href=\"#text0\">0<\/a>)<\/td>\n<td>Fils d&#8217;Isaac, fr\u00e8re de Jacob (Gn.25;36).<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn1\"><\/a>(<a href=\"#text1\">1<\/a>)<\/td>\n<td>Neveu d&#8217;Abraham (Gn.11).<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn2\"><\/a>(<a href=\"#text2\">2<\/a>)<\/td>\n<td>La question sera reprise par St Paul dans l&#8217;\u00e9p\u00eetre aux Romains et sera encore un des points essentiels de divergence entre le protestantisme et le catholicisme.<\/td>\n<\/tr>\n<\/table>\n<h2>Bibliografie<\/h2>\n<p>BIBLIOGRAPHIE<\/p>\n<p>* Sur le Deut\u00e9ronome en g\u00e9n\u00e9ral:<br \/>\n&#8211; BUIS et LECLERCQ, Le Deut\u00e9ronome, coll. Sources Biblique, Gabalda, Paris, 1963.<br \/>\n&#8211; MAYES, A., Deuteronomy, The new Century Bible Commentary, Eerdmans, Grand Rapids (USA), 1981.<br \/>\n&#8211; NIELSEN, E, Deuteronomium, Handbuch zum AT 1\/6, Mohr, T\u00fcbingen, 1995.<br \/>\n&#8211; STEINMANN, J., Deut\u00e9ronome, DDB, Paris, 1961.<br \/>\n&#8211; WEINFELD, M, Deuteronomy, The Anchor Bible, Doubleday, N-Y, 1991.<\/p>\n<p>* Sur la guerre dans le Deut\u00e9ronome:<br \/>\n&#8211; ROFE, A., Deuteronomy, chap.11 : The Laws of warfare in the book of Deuteronomy, Clark OTS, 2002, pp. 149-167.<br \/>\n&#8211; von RAD, G., Studies in Deuteronomy, chap.4 : Deuteronomy and the Holy War, SCM Press, London, 1953, pp. 45-59.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Violence, guerre et paix dans la Bible &#8211; Une analyse des textes de Deut\u00e9ronome. &nbsp; Selis Claude Pour entrer dans le livre du Deut\u00e9ronome Le Deut\u00e9ronome est le cinqui\u00e8me et dernier livre de la Torah. 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