{"id":602,"date":"2013-02-02T00:00:00","date_gmt":"2014-02-06T11:37:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.army-chaplaincy.be\/benl\/2012\/06\/16\/violence-guerre-et-paix-dans-la-bible-nombres\/"},"modified":"2021-02-06T20:37:11","modified_gmt":"2021-02-06T19:37:11","slug":"violence-guerre-et-paix-dans-la-bible-nombres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/2013\/02\/02\/violence-guerre-et-paix-dans-la-bible-nombres\/","title":{"rendered":"Violence, guerre et paix dans la Bible \u2013 Nombres"},"content":{"rendered":"<p>Violence, guerre et paix dans la Bible &#8211; Une analyse des textes de Nombres<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right\"><em><a href=\"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/aalmoezeniersdienst\/leden\/profiel-selis-claude\/\">Selis Claude<\/a><\/em><\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9sentation g\u00e9n\u00e9rale<\/strong><\/p>\n<p><em>Pour entrer dans le livre des Nombres<\/em><\/p>\n<p>\nCe quatri\u00e8me livre de la Torah doit son titre, dans la tradition latine ou grecque, au fait qu&#8217;il d\u00e9bute par un recensement solennel du peuple h\u00e9breu apr\u00e8s sa sortie d&#8217;Egypte et qu&#8217;il comporte divers autres recensements et quantification des offrandes. Mais son titre dans la tradition h\u00e9bra\u00efque &#8220;beMidbar&#8221; (dans le d\u00e9sert) en donne mieux l&#8217;unit\u00e9 de lieu et d&#8217;action: les \u00e9tapes du peuple h\u00e9breu au d\u00e9sert depuis sa sortie d&#8217;Egypte jusqu&#8217;au seuil de la Terre Promise.<\/p>\n<p>Il est constitu\u00e9 d&#8217;un enchev\u00eatrement de parties narratives, l\u00e9gislatives, administratives et cultuelles propre \u00e0 d\u00e9courager une lecture suivie. Pourtant le livret est construit selon une vision tr\u00e8s structur\u00e9e qui se veut unificatrice du peuple h\u00e9breu, en marche,  au d\u00e9sert. Dans son \u00e9tat final de r\u00e9daction, il rel\u00e8ve de la tradition sacerdotale (post-exilique, \u00e9poque perse) et est marqu\u00e9e de l&#8217;empreinte d&#8217;un auteur particulier. Celui-ci a utilis\u00e9 et retravaill\u00e9 des mat\u00e9riaux yahvistes et \u00e9lohistes et m\u00eame certaines traditions tout \u00e0 fait archa\u00efques, pr\u00e9-monarchiques, pouvant dater de l&#8217;\u00e9poque des Juges, sinon de l&#8217;\u00e9poque m\u00eame du d\u00e9sert. Par contre, il est assez \u00e9tranger au courant deut\u00e9ronomiste.<\/p>\n<p>Dans les  parties narratives du livret, la violence est tr\u00e8s marqu\u00e9e puisque l&#8217;approche de la Terre Promise est pr\u00e9sent\u00e9e comme une suite d&#8217;affrontements contre des ennemis. On sera tr\u00e8s \u00e0 l&#8217;aise avec une lecture spirituelle de cette &#8220;lutte&#8221;. Vu le d\u00e9calage chronologique (plus de 800 ans entre les \u00e9v\u00e9nements et leur reprise narrative), la situation politique d&#8217;Isra\u00ebl au moment de la r\u00e9daction (soumis \u00e0 la Perse, territoire infime, aucune capacit\u00e9 combattante) et le souci purement ritualiste et spirituel du courant  sacerdotal, cette lecture est sans doute la bonne.<br \/>\nSe pose alors la question: est-il vraiment n\u00e9cessaire de passer par ce vocabulaire et ces repr\u00e9sentations violentes, surtout si proches de la vraisemblance,  pour parler de lutte spirituelle ? <\/p>\n<p><strong><em>\u00b7 Textes \u00e9tudi\u00e9s<\/em><\/strong><\/p>\n<p><em>Violence, guerre et paix dans la Bible &#8211; Nombres<\/em><\/p>\n<p>Textes \u00e9tudi\u00e9s :\t<br \/>\n(d\u00e9roulez ou cliquez sur le texte choisi)<\/p>\n<p>1. Nombres 1-10: Un peuple comme une arm\u00e9e<br \/>\n2. Nombres 13 &#8211; 14: Terre Promise ou \u00e0 conqu\u00e9rir?<br \/>\n3. Nombres 20,14-21: Isra\u00ebl face \u00e0 Edom: l&#8217;\u00e9vitement<br \/>\n4. Nombres 21,1-3: Isra\u00ebl face \u00e0 Arad : le &#8221; herem&#8221;<br \/>\n5. Nombres 21,21-35: Isra\u00ebl face aux Amorites<br \/>\n6. Nombres 22 &#8211; 24: Isra\u00ebl face \u00e0 Moab: Balaam, proph\u00e8te?<br \/>\n7. Nombres 25: Isra\u00ebl succombant \u00e0 l&#8217;idol\u00e2trie: col\u00e8re de Yahv\u00e9<br \/>\n8. Nombres 31: Isra\u00ebl face \u00e0 Madian : la vengeance sacr\u00e9e<br \/>\n9. Nombres 32: Effort de guerre impos\u00e9 \u00e0 tous<br \/>\n10. Nombres 33,50-56: Isra\u00ebl appel\u00e9 \u00e0 prendre possession de la terre<br \/>\n11. Nombres 35,9-34: Les villes refuges et la vengeance du sang<\/p>\n<p>\n<strong><em>Encarts documentaires:<\/em><\/strong><br \/>\n1. Violences, guerre et paix \u00e0 l&#8217;\u00e9poque du d\u00e9sert<\/p>\n<p>\n<strong>NOMBRES 1-10:<br \/>\nUN PEUPLE COMME UNE ARMEE<br \/>\nEN ORDRE DE MARCHE<\/p>\n<p><em>&#8220;Tous ceux de vingt ans et au-dessus, aptes \u00e0 la guerre, vous les passerez en revue, par contingents&#8221;<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nL&#8217;ordre de recensement donn\u00e9 par Yahv\u00e9 \u00e0 Mo\u00efse la deuxi\u00e8me ann\u00e9e apr\u00e8s la sortie d&#8217;Egypte, dans le d\u00e9sert du Sina\u00ef, \u00e0 la veille de la mise en marche \u00e0 travers le d\u00e9sert, concerne donc tous les m\u00e2les en Isra\u00ebl, \u00e2g\u00e9s de vingt ans et plus, aptes \u00e0 la guerre (1,2). La formule est r\u00e9p\u00e9t\u00e9e pour introduire son ex\u00e9cution (1,18), pour chacune des douze tribus (v. 21, 22, 24, 26, 28, 30, 32, 34, 36, 38, 40, 42) et encore en conclusion (v. 47). Elle le sera encore \u00e0 la fin de cette p\u00e9r\u00e9grination, \u00e0 la veille de l&#8217;entr\u00e9e en Terre Promise (26,1). Le comptage se veut pr\u00e9cis, par tribu, par clan, par famille. Les totaux (plus de 600.000 au d\u00e9part et \u00e0 l&#8217;arriv\u00e9e) sont invraisemblables pour le peuplement \u00e0 l&#8217;\u00e9poque et dans les conditions de nomades du d\u00e9sert mais ont certainement leur signification.<br \/>\nLe campement se veut \u00e9galement tr\u00e8s ordonn\u00e9, \u00e0 la mani\u00e8re militaire: &#8220;Les Fils d&#8217;Isra\u00ebl camperont chacun \u00e0 son corps de troupe,&#8230; pr\u00e8s de son \u00e9tendard, &#8230;par contingent&#8221;. La formule est \u00e0 nouveau r\u00e9p\u00e9t\u00e9e une douzaine de fois tout au long du deuxi\u00e8me chapitre. Les douze tribus sont r\u00e9parties en quatre groupes ( les &#8220;corps de troupe&#8221;) ayant chacun \u00e0 sa t\u00eate une tribu principale et cantonn\u00e9s selon les quatre points cardinaux. Au centre, se trouve la Tente de la R\u00e9union, gard\u00e9e par les L\u00e9vites (\u00e2g\u00e9s de 30 \u00e0 50 ans, &#8220;aptes \u00e0 la guerre&#8221;: 4,3).