{"id":429,"date":"2013-02-02T00:00:00","date_gmt":"2014-02-06T11:37:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.army-chaplaincy.be\/befr\/2012\/06\/16\/labbe-mathieu-voncken-aumonier-des-fusilles\/"},"modified":"2013-02-02T00:00:00","modified_gmt":"2014-02-06T11:37:41","slug":"labbe-mathieu-voncken-aumonier-des-fusilles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/2013\/02\/02\/labbe-mathieu-voncken-aumonier-des-fusilles\/","title":{"rendered":"L&rsquo;abb\u00e9 Mathieu Voncken, aum\u00f4nier des Fusill\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;adjt Levo a travaill\u00e9 au Commandement de la Province de Li\u00e8ge jusqu&rsquo;\u00e0 sa retraite.  Son int\u00e9r\u00eat pour l&rsquo;histoire de notre pays l&rsquo;a men\u00e9 \u00e0 r\u00e9diger, dans le cadre de son travail, des opuscules visant \u00e0 aider les \u00e9l\u00e8ves des \u00e9coles primaires de la r\u00e9gion \u00e0 comprendre les \u00e9v\u00e9nements li\u00e9s \u00e0 la derni\u00e8re guerre et qui constituent l&rsquo;histoire de notre pays.  Il s&rsquo;est attach\u00e9 dans cet article \u00e0 retracer les traits de l&rsquo;abb\u00e9 Voncken, personnage de la vie li\u00e9geoise durant la derni\u00e8re guerre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right\"><em><a href=\"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/le-service-de-laumonerie\/membres\/profil-chaboteau-dominique\/\">Chaboteau Dominique<\/a><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: right\">108\/2008<\/p>\n<p>Au nord de Li\u00e8ge, sur les hauteurs dominant la ville se dresse l&rsquo;h\u00f4pital universitaire de la Citadelle. \u00a0\u00bb De la Citadelle\u00a0\u00bb est une appellation bien \u00e9trange pour un h\u00f4pital. Elle s&rsquo;explique par le fait que le complexe hospitalier s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve, depuis plus de vingt ans, sur l&#8217;emplacement d&rsquo;un lieu hautement tragique et h\u00e9ro\u00efque de notre histoire nationale.<br \/>\n\tC&rsquo;est en 1650 que le prince \u00e9v\u00eaque Ferdinand de Bavi\u00e8re fait construire une forteresse sur les hauteurs de la cit\u00e9. Cet ouvrage, constitu\u00e9 de buttes de terre et de palissades de rondins, occup\u00e9 par les troupes du Saint Empire germanique, n&rsquo;est pas destin\u00e9 \u00e0 d\u00e9fendre la ville de saint Lambert contre un ennemi venant de l&rsquo;ext\u00e9rieur. En effet, ses canons sont point\u00e9s vers la ville elle-m\u00eame. La raison avanc\u00e9e par le prince despote est la n\u00e9cessit\u00e9 de mater durablement les Li\u00e9geois toujours prompts \u00e0 se mutiner.<br \/>\n\tQuelques ann\u00e9es plus tard, la principaut\u00e9 est entra\u00een\u00e9e dans les premi\u00e8res guerres de Louis XIV. L&rsquo;ancienne fortification de bois et de terre fait bient\u00f4t place \u00e0 une citadelle construite en briques et en pierres de taille. Au cours des si\u00e8cles, la citadelle est partiellement d\u00e9truite, reconstruite, transform\u00e9e, jusqu&rsquo;\u00e0 la r\u00e9volution de 1830. En 1914, c&rsquo;est en ses murs que le 12\u00e8me r\u00e9giment de Ligne (12 Li), qui va devenir le plus glorieux r\u00e9giment de notre arm\u00e9e, est casern\u00e9. Apr\u00e8s