<br \/>\nCet ordre de campement sera \u00e9galement l&#8217;ordre de marche, le camp de l&#8217;Est partant le premier (puis Sud, puis Centre, puis Ouest, puis Nord). Cet bel ordonnancement (encore repris en 10,11-28) est lui aussi tout \u00e0 fait invraisemblable vu les moeurs guerri\u00e8res totalement indisciplin\u00e9es de l&#8217;\u00e9poque mais correspond \u00e9trangement  \u00e0 l&#8217;ordonnancement &#8230; d&#8217;une procession liturgique de l&#8217;\u00e9poque sacerdotale post-exilique! <br \/>\nLe rythme de la marche est d\u00e9termin\u00e9e par la Nu\u00e9e: &#8220;Lorsque la Nu\u00e9e s&#8217;\u00e9levait au-dessus de la Tente, alors les Fils d&#8217;Isra\u00ebl partaient; et au lieu o\u00f9 la Nu\u00e9e s&#8217;arr\u00eatait, l\u00e0 campaient les Fils d&#8217;Isra\u00ebl&#8221; (9, 17).<br \/>\nL&#8217;usage des trompettes (nombre de sonneries avec ou sans acclamation) est r\u00e9gl\u00e9e comme un code militaire (rassemblement g\u00e9n\u00e9ral ou uniquement des chefs, d\u00e9part, m\u00eal\u00e9e) (10, 1-10) mais on sait qu&#8217;elles \u00e9taient \u00e9galement d&#8217;usage liturgique&#8230;<\/p>\n<p>\n<strong>NOMBRES 13 &#8211; 14:<br \/>\nTERRE PROMISE OU A CONQUERIR ?<\/p>\n<p><em>&#8220;Yahv\u00e9 est avec nous&#8221;<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nDepuis le d\u00e9part d&#8217;Egypte, il s&#8217;est pass\u00e9 quelques temps. En diff\u00e9rentes \u00e9tapes \u00e0 travers le d\u00e9sert du Sina\u00ef, le peuple (ou en tout cas certaines tribus) est maintenant parvenu au d\u00e9sert du N\u00e9guev, acc\u00e8s Sud \u00e0 la &#8220;Terre Promise&#8221;. Douze \u00e9claireurs (symbolisant a posteriori les 12 tribus) sont envoy\u00e9s pour une authentique mission d&#8217;espionnage (&#8220;Voyez ce qu&#8217;est le pays &#8230;&#8221; 13,18-20), sans doute jusqu&#8217;\u00e0 H\u00e9bron. De retour de mission, les envoy\u00e9s confirment qu&#8217;il s&#8217;agit bien d&#8217;un &#8220;pays o\u00f9 coule le lait et le miel&#8221; mais estiment le pays imprenable (&#8220;Nous ne pouvons pas marcher contre ce peuple car il est plus fort que nous&#8221; 13,28-29 et 31-33). Ce n&#8217;est pas l&#8217;avis de l&#8217;un des explorateurs, Caleb, qui, au contraire, estime qu&#8217; &#8220;il faut marcher et conqu\u00e9rir ce pays, nous en sommes capables&#8221; 13,30).<br \/>\nLe peuple prend le parti de la non-conqu\u00eate, se met \u00e0 murmurer contre Mo\u00efse (et Aaron) et \u00e0 regretter d&#8217;\u00eatre sorti d&#8217;Egypte. Mo\u00efse et Aaron sont stup\u00e9faits de cette r\u00e9action et essaient de convaincre le peuple: &#8220;N&#8217;ayez pas peur, vous, du peuple de ce pays car nous n&#8217;en ferons qu&#8217;une bouch\u00e9e&#8230;car Yahv\u00e9 est avec nous&#8221; (14,9). Dieu lui-m\u00eame, d&#8217;apr\u00e8s le texte, en est offusqu\u00e9 et est pr\u00eat \u00e0 se mettre en col\u00e8re. Mo\u00efse interc\u00e8de et Dieu adoucit la sanction pr\u00e9vue (d&#8217;envoyer la peste): ce ne sera pas cette g\u00e9n\u00e9ration qui verra la Terre Promise (&#8220;vos cadavres tomberont dans ce d\u00e9sert&#8221; 14,29) mais la suivante, exception faite de Caleb (et Josu\u00e9) qui la verront en honneur \u00e0 leur courage et \u00e0 leur d\u00e9termination.<br \/>\nLa Terre Promise a donc bien l&#8217;air d&#8217;une terre \u00e0 conqu\u00e9rir ! Nous sommes sans doute ici plus proche de la r\u00e9alit\u00e9 historique que ne le fait penser le c\u00f4t\u00e9 th\u00e9ologique du th\u00e8me. Bien s\u00fbr, on pourra dire que l&#8217;appui divin \u00e0 Caleb le conqu\u00e9rant et sa sanction contre le peuple (pacifiste ou poltron, c&#8217;est comme on voudra) ne vise pas le fait d&#8217;arme mais la d\u00e9termination ou non \u00e0 accomplir le plan divin. Il reste que l&#8217;image connot\u00e9e positivement comme la r\u00e9alisation de la volont\u00e9 de Dieu est bien celle de la conqu\u00eate par la force. <br \/>\nLa p\u00e9ricope suivante (14,39-45) semble dire l&#8217;inverse, la phrase de raccord pouvant \u00eatre purement artificielle et r\u00e9dactionnelle. Mo\u00efse y avertit le peuple, ici d\u00e9termin\u00e9 au coup de force, de ne pas essayer: &#8220;Pourquoi transgressez- vous l&#8217;ordre de Yahv\u00e9 ? Cela ne r\u00e9ussira pas&#8230;car Yahv\u00e9 n&#8217;est pas avec vous&#8221; (14,41-43) . Est-ce l&#8217;\u00e9cho d&#8217;une autre tradition, d\u00e9savouant la conqu\u00eate arm\u00e9e et simplement juxtapos\u00e9e ici \u00e0 la premi\u00e8re par pur scrupule de conservation litt\u00e9raire (proc\u00e9d\u00e9 tr\u00e8s habituel dans la litt\u00e9rature biblique) ?  <br \/>\n&#8220;Yahv\u00e9 est avec nous&#8221; (14,9) ; &#8220;Yahv\u00e9 n&#8217;est pas avec vous&#8221; (14,42). Difficile d&#8217;\u00eatre plus contradictoire et donc de justifier, \u00e0 la carte, n&#8217;importe quel comportement. Quand on se rappelle l&#8217;usage qui a \u00e9t\u00e9 fait du &#8220;Gott mit uns&#8221; (formule emprunt\u00e9e \u00e0 ce texte), il est clair que l&#8217;ex\u00e9g\u00e8se pratique a \u00e9t\u00e9 dans le sens de la justification th\u00e9ologique de la guerre de conqu\u00eate. Il ne faut pas se le cacher !<\/p>\n<p>\n<strong>NOMBRES 20, 14 &#8211; 21:<br \/>\nISRA\u00cbL FACE \u00c0 EDOM: L&#8217;\u00c9VITEMENT\t\t\t\t\t\t<br \/>\n<em>&#8220;Edom ayant ainsi refus\u00e9 \u00e0 isra\u00ebl le passage sur son territoire, Isra\u00ebl s&#8217;en \u00e9carta&#8221;<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nMo\u00efse envoya de Qadesh une ambassade au roi d&#8217;Edom pour lui demander tr\u00e8s poliment un droit de passage sur son territoire: &#8220;Nous voudrions, s&#8217;il t&#8217;agr\u00e9e, traverser ton pays. Nous n&#8217;irons pas \u00e0 travers les champs ni les vignes; nous ne boirons pas l&#8217;eau des puits; nous suivrons la route royale sans nous \u00e9carter \u00e0 droite ou \u00e0 gauche&#8230;&#8221; (20,17). Edom refuse s\u00e8chement: &#8220;Tu ne passeras pas&#8221; et se fait mena\u00e7ant: &#8220;sinon je marcherai en armes \u00e0 ta rencontre&#8221; (v.18).  Isra\u00ebl renouvelle son ambassade et pr\u00e9cise: &#8220;si nous buvons de ton eau, nous en payerons le prix&#8221; (v. 19). Edom se montre intraitable: &#8220;Tu ne passeras pas&#8221; et met sa menace \u00e0 ex\u00e9cution: &#8220;Edom marcha \u00e0 sa renontre en grand nombre et en grande force&#8221; (v.20). Isra\u00ebl voudra \u00e9viter l&#8217;affrontement: &#8220;Edom ayant refus\u00e9 \u00e0 Isra\u00ebl le passage sur son territoire, Isra\u00ebl s&#8217;en \u00e9carta&#8221; (v.21) et s&#8217;obligera \u00e0 un \u00e9norme d\u00e9tour.<\/p>\n<p>Contrairement aux vell\u00e9it\u00e9s de conqu\u00eate exprim\u00e9es dans l&#8217;\u00e9pisode pr\u00e9c\u00e9dant (Nbr. 13-14), la premi\u00e8re tentative d&#8217;Isra\u00ebl est donc toute diplomatique. Ce refus sera aussi sa premi\u00e8re d\u00e9ception, surtout de la part d&#8217;un peuple fr\u00e8re puisque les Edomites, descendants d&#8217;Esa\u00fc suivant la g\u00e9n\u00e9alogie biblique (Gn.36,1), \u00e9taient un peuple aram\u00e9en comme lui. Ce ne sera que la premi\u00e8re d&#8217;une longue s\u00e9rie. Ceci rejoint sans doute l&#8217;exp\u00e9rience que bien des peuples ou des personnes vont faire: pacifiquement dispos\u00e9s au d\u00e9part, ils vont se tourner vers la violence suite \u00e0 des d\u00e9ceptions. C&#8217;est ici l&#8217;attitude d&#8217;Edom, du refus de la conciliation diplomatique, qui est coupable. Apr\u00e8s l&#8217;hostilit\u00e9 du d\u00e9sert, c&#8217;est maintenant l&#8217;hostilit\u00e9 du milieu humain qu&#8217;Isra\u00ebl va rencontrer.<\/p>\n<p>\n<strong>NOMBRES 21,1-3:<br \/>\nISRAEL FACE A ARAD: LE &#8216;HEREM&#8217;<\/p>\n<p><em>&#8220;Si tu me livres ce peuple, je le vouerai au &#8216;herem&#8217;<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nLe deuxi\u00e8me choc aura lieu avec le roi d&#8217;Arad, souverain d&#8217;une peuplade canan\u00e9enne (non-parente avec les H\u00e9breux), nomadisant au Nord du d\u00e9sert du N\u00e9guev, entre Beersheba et la Mer Morte, \u00e0 une trentaine de kilom\u00e8tres au Sud d&#8217;H\u00e9bron. Isra\u00ebl n&#8217;a pas le temps d&#8217;envoyer une ambassade; ce roi attaque et fait des prisonniers parmi les Isra\u00e9lites. Isra\u00ebl, d\u00e9sempar\u00e9, s&#8217;en remet \u00e0 Yahv\u00e9 en lui faisant ce voeu: &#8220;Si tu livres ce peuple en mon pouvoir, je vouerai ses villes au &#8220;herem&#8221;&#8221;. Yahv\u00e9 \u00e9coute l&#8217;appel de son peuple et lui livre les Canan\u00e9ens. Isra\u00ebl accomplit son voeu en rayant de la carte cette peuplade et ses biens. <\/p>\n<p>Le &#8220;herem&#8221; (que l&#8217;on a souvent traduit par &#8220;vouer \u00e0 l&#8217;anath\u00e8me&#8221;) consiste en effet \u00e0 d\u00e9truire compl\u00e8tement &#8220;l&#8217;offrande&#8221;. Appliqu\u00e9 \u00e0 un peuple, il s&#8217;agit donc de tuer toute la population et de d\u00e9truire ses villes, ses troupeaux, ses cultures et tous ses biens, sans rien garder pour soi. On s&#8217;interdit donc le pillage (pratique la plus courante et raison pricipale de toutes ces petites guerres) pour bien signifier que le conqu\u00eate en question n&#8217;est pas int\u00e9ress\u00e9e mais est un acte religieux.<\/p>\n<p>D\u00e8s cette seconde confrontation donc, la guerre de conqu\u00eate de la Terre Promise prend une allure de &#8220;guerre sacr\u00e9e&#8221; . Une &#8220;guerre profane&#8221; est une guerre que l&#8217;on m\u00e8ne en comptant sur ses propres forces, poursuivant un profit mat\u00e9riel et o\u00f9 l&#8217;on s&#8217;attribue \u00e0 soi la victoire. Ce genre de guerres, m\u00eame celles qui ont \u00e9t\u00e9 des r\u00e9ussites historiquement parlant, sont toujours connot\u00e9es n\u00e9gativement par les Ecritures, mettant bien en relief l&#8217;effet de &#8220;relecture th\u00e9ologique&#8221; omnipr\u00e9sent dans les Ecritures. Une &#8220;guerre sacr\u00e9e&#8221; est une guerre o\u00f9 l&#8217;on s&#8217;en remet enti\u00e8rement \u00e0 Dieu, o\u00f9 l&#8217;on poursuit un but religieux et o\u00f9 la victoire est attribu\u00e9e \u00e0 Dieu. C&#8217;est typiquement le cas ici. Ce genre de guerres, m\u00eame historiquement insignifiantes, sont toujours connot\u00e9e positivement. Il est clair que le concept de &#8220;guerre sacr\u00e9e&#8221; est bien pr\u00e9sent dans les Ecritures.<\/p>\n<p>\n<strong>NOMBRES 21,21-35<br \/>\nISRAEL FACE AUX AMORITES: LE &#8216;LIVRE DES GUERRES DE YAHVE&#8217;<\/p>\n<p><em>&#8220;Isra\u00ebl frappa du tranchant de l&#8217;\u00e9p\u00e9e<br \/>\net conquit le pays&#8221;<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nTroisi\u00e8me \u00e9tape, troisi\u00e8me obstacle. Isra\u00ebl envoie d&#8217;abord une ambassade au roi des Amorites (\u00e0 la hauteur de la Mer Morte, c\u00f4t\u00e9 Jordanie actuelle) pour demander l&#8217;autorisation de traverser le pays, dans les m\u00eames termes que l&#8217;ambassade \u00e0 Edom: &#8220;Nous ne nous \u00e9carterons pas \u00e0 travers les champs et les vignes; nous ne boirons pas l&#8217;eau des puits; nous suivrons la route royale, jusqu&#8217;\u00e0 ce que nous ayons d\u00e9pass\u00e9 tes fronti\u00e8res&#8221; (v.22). Ce roi refuse, marche contre Isra\u00ebl et lui livre bataille. En r\u00e9action, &#8220;Isra\u00ebl le frappa du tranchant de l&#8217;\u00e9p\u00e9e et conquit son pays&#8221; (v.24) et s&#8217;y \u00e9tablit.<br \/>\nLe r\u00e9cit ins\u00e8re ici un po\u00e8me \u00e9pique, manifestement archa\u00efque, sans doute extrait du &#8220;Livre des Guerres de Yahv\u00e9&#8221;. Ce livre, cit\u00e9 comme tel en 21,14 (qui en donne d&#8217;autres bribes de po\u00e8mes), est perdu mais il semble bien avoir exist\u00e9. Il devait rassembler divers po\u00e8mes guerriers relatant les hauts-faits et citant les hauts-lieux de ce qui semble bien avoir \u00e9t\u00e9 une conqu\u00eate par les armes. Les tribus h\u00e9bra\u00efques se sont sans doute comport\u00e9es comme toutes les autres et ont chant\u00e9 leurs exploits comme toutes les autres, en empruntant d&#8217;ailleurs \u00e0 la litt\u00e9rature \u00e9pique ambiante locale.