la Grande Guerre, le 12 retrouve ses quartiers abandonn\u00e9s cinq ans plus t\u00f4t. Il y reste jusqu&rsquo;\u00e0 la campagne des Dix-huit Jours et la nouvelle occupation allemande. D\u00e9s le mois de mai 1940, les Allemands transforment un b\u00e2timent de la citadelle en prison qui devient le \u00a0\u00bb bloc 24&Prime;. D&rsquo;abord, y sont d\u00e9tenus des prisonniers de guerre, avant leur transfert en Allemagne, puis des otages et enfin les condamn\u00e9s \u00e0 mort qui bient\u00f4t impr\u00e8gnent de leur sang la terre li\u00e9geoise. Avec ceux des martyrs un nom reste \u00e0 jamais attach\u00e9 \u00e0 ce lieu sacr\u00e9.<br \/>\n  Mathieu Voncken voit le jour \u00e0 Schimmert au Pays-Bas le 13 janvier 1880. En 1903, il est professeur au coll\u00e8ge de Saint-Joseph de Beringen. Ordonn\u00e9 pr\u00eatre \u00e0 Li\u00e8ge en 1904, il continue sa carri\u00e8re d&rsquo;enseignant : professeur de math\u00e9matiques, de sciences, de l\u00e9gislation scolaire, de calligraphie, d&rsquo;\u00e9criture, de commerce. Il enseigne \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole normale de Saint-Roch, puis au coll\u00e8ge Saint-Hadelin \u00e0 Vis\u00e9. En 1921, il devient directeur de l&rsquo;\u00e9cole primaire Saint-Remacle \u00e0 Li\u00e8ge qu&rsquo;il quitte un an plus tard pour la direction de Saint-Charles. C&rsquo;est le 17 janvier 1935 que l&rsquo;abb\u00e9 Voncken est agr\u00e9\u00e9 \u00a0\u00bb Capellani carcerum\u00a0\u00bb de la prison Saint-L\u00e9onard \u00e0 Li\u00e8ge.<br \/>\n\tC&rsquo;est au d\u00e9but de 1941 que l&rsquo;aum\u00f4nier de la prison fait la connaissance du d\u00e9tenu Ren\u00e9-Marcel Zabeau. Celui-ci \u00e9tait, en mai 1940, mar\u00e9chal des logis au fort de Tancr\u00e9mont. Fait prisonnier apr\u00e8s la capitulation, il avait \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9 en juin et travaillait au service de d\u00e9minage des munitions abandonn\u00e9es au cours de la campagne. Il a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 le 2 f\u00e9vrier 1941 et incarc\u00e9r\u00e9 \u00e0 la prison Saint-L\u00e9onard avec plusieurs soldats qu&rsquo;il avait eu sous ses ordres. Ils sont sous l&rsquo;inculpation d&rsquo;un fait de guerre. Voici comment le sous-officier explique les faits.<br \/>\n\u00a0\u00bb 1\u00b0 Vers le 16mai 1940, j&rsquo;\u00e9tais avec mes hommes dans les bois de Fraipont, occupant un poste d&rsquo;observation du fort de Tancr\u00e9mont ;<br \/>\n&#8211; 2\u00b0 Nous n&rsquo;\u00e9tions ravitaill\u00e9s par personne et mes hommes allaient \u00e0 la nourriture chez l&rsquo;habitant du village ;<br \/>\n&#8211; 3\u00b0 Au cours d&rsquo;un de ces ravitaillements, ils rencontr\u00e8rent un soldat allemand, le firent prisonnier et l&#8217;emmen\u00e8rent au poste ;<br \/>\n&#8211; 4\u00b0 Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9, ce soldat voulut fuir ; je lui fis les sommations, mais malgr\u00e9 mes cris de \u00a0\u00bb halte !\u00a0\u00bb, il fuyait ;<br \/>\n&#8211; 5\u00b0 Nous f\u00fbmes donc oblig\u00e9s de tirer. Il fut tu\u00e9 et, pour ne pas g\u00eaner les op\u00e9rations et comme un poste d&rsquo;observation doit toujours rester ignor\u00e9, mes hommes l&rsquo;enterr\u00e8rent sur place\u00a0\u00bb.