<br \/>\nTrace d&#8217;archa\u00efsme ou d&#8217;une autre tradition, ce r\u00e9cit ne pr\u00e9sente pas de &#8220;relecture th\u00e9ologique&#8221;. La victoire n&#8217;est pas attribu\u00e9e \u00e0 Yahv\u00e9; son aide n&#8217;est m\u00eame pas implor\u00e9e, nul remerciement. Aucune connotation religieuse.<\/p>\n<p>Un petit r\u00e9cit suivant (v.33-35), provenant \u00e0 nouveau d&#8217;une autre tradition, en total d\u00e9calage g\u00e9ographique (puisqu&#8217;avec Bashan, on fait un bond jusqu&#8217;au Nord de la Jordanie actuelle, \u00e0 la hauteur du lac de Genn\u00e9sareth), ce bref r\u00e9cit renoue au contraire avec la relecture th\u00e9ologique: &#8220;Yahv\u00e9 dit \u00e0 Mo\u00efse: Ne le crains pas car je l&#8217;ai livr\u00e9 en ton pouvoir, lui, ses gens et son pays&#8221; (v.34). Le traitement pr\u00e9vu n&#8217;est pas des plus tendres: &#8220;Tu le traiteras comme tu as trait\u00e9 les Amorites&#8221;. Ainsi fut fait: &#8220;Ils (les H\u00e9breux) le battirent, lui, ses fils et tous ses gens, sans que personne en r\u00e9chapp\u00e2t&#8221; (v.35). Cruaut\u00e9 r\u00e9elle ou cruaut\u00e9 toute litt\u00e9raire?  M\u00eame si elle n&#8217;\u00e9tait que litt\u00e9raire, ce ne serait pas un t\u00e9moignage promouvant des sentiments de douceur ni de mis\u00e9ricorde!<\/p>\n<p>\n<strong>NOMBRES 22-24<br \/>\nISRAEL FACE A MOAB: BALAAM, PROPHETE?<\/p>\n<p><em>&#8220;Un astre issu de Jacob devient chef, un sceptre se l\u00e8ve, issu d&#8217;Isra\u00ebl&#8221;<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nEffray\u00e9 par le sort fait aux Amorites, Balaq, roi de Moab, fait mander Balaam, un devin de renom, afin de maudire Isra\u00ebl et de mettre ainsi les dieux de son c\u00f4t\u00e9 dans son entreprise guerri\u00e8re. Tout pa\u00efen qu&#8217;il soit, Balaam est avis\u00e9 par Yahv\u00e9 de ne pas suivre les envoy\u00e9s de Balaq, pourtant venus avec les honoraires pour le service du devin. Balaq ne se d\u00e9courage pas devant ce premier refus et envoie une deuxi\u00e8me ambassade, plus prestigieuse et avec des promesses de r\u00e9compense encore plus grande. Balaam consulte \u00e0 nouveau Yahv\u00e9 qui, cette fois, le laisse partir avec la r\u00e9serve de ne faire que ce que Yahv\u00e9 lui dictera.  <br \/>\nPrends place ici l&#8217;\u00e9pisode de l&#8217;\u00e2nesse qui pourrait bien \u00eatre un \u00e9pisode (presqu&#8217;une fable humoristique) relevant d&#8217;une autre tradition (moqueuse \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de Balaam). En effet, Dieu est ici cens\u00e9 \u00eatre oppos\u00e9 au d\u00e9part de Balaam. Pour le lui faire comprendre, Dieu met par trois fois des obstacles sur sa route. Balaam ne comprends pas mais son \u00e2nesse bien. Voil\u00e0 le grand devin renomm\u00e9 moins perspicace que sa monture ! En lui rappelant de ne rien dire d&#8217;autre que ce qui lui sera inspir\u00e9, Yahv\u00e9 permet \u00e0 Balaam de continuer son chemin.<br \/>\nBalaam et Balaq sont mis en pr\u00e9sence. Balaq fait monter le devin sur une colline pour voir &#8220;l&#8217;extr\u00e9mit\u00e9 du camp&#8221; (des H\u00e9breux) \u00e0 partir d&#8217;o\u00f9 il pourrait prof\u00e9rer sa mal\u00e9diction. Balaam fait organiser un sompteueux sacrifice (\u00e0 sept autels) et finit par prononcer un oracle (23,7-10). Mais celui-ci ne maudit pas Isra\u00ebl. Au contraire, il le r\u00e9v\u00e8le comme Peuple Elu: &#8220;Voici un peuple qui habite \u00e0 part; il n&#8217;est pas rang\u00e9 parmi les Nations&#8221;.  Balaq est furieux que le devin dise autre chose que ce pourquoi il l&#8217;avait fait venir. Au contraire sans doute des coutumes de l&#8217;\u00e9poque, Balaam se r\u00e9v\u00e8le donc un devin ind\u00e9pendant et honn\u00eate.<br \/>\nBalaq ne se d\u00e9courage pas pour autant. Il fait monter Balaam sur une colline plus haute afin de voir cette fois le peuple h\u00e9breu tout entier d&#8217;un seul regard. Le m\u00eame sacrifice est organis\u00e9 mais l&#8217;oracle (23,18-24) est pour le coup franchement favorable \u00e0 Isra\u00ebl: &#8220;Yahv\u00e9 son Dieu est avec lui&#8230; Ce peuple se dresse comme une lionne; il surgit comme un lion; il ne se couche pas qu&#8217;il n&#8217;ait d\u00e9vor\u00e9 sa proie et bu le sang de ceux qu&#8217;il a tu\u00e9&#8221;. <br \/>\nBalaq tout contrari\u00e9 ne se d\u00e9courage pas encore  et emm\u00e8ne Balaam au sommet de cette colline, donnant vue sur tout le d\u00e9sert (de Juda). Le m\u00eame sacrifice  est encore r\u00e9it\u00e9r\u00e9. &#8220;Levant les yeux&#8221; (dans un geste tout liturgique et tel un Mo\u00efse),  &#8220;Balaam vit Isra\u00ebl camp\u00e9 par tribus&#8221; (d&#8217;une ordonnance litrugico-militaire) et prononce un troisi\u00e8me oracle pr\u00e9disant la supr\u00e9matie d&#8217;Isra\u00ebl: &#8220;Que tes tentes sont belles, Jacob &#8230;Un h\u00e9ros grandit dans sa descendance; il domine sur des peuples nombreux &#8230; Il d\u00e9vore le cadavre de ses adversaires; il leur brise les os.&#8221;. <\/p>\n<p>Balaq se met en col\u00e8re et renvoie Balaam sans les honoraires ni les honneurs promis. Balaam reste in\u00e9branlable. C&#8217;est lui qui &#8220;offre&#8221; \u00e0 Balaq, cette fois sans mise en sc\u00e8ne magico-sacrificielle, un dernier oracle (24,13-24): &#8220;Je le vois mais non pour maintenant; je l&#8217;aper\u00e7ois mais non de pr\u00e8s: un astre issu de Jacob devient chef; un sceptre se l\u00e8ve, issu d&#8217;Isra\u00ebl&#8221;. L&#8217;oracle s&#8217;\u00e9tend m\u00eame en  mal\u00e9dictions contre Moab et tous les ennemis d&#8217;Isra\u00ebl. L&#8217;issue de ce long r\u00e9cit est d&#8217;un ir\u00e9nisme d\u00e9concertant: &#8220;Balaam se leva, partit et retourna chez lui. Balaq lui aussi passa son chemin&#8221; (v.25). <\/p>\n<p>Au fil de ces oracles, on voit Isra\u00ebl d&#8217;abord simplement &#8220;\u00e9lu&#8221;, puis vainqueur, finalement dominant et invincible. Vision idyllique (elle n&#8217;a jamais correspondu \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9), vision &#8220;liturgique&#8221; d&#8217;un peuple bien ordonn\u00e9 (24,2),  &#8220;th\u00e9ologique&#8221; d&#8217;un peuple vivant comme dans un Paradis terrestre  (&#8220;&#8230;comme des jardins au bord d&#8217;un fleuve&#8221; 24,6), eschatologique (&#8220;je le vois mais non pour maintenant; je l&#8217;aper\u00e7ois mais non de pr\u00e8s&#8221; 24,17) confirmant le caract\u00e8re non-r\u00e9el mais id\u00e9al de la &#8220;vision&#8221;.  M\u00eame si elle est exprim\u00e9e en des termes tr\u00e8s belliqueux et m\u00eame cruels, la supr\u00e9matie d&#8217;Isra\u00ebl semble bien \u00eatre d&#8217;ordre religieux et \u00eatre un discours ad intra. Il est tr\u00e8s remarquable en effet qu&#8217;\u00e0 l&#8217;inverse de r\u00e9cits pr\u00e9c\u00e9dents ce long \u00e9pisode ne conna\u00eet aucun fait d&#8217;arme r\u00e9el mais seulement des paroles qui finalement d\u00e9samor\u00e7ent  la vell\u00e9it\u00e9 de conflit du d\u00e9part (puisque, finalement, &#8220;Balaq passa son chemin&#8221;). <br \/>\nPlus encore, la port\u00e9e de ce texte pourrait bien \u00eatre tout \u00e0 fait \u00e9trang\u00e8re \u00e0 tout plan de conqu\u00eate. Il serait plut\u00f4t une le\u00e7on circonstanci\u00e9e sur le proph\u00e9tisme: sur le passage de la divination pa\u00efenne \u00e0 l&#8217;authentique proph\u00e9tisme biblique, sur la capacit\u00e9 d&#8217;un non-Isra\u00e9lite \u00e0 \u00eatre proph\u00e8te pour Isra\u00ebl (ou sur la reconnaissance de la vocation d&#8217;Isra\u00ebl par un non-Isra\u00e9lite &#8230;), sur les conditions d&#8217;int\u00e9grit\u00e9 du proph\u00e8te (sa non-v\u00e9nalit\u00e9) et de sa docilit\u00e9 \u00e0 Dieu (&#8220;r\u00e9v\u00e9ler ce que Dieu dit et rien d&#8217;autre&#8221;, le r\u00e9cit y insiste \u00e0 11 reprises),  sur le caract\u00e8re religieux et non mondain du proph\u00e9tisme. <\/p>\n<p>\n<strong>NOMBRES 25<br \/>\nISRAEL SUCCOMBANT A L&#8217;IDOLATRIE: COLERE DE YAHVE<\/p>\n<p><em>&#8220;Empale-les \u00e0 la face du soleil, pour Yahv\u00e9&#8221;<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nIsra\u00ebl est \u00e0 pr\u00e9sent au seuil de la Terre Promise, dans une r\u00e9gion face \u00e0 J\u00e9richo. Sans doute, s&#8217;y intalle-t-il. Sans doute, le processus d&#8217;assimilation fait-il son oeuvre. En tout cas, le peuple h\u00e9breu (les tribus concern\u00e9es) se laisse aller \u00e0 la d\u00e9bauche avec &#8220;les filles de Moab&#8221;, retourne \u00e0 l&#8217;id\u00f4latrie en acceptant de se prosterner devant &#8220;le Baal de P\u00e9or&#8221;. Toutes ces valeureuses conqu\u00eates n&#8217;auraient-elles servi \u00e0 rien ? La col\u00e8re de Yahv\u00e9 s&#8217;enflamme. Il ordonne \u00e0 Mo\u00efse de faire empaler les coupables (v.1 \u00e0 5). <br \/>\nLa cruaut\u00e9 du ch\u00e2timent, m\u00eame si elle n&#8217;est que &#8220;litt\u00e9raire&#8221;, a de quoi effrayer. Elle correspond peut-\u00eatre aux moeurs de l&#8217;\u00e9poque: sauvages dans leur expression, sauvages dans leur r\u00e9pression. Cette violence-ci est interne au peuple h\u00e9breu. Elle t\u00e9moigne du fait que l&#8217;assimilation et l&#8217;idol\u00e2trie apparaissent comme des probl\u00e8mes majeurs au r\u00e9dacteur religieux de ce livret. Les consid\u00e9rations politico-militaires sont bien loin. <br \/>\nCe premier r\u00e9cit qui met en cause des Moabites est suivi d&#8217;un second (v.6-9), relevant d&#8217;une autre tradition, mettant en cause un notable h\u00e9breu et une notable madianite, personnalis\u00e9 quelques versets plus loin (v.14-15), s&#8217;adonnant \u00e0 la prostitution sacr\u00e9e dans la Tente de la R\u00e9union, lieu sacr\u00e9 des H\u00e9breux en campement. Sans attendre l&#8217;ordre divin, un des pr\u00eatres prend l&#8217;initiative de leur ficher un pieu dans le bas ventre, les transper\u00e7ant tous les deux dans leur \u00e9treinte m\u00eame. <br \/>\nCe r\u00e9cit est lui-m\u00eame suivi d&#8217;une sc\u00e8ne (v.10 \u00e0 13), sans doute surajout\u00e9e, d&#8217;intronisation (d'&#8221;alliance de paix&#8221; !) de ce pr\u00eatre (Pinhas, fils d&#8217;El\u00e9azar, fils d&#8217;Aaron) et de sa descendance dans la fonction sacerdotale, &#8220;en r\u00e9compense pour sa jalousie pour son Dieu&#8221;. Le sacerdoce serait-il fond\u00e9 sur la violence-pour-Dieu ? Le monoth\u00e9isme, manifestement difficile \u00e0 faire respecter, doit-il vraiment passer par une telle  violence ? On devine aussi derri\u00e8re ces versets des luttes internes entre castes sacerdotales, la lign\u00e9e d&#8217;Aaron voulant ici se donner ses lettres de noblesse(!).<br \/>\nLes versets qui suivent et terminent le chapitre (v.14-15) sont une invitation \u00e0 poursuivre et \u00e0 frapper les Madianites, peut-\u00eatre pur raccord litt\u00e9raire, annon\u00e7ant le chapitre 31. <\/p>\n<p>\n<strong>NOMBRES 31<br \/>\nISRAEL FACE A MADIAN: LA VENGEANCE SACREE<\/p>\n<p><em>&#8221; Accomplis la vengeance des enfants d&#8217;isra\u00ebl sur les Madianites&#8221;<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nCe chapitre sur la guerre contre Madian fait en quelque sorte suite au chapitre 25 qui se concluait par cette menace. Entre les deux ont pris place de longs chapitres sur les sacrifices et les voeux, textes liturgiques et l\u00e9gislatifs totalement \u00e9trangers \u00e0 la trame du r\u00e9cit. <br \/>\nLe substrat historique de cet \u00e9pisode est plut\u00f4t \u00e0 chercher du c\u00f4t\u00e9 des guerres men\u00e9es contre les Madianites \u00e0 l&#8217;\u00e9poque des Juges (avant la royaut\u00e9) (Juges 6,1-6; 7 et 8) \u00e0 un moment o\u00f9 Isra\u00ebl \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 implant\u00e9 en Terre Promise et o\u00f9 il devait mener des ripostes contre les incessantes incursions et pillages perp\u00e9tr\u00e9s par ces turbulantes tribus nomades du d\u00e9sert d&#8217;Arabie. <br \/>\nLa campagne d\u00e9crite ici est, autant le dire tout de suite, purement imaginaire. L&#8217;auteur (qui r\u00e9dige vers la fin du &#8211; 4\u00b0s.) anticipe en fait \u00e0 l&#8217;\u00e9poque de Mo\u00efse (- 12\u00b0s.) des \u00e9v\u00e9nements plus r\u00e9cents (de &#8211; 10\u00b0s.). Le texte rel\u00e8ve, en effet, des traditions sacerdotales les plus r\u00e9centes. Les pr\u00e9occupations sacerdotales y sont pr\u00e9dominantes (souci des comptages pr\u00e9cis, du bon ordre, des privil\u00e8ges de caste, des rites de purifications, des justifications th\u00e9ologiques, &#8230;). L&#8217;instauration et le respect des lois sacerdotales semble \u00eatre la grande bataille dont il est question.