<br \/>\n\tLe tribunal allemand admit cette version de l&rsquo;incident, sauf un d\u00e9tail, celui de la fuite. Le pr\u00e9sident d\u00e9clara simplement : \u00a0\u00bb Un soldat allemand ne fuit pas\u00a0\u00bb. Un acte l\u00e9gitime devenait ainsi un acte de barbarie vis-\u00e0-vis d&rsquo;un prisonnier sans d\u00e9fense. Il y avait mort d&rsquo;homme, le soldat allemand. Le 16 avril 1941, Ren\u00e9 Zabeau est condamn\u00e9 \u00e0 mort et transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 la citadelle.<br \/>\n\tApr\u00e8s plusieurs d\u00e9marches aupr\u00e8s des autorit\u00e9s d&rsquo;occupation, l&rsquo;abb\u00e9 Voncken est autoris\u00e9 \u00e0 rendre visite au condamn\u00e9 qu&rsquo;il voit dans sa cellule le matin du vendredi 9 mai 1941. Ren\u00e9 parle beaucoup de sa maman, d\u00e9c\u00e9d\u00e9e quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t, de sa femme et de son jeune fils.<br \/>\n\tLe lundi suivant, l&rsquo;aum\u00f4nier visite de nouveau le prisonnier qui lui apprend que la condamnation est confirm\u00e9e et que le recours en gr\u00e2ce est rejet\u00e9. Cependant, son avocat a adress\u00e9 un nouveau recours \u00e0 S.M. la Reine Elisabeth. Ren\u00e9 est calme, il garde confiance, se confie \u00e0 Dieu et se soumet \u00e0 lui. Les deux hommes discutent famili\u00e8rement, tout en fumant des cigarettes, des v\u00e9rit\u00e9s religieuses fondamentales. Ren\u00e9 fait ses r\u00e9flexions et pose des questions. N&rsquo;ayant pas de crucifix, il a dessin\u00e9 une petite croix sur le mur, au dessus de sa table de bois blanc. Il a une grande foi et un culte filial pour la sainte Vierge. Il parle de ses fr\u00e9quents p\u00e8lerinages \u00e0 Val-Dieu.<br \/>\n\tLa troisi\u00e8me visite du 16 mai est consacr\u00e9e \u00e0 la confession que Ren\u00e9 d\u00e9sire faire. C&rsquo;est d&rsquo;abord une lutte p\u00e9nible, mais qui se termine par une formidable victoire sur lui-m\u00eame : \u00a0\u00bb Je pardonne tout \u00e0 tous !\u00a0\u00bb. L&rsquo;abb\u00e9 est \u00e9mu par ce soldat qui pleure, qui pleure de joie et s&rsquo;\u00e9crie : \u00a0\u00bb Je ne savais pas qu&rsquo;on pouvait avoir tant de joie \u00e0 pardonner !\u00a0\u00bb. Il veut que les siens pardonnent comme lui-m\u00eame, laissant \u00e0 Dieu seul le soin de juger. Les deux hommes causent encore et encore en fumant et en buvant un verre de fine offert par un distillateur li\u00e9geois.<br \/>\n\tS. Exc. Mgr Kerkhofs, \u00e9v\u00eaque de Li\u00e8ge, a \u00e9crit \u00e0 S. Em. le Cardinal de Malines afin qu&rsquo;Elle intervienne en sa faveur aupr\u00e8s du gouverneur g\u00e9n\u00e9ral von Falkenhausen. Toutes ces d\u00e9marches restent vaines. Le 20 mai, l&rsquo;aum\u00f4nier re\u00e7oit l&rsquo;ordre de se pr\u00e9senter chez l&rsquo;auditeur militaire : Ren\u00e9 Zabeau sera ex\u00e9cut\u00e9 le lendemain matin car : \u00a0\u00bb Tout a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 en pleine objectivit\u00e9 !\u00a0\u00bb. Le pr\u00eatre demande l&rsquo;autorisation d&rsquo;accompagner le condamn\u00e9 jusqu&rsquo;au dernier moment et de pouvoir lui donner l&rsquo;extr\u00eame-onction avant le coup de gr\u00e2ce. L&rsquo;auditeur r\u00e9plique : \u00a0\u00bb Chez nous, le coup de gr\u00e2ce n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire; le peloton suffit !