<br \/>\nLa lev\u00e9e de l'&#8221;arm\u00e9e&#8221; se fait dans l&#8217;ordre (par tribu), mille (chiffre symbolisant une totalit\u00e9) pour chacune des 12 tribus (repr\u00e9sentant l&#8217;ensemble du Peuple), sous la direction, non d&#8217;un chef militaire, mais d&#8217;un grand pr\u00eatre, et accompagn\u00e9e des objets sacr\u00e9es et des trompettes de procession.   <br \/>\nAucune description de combat (un seul verset: &#8220;Ils firent campagne contre Madian, comme Yahv\u00e9 l&#8217;avait command\u00e9 \u00e0 Mo\u00efse&#8221; v.7) mais seulement le r\u00e9sultat: &#8220;Ils tu\u00e8rent tous les m\u00e2les&#8221;. Des traditions diverses et post\u00e9rieures ont sans doute ajout\u00e9 les cinq rois et voulu mentionner ici Balaam. La pratique du &#8220;herem&#8221; (destruction de toute vie et de tous les biens en l&#8217;honneur de la divinit\u00e9, marquant la sacralit\u00e9 de la guerre) a l&#8217;air d&#8217;\u00eatre temp\u00e9r\u00e9e (dans un premier temps) par la pr\u00e9servation des femmes et des enfants, ce que Mo\u00efse reprochera aux chefs. Finalement seules les jeunes filles nubiles seront \u00e9pargn\u00e9es pour \u00eatre attribu\u00e9es aux combattants. <br \/>\nCurieusement, quoique vainqueurs, ces valeureux combattants sont soumis \u00e0 un rite de purification, ainsi que tous types de v\u00eatements et d&#8217;ustensiles. Les ustensiles en m\u00e9tal feront l&#8217;objet d&#8217;une purification par le feu et, selon un tradition compl\u00e9mentaire, par l&#8217;eau. Ce rite de purification des combattants est tr\u00e8s int\u00e9ressant \u00e0 noter (m\u00eame s&#8217;il ne s&#8217;agit pas d&#8217;une purification morale mais purement cultuelle, tenant \u00e0 l&#8217;impuret\u00e9\/sacralit\u00e9 de tout ce qui touche au sang et \u00e0 la mort selon la tradition sacerdotale).  <br \/>\nLe partage du butin fait l&#8217;objet d&#8217;un inventaire pr\u00e9cis (les chiffres cit\u00e9s ont s\u00fbrement une symbolique mais n&#8217;ont rien \u00e0 voir avec la r\u00e9alit\u00e9 d&#8217;un butin de campagne entre tribus dans cette r\u00e9gion \u00e0 cette \u00e9poque)  et est l&#8217;occasion de mettre au point des r\u00e8gles de partage (qui ont l&#8217;air d&#8217;\u00eatre celles th\u00e9oriquement en vigueur \u00e0 l&#8217;\u00e9poque royale): la moiti\u00e9 aux combattants, l&#8217;autre moiti\u00e9 aux non-combattants. Sur cette dotation, une part est \u00e0 pr\u00e9lever &#8220;pour Yahv\u00e9&#8221; (attribu\u00e9e comme il se doit aux deux castes sacerdotales): 1\/500\u00b0 sur la dotation des combattants, 1\/50\u00b0 sur celle des non-combattants. Une autre tradition sans doute fait allusion \u00e0 une offrande des m\u00e9taux pr\u00e9cieux du butin, par les chefs uniquement, en expiation. L\u00e0 aussi un chiffre pr\u00e9cis (mais tout \u00e0 fait irr\u00e9aliste) est donn\u00e9. D&#8217;une mani\u00e8re tout \u00e0 fait contradictoire, une autre tradition encore, plus archa\u00efque et sans doute plus proche de la r\u00e9alit\u00e9 habituelle, stipule, en un verset (v. 53), que &#8220;les combattants firent chacun leur butin&#8221;.<\/p>\n<p>Ce texte nous donne une image assez compl\u00e8te de la &#8220;guerre sacr\u00e9e&#8221; (pr\u00e9sent\u00e9e comme &#8220;vengeance de Dieu&#8221;, pratiquant le &#8220;herem&#8221; ou r\u00e9troc\u00e9dant au moins une partie fix\u00e9e du butin aux pr\u00eatres, se soumettant \u00e0 des r\u00e8gles de purification, &#8230;). Mais \u00e0 l&#8217;\u00e9poque o\u00f9 l&#8217;auteur parle, Isra\u00ebl, englob\u00e9 dans l&#8217;empire perse,  ne pouvait plus mener aucune guerre. Il reste un combat bien r\u00e9el: celui de la caste sacerdotale pour imposer son ordre. Un autre combat, moins corporatiste, vis\u00e9 par le texte est celui de discipliner un peuple, de le s\u00e9parer des autres peuples et de pr\u00e9venir tout retour \u00e0 l&#8217;idol\u00e2trie. Une ex\u00e9g\u00e8se tr\u00e8s all\u00e9gorique pourra y voir le mod\u00e8le du combat spirituel. <\/p>\n<p>\n<strong>NOMBRES 32:<br \/>\nEFFORT DE GUERRE IMPOS\u00e9 A TOUS<\/p>\n<p><em>&#8220;Tes serviteurs passeront tout \u00e9quip\u00e9s pour l&#8217;arm\u00e9e, devant Yahv\u00e9, pour le combat&#8221;<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nCet \u00e9pisode, encore une tradition particuli\u00e8re (\u00e9lohiste celle-ci), rapporte la requ\u00eate des tribus de Ruben et de Gad. Celles-ci semblent s&#8217;\u00eatre install\u00e9es en Transjordanie (Jordanie actuelle) parce qu&#8217;elles y avaient trouv\u00e9 de bons p\u00e2turages et n&#8217;\u00e9taient pas int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 la conqu\u00eate de la Terre Promise: &#8220;Ne nous fais pas passer le Jourdain&#8221; (v. 5). Mo\u00efse se met en col\u00e8re contre cette mauvaise volont\u00e9 (v.6-15). L&#8217;auteur du livret rappelle ici l&#8217;\u00e9pisode de Qadesh (Nbr. 13,25-38). Les repr\u00e9sentants des deux tribus proposent alors une transaction (v.16-19): ils s&#8217;installeraient bien dans cette r\u00e9gion mais les hommes en \u00e2ge de porter les armes s&#8217;associeraient solidairement aux autres tribus pour conqu\u00e9rir la Terre Promise. Mo\u00efse accepte la transaction (v.20-24) et la fait avaliser officiellement pour la post\u00e9rit\u00e9 (devant El\u00e9azar, le pr\u00eatre, Josu\u00e9, le chef militaire, et devant les chefs des tribus) (v.28-32). Le texte rend l&#8217;accord \u00e9galement valable pour la demi-tribu de Manass\u00e9 (v.33).<br \/>\nLe but de cette tradition (ajout\u00e9e comme un avenant au texte) est manifestement de garantir comme par un acte notari\u00e9 vers\u00e9 aux archives publiques le &#8220;privil\u00e8ge&#8221; (ou, tout simplement, la situation de fait) de l&#8217;installation de ces deux (et demi) tribus en dehors de la Terre Promise.<br \/>\nLe fait que la condition expresse soit de participer \u00e0 l&#8217;effort de guerre commun correspond bien \u00e0 la mentalit\u00e9 guerri\u00e8re ou au moins au vocabulaire guerrier dans lequel baigne &#8211;malheureusement dirions-nous &#8211; cette &#8220;conqu\u00eate&#8221; de la Terre Promise. <br \/>\nAu passage, l&#8217;auteur vise aussi sans doute \u00e0 rappeler que toute initiative particuli\u00e8re des tribus doit d&#8217;abord obtenir l&#8217;aval de l&#8217;Autorit\u00e9 (incarn\u00e9e ici par Mo\u00efse) afin d&#8217;\u00e9viter tout effet centrifuge. Pr\u00e9server l&#8217;unit\u00e9 du Peuple en n&#8217;excluant pas des  situations particuli\u00e8res pourrait \u00eatre la le\u00e7on th\u00e9ologico-politique de ce texte.   <\/p>\n<p>\n<strong>NOMBRES 33, 50-56:<br \/>\nISRAEL APPEL\u00e9 \u00e0 PRENDRE POSSESSION DE LA TERRE<\/p>\n<p><em>&#8220;Vous chasserez tous les habitants de la Terre devant vous&#8221;<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nApr\u00e8s un r\u00e9capitulatif des \u00e9tapes &#8220;des Fils d&#8217;Isra\u00ebl sortis en corps&#8221; (33,1) de la terre d&#8217;Egypte vers la Terre Promise \u00e0 travers le d\u00e9sert (33, 1-49), \u00e0 la veille de la travers\u00e9e du Jourdain, Yahv\u00e9 fait dire \u00e0 Mo\u00efse: &#8220;Vous chasserez tous les habitants de la Terre devant vous. Vous d\u00e9truirez toutes leurs images; et toutes leurs statues de m\u00e9tal, vous d\u00e9truirez; et tous leurs haut-lieux, vous renverserez. Vous prendrez possession de la Terre et vous y habiterez car je vous donne cette Terre pour la poss\u00e9der.&#8221;  (33,52-53). Plus loin, le texte insiste: &#8220;Si vous ne chassez pas les habitants du pays devant vous, ceux d&#8217;entre eux que vous aurez laiss\u00e9s deviendront des \u00e9pines dans vos yeux, et des ronces dans vos flancs; ils vous opprimeront sur la terre o\u00f9 vous habiterez; et ce que j&#8217;avais r\u00e9solu de leur faire \u00e0 eux, je le ferai \u00e0 vous&#8221;(33,55-56).<br \/>\nLa prise de possession de la Terre que l&#8217;on aurait cru \u00eatre un &#8220;don&#8221; ne l\u00e9sant personne s&#8217;av\u00e8rerait donc \u00eatre une conqu\u00eate s&#8217;accompagnant d&#8217;une violence et d&#8217;une intol\u00e9rance th\u00e9ologico-raciste. Cette image est \u00e0 corriger en sachant que ce texte (de tradition sacerdotale) a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit plus de huit cents ans apr\u00e8s les faits et n&#8217;a donc plus rien \u00e0 voir avec ces faits dans leur modus operandi. L&#8217;on sait en effet, par ailleurs, que ces peuples n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 chass\u00e9s et qu&#8217;en r\u00e9alit\u00e9, Isra\u00ebl a v\u00e9cu au milieu d&#8217;eux en relative bonne entente. L&#8217;on sait aussi qu&#8217;\u00e0 l&#8217;\u00e9poque de l&#8217;\u00e9criture de ce texte, Isra\u00ebl \u00e9tait sous domination perse et ne pouvait m\u00eame pas r\u00eaver de conqu\u00e9rir ou reconqu\u00e9rir quoi que ce soit ni de s&#8217;imposer d&#8217;aucune mani\u00e8re. <br \/>\nL&#8217;insistance sur la destruction des idoles correspond tout \u00e0 fait au souci sacerdotal de ce 4\u00b0s. et serait bien la cl\u00e9 de lecture de ce texte. Le combat que m\u00e8ne l&#8217;auteur est celui contre l&#8217;idol\u00e2trie (manisfestement encore tr\u00e8s pr\u00e9sente parmi les Fils d&#8217;Isra\u00ebl \u00e0 ette \u00e9poque pourtant tardive). Il authentifie cette lutte en la repla\u00e7ant dans le contexte de la fondation m\u00eame de l&#8217;identit\u00e9 juive (l&#8217;entr\u00e9e dans la Terre promise). <br \/>\nReste le prol\u00e8me de la &#8220;violence&#8221; de ce monoth\u00e9isme. Doit-il vraiment se construire sur le d\u00e9nigrement des autres cultes, sur leur extirpation, sur le fait de cr\u00e9er des zones th\u00e9ologico-ethniquement purifi\u00e9es ? Cette tentation n&#8217;est pas morte. On la voit toujours \u00e0 l&#8217;oeuvre, et encore toujours avec des arguments religieux. <br \/>\nOn sera plus \u00e0 l&#8217;aise avec une lecture purement spirituelle nous recommandant d&#8217;extirper de soi tous les d\u00e9fauts du vieil homme d\u00e8s lors que l&#8217;on a acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 une vie nouvelle.<\/p>\n<p>\n<strong>NOMBRES 35, 9-34:<br \/>\nLES VILLES REFUGES ET LA VENGEANCE DU SANG<\/p>\n<p><em>&#8220;Le meurtrier s&#8217;y r\u00e9fugiera,<br \/>\ncelui qui aura frapp\u00e9 un homme par m\u00e9garde&#8221;<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nL&#8217;institution de villes refuges est du plus haut int\u00e9r\u00eat du point de vue de l&#8217;histoire du droit et nous enseigne aussi quelque chose au sujet de la mani\u00e8re de sortir de la &#8220;vengeance du sang&#8221;, en tout cas pour les meurtres involontaires. Une question est de savoir si ces villes refuges ont \u00e9t\u00e9 une r\u00e9alit\u00e9 historique ou n&#8217;ont jamais \u00e9t\u00e9 qu&#8217;un id\u00e9al juridique. Il semble  qu&#8217;un tel &#8220;privil\u00e8ge&#8221; , li\u00e9 en tout cas aux temples ou endroits sacr\u00e9s, aie bien exist\u00e9. Le principe en est attest\u00e9 dans diff\u00e9rentes codes juridiques de l&#8217;Orient ancien. <br \/>\nPr\u00e9cisons imm\u00e9diatement que cette immunit\u00e9 n&#8217;\u00e9tait valable que pour les homicides involontaires, par imprudence ou par accident, sans pr\u00e9m\u00e9ditation, avec des objets qui ne se pr\u00e9sentaient pas comme des armes par destination, et o\u00f9 tout sentiment d&#8217;inimiti\u00e9 \u00e9tait absent. Cela sous-entend que dans un r\u00e9gime autre ou ant\u00e9rieur tout homicide (m\u00eame involontaire) devait \u00eatre veng\u00e9 par l&#8217;ex\u00e9cution du meurtrier au nom d&#8217;une conception magique et primitive o\u00f9 le sang vers\u00e9 devait \u00eatre compens\u00e9 par du sang vers\u00e9. D\u00e9sormais, seule l&#8217;homicide volontaire devait \u00eatre puni de la sorte. Mais il devait l&#8217;\u00eatre absolument (une compensation financi\u00e8re n&#8217;\u00e9tait pas valable selon ce principe) et il devait l&#8217;\u00eatre par le &#8220;vengeur du sang&#8221; c&#8217;est-\u00e0-dire par le plus proche parent de la victime. <br \/>\nLe meurtrier qui s&#8217;estimait meurtrier involontaire pouvait donc trouver refuge temporairement aupr\u00e8s d&#8217;un temple en attendant un jugement devant la &#8220;communaut\u00e9&#8221; (&#8216;edah:. ce terme n&#8217;est juridiquement pas pr\u00e9cis du tout). Un seul t\u00e9moin n&#8217;\u00e9tait pas suffisant. S&#8217;il \u00e9tait jug\u00e9 non coupable de meurtre volontaire, il pouvait sans doute vivre dans cette ville refuge mais ne pouvait en sortir sous peine de retomber sous le coup de la vengeance du sang. Seule la mort du Grand Pr\u00eatre conf\u00e9rait une amnistie et permettait \u00e0 ce type de meurtrier de retourner dans sa r\u00e9gion d&#8217;origine. Cette l\u00e9gislation \u00e9tait valable pour les Fils d&#8217;Isra\u00ebl mais aussi pour l&#8217;\u00e9tranger (de passage) et le r\u00e9sident (immigr\u00e9 et\/ou non h\u00e9breu).<br \/>\nLe progr\u00e8s par rapport \u00e0 la mentalit\u00e9 magique ant\u00e9rieure tient dans le principe suivant lequel un sang innocent ne doit pas \u00eatre vers\u00e9 par pure compensation d&#8217;un sang vers\u00e9. Autrement dit, la peine ne doit pas \u00eatre li\u00e9 \u00e0 l&#8217;objet mais \u00e0 l&#8217;intention.<\/p>\n<p><strong><em>Violence, guerre et paix dans la Bible &#8211; Nombres (encart 1)<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>VIOLENCES, GUERRE ET PAIX A L&#8217;EPOQUE DU DESERT<\/strong><\/p>\n<p>\nLes tribus ne formaient \u00e9videmment pas une arm\u00e9e homog\u00e8ne. Chaque chef de tribu dirigeait les hommes de sa tribu. Les tribus se f\u00e9d\u00e9raient \u00e9ventuellement et temporairement pour une cause commune limit\u00e9e et ponctuelle. Pour le reste, elles menaient leurs affaires comme elles l&#8217;entendaient. En dehors du chef de tribu, il n&#8217;est pas s\u00fbr qu&#8217;il y ait eu une quelconque structure autre qu&#8217;improvis\u00e9e au moment m\u00eame d&#8217;un combat.<br \/>\nTout homme valide \u00e9tait en m\u00eame temps un combattant mais il n&#8217;y avait pas d&#8217;arm\u00e9e permanente ni de m\u00e9tier ni de mercenaires. Les combattants h\u00e9breux ne connaissaient que le corps \u00e0 corps. Ils \u00e9taient incapables de mener une bataille rang\u00e9e. Ils devaient proc\u00e9der par petits groupes d&#8217;hommes courageux, mener des attaques hardies, des embuscades, des ruses de guerre. Les combattants ne touchaient pas de solde. Ils se payaient par le pillage du vaincu.<br \/>\nL&#8217;armement des tribus h\u00e9bra\u00efques \u00e0 cette \u00e9poque (12\u00b0s. avant J-C) \u00e9tait tout \u00e0 fait rudimentaire. Il se r\u00e9sumait en une \u00e9p\u00e9e courte (env. 50 cm) appel\u00e9e &#8221; h\u00e8r\u00e8b&#8221; et, peut-\u00eatre, une pique (&#8221; romah&#8221;) de la hauteur d&#8217;un homme. Ce n&#8217;est que plus tardivement (\u00e0 partir du 10\u00b0s.) qu&#8217;Isra\u00ebl conna\u00eetra d&#8217;autres armes (lance, arc et fl\u00e8ches, fronde, char attel\u00e9&#8230;) ainsi que des \u00e9quipements de protection (bouclier, casque, cuirasse). Par contre, \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, Egyptiens, Assyriens et m\u00eame Philistins \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 beaucoup mieux arm\u00e9s et \u00e9quip\u00e9s.<br \/>\nL&#8217;approche de la &#8221; Terre Promise&#8221; semble avoir \u00e9t\u00e9 lente, h\u00e9sitante, p\u00e9nible, impliquant de nombreux combats men\u00e9s avec l&#8217;\u00e9nergie de la contrainte et du d\u00e9sespoir. Cette &#8221; guerre de conqu\u00eate&#8221; se poursuivra jusqu&#8217;au r\u00e8gne de David (10\u00b0s.). Au-del\u00e0, Isra\u00ebl ne m\u00e8nera plus que quelques guerres d\u00e9fensives avant de perdre toute autonomie politique et militaire (d\u00e8s le 8\u00b0s.). <br \/>\nCette phase de la conqu\u00eate de la Terre Promise est la seule \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme une &#8221; guerre sainte&#8221;, mais pas du tout au sens d&#8217;une propagation de la foi par les armes. Au contraire, Isra\u00ebl n&#8217;a jamais fait de pros\u00e9lytisme. Sa religion \u00e9tait m\u00eame jalousement &#8221; r\u00e9serv\u00e9e&#8221; \u00e0 un peuple \u00e9lu. Mais il s&#8217;agissait bien de conqu\u00e9rir une terre pour vivre sa foi de mani\u00e8re autonome et pure. En faisant cela, les H\u00e9breux avaient bien la conviction de r\u00e9aliser une mission voulue par Dieu.<br \/>\nTout autre chose est la notion de &#8221; guerre sacr\u00e9e&#8221;. Toute guerre dans l&#8217;Antiquit\u00e9, chez tous les peuples, \u00e9tait une &#8221; guerre sacr\u00e9e&#8221;. Au moins y avait &#8211; il  ma\u00eetrise des \u00e9l\u00e9ments, au plus l&#8217;issue des combats semblait d\u00e9pendre de la divinit\u00e9. Les rites sacr\u00e9s li\u00e9s aux combats (divination, auspices, v&#339;ux, sacrifices, purifications, &#8230;) consistaient \u00e0 s&#8217;assurer le concours de celle-ci. A noter que ces rites ont pu avoir des effets retardateurs, souvent profitables \u00e0 la r\u00e9flexion et \u00e0 la remise en question de l&#8217;opportunit\u00e9 d&#8217;un combat. Le fait, pour un chef de guerre, de ne pas s&#8217;attribuer la victoire au combat mais de l&#8217;attribuer \u00e0 la divinit\u00e9 comportait plus d&#8217;avantages que d&#8217;inconv\u00e9nients.<\/p>\n<h2>Bibliografie<\/h2>\n<p>Bibliographie:<\/p>\n<p>&#8211; BUIS, P., Les Nombres, Cahiers Evangile 78, Cerf, Paris, s.d.<br \/>\n&#8211; LEVINE, B.A., Numbers, The Anchor Bible, Doubleday, N-Y, 1993<br \/>\n&#8211; de VAULX, J., Les Nombres, coll. Sources bibliques, Gabalda, Paris, 1972<br \/>\n&#8211; de VAUX, R., Histoire ancienne d&#8217;Isra\u00ebl : des origines \u00e0 l&#8217;installation en Canaan, coll. Etudes bibliques, Gabalda, Paris, 1971<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Violence, guerre et paix dans la Bible &#8211; Une analyse des textes de Nombres &nbsp; Selis Claude Pr\u00e9sentation g\u00e9n\u00e9rale Pour entrer dans le livre des Nombres Ce quatri\u00e8me livre de la Torah doit son titre, dans la tradition latine ou grecque, au fait qu&#8217;il d\u00e9bute&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[16,7],"tags":[],"class_list":["post-602","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-gov-in-de-bijbel","category-studiecentrum"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/602","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=602"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/602\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":8973,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/602\/revisions\/8973"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=602"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=602"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-nl\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=602"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}