\u00a0\u00bb.<br \/>\nMais, finalement, l&rsquo;autorisation est accord\u00e9e. A 17 heures, Mathieu Voncken entre de nouveau dans la cellule du bloc 24. Les deux hommes parlent de la pr\u00e9paration \u00e0 la communion. Zabeau est courageux, il a adress\u00e9 une lettre \u00e0 sa femme d&rsquo;une \u00e9criture ferme. Il est d&rsquo;un grand calme, il demande au pr\u00eatre de soutenir son courage, s&rsquo;il faiblissait au dernier moment.<br \/>\n\tLe matin du mercredi 21 mai 1941, avant 5 heures, c&rsquo;est l&rsquo;ultime rencontre entre les deux hommes. Agenouill\u00e9 devant la petite table de son cachot Ren\u00e9 communie et ils prient. Il est d\u00e9j\u00e0 6 heures, les feldgendarmes sont l\u00e0, le condamn\u00e9, les mains li\u00e9es, fume une cigarette. Puis, ils s&rsquo;en vont entre deux gendarmes allemands, des officiers les suivent. La cigarette est fum\u00e9e, ils continuent leurs pri\u00e8res et voici le lieu du supplice avec le poteau, le groupe des juges et douze soldats l&rsquo;arme au pied. Ren\u00e9 re\u00e7oit, \u00e0 genoux, l&rsquo;absolution puis se rel\u00e8ve droit et fier. Les deux hommes s&#8217;embrassent. \u00a0\u00bb Au revoir\u00a0\u00bb, \u00a0\u00bb Au ciel\u00a0\u00bb r\u00e9pond le pr\u00eatre. Zabeau se place lui-m\u00eame devant le poteau auquel on l&rsquo;attache. Il fixe le crucifix. Malgr\u00e9 lui, on lui bande les yeux, ses l\u00e8vres remuent, il prie. L&rsquo;abb\u00e9 Voncken d\u00e9tourne les yeux quand les fusils cr\u00e9pitent. Le courage du mar\u00e9chal des logis Zabeau, le premier fusill\u00e9 de la Citadelle, n&rsquo;a pas fl\u00e9chi. Il avait 31 ans, il laisse une jeune femme et un petit gar\u00e7on.<br \/>\n\tAujourd&rsquo;hui, peut-on imaginer, \u00e0 quel point le c\u0153ur et l&rsquo;\u00e2me de l&rsquo;aum\u00f4nier ont \u00e9t\u00e9 \u00a0\u00bb vrill\u00e9s\u00a0\u00bb par ces instants d&rsquo;immense douleur. Homme de Dieu, mais aussi enseignant et intellectuel, comment pouvait-il \u00eatre pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 une telle mission ? Et cette mission va se poursuivre. Du 21 mai 1941 au 29 janvier 1943, il escalade quatorze fois \u2013 ses quatorze stations &#8211; la colline de la \u00a0\u00bb Citadelle\u00a0\u00bb pour accompagner trente-quatre patriotes \u00e0 la mort. Tous, Belges et \u00e9trangers, chr\u00e9tiens, mais aussi socialistes et communistes, accepteront avec ferveur l&rsquo;ultime r\u00e9confort de Mathieu Voncken. Puis, les Allemands \u00a0\u00bb cong\u00e9dieront\u00a0\u00bb le pr\u00eatre belge, lui pr\u00e9f\u00e9rant un aum\u00f4nier de la Wehrmacht. Pendant toute la guerre, il aide et soutient les familles de ses chers fusill\u00e9s. A la lib\u00e9ration, il leur consacre un livre : \u00a0\u00bb Nos Fusill\u00e9s nous parlent ! &#8211; Mes quatorze stations \u00e0 la citadelle de Li\u00e8ge\u00a0\u00bb. En 1945, Mathieu Voncken est \u00a0\u00bb Rector emeritus\u00a0\u00bb et chanoine honoraire en 1950. Longtemps apr\u00e8s la guerre il a dit la messe lors des c\u00e9r\u00e9monies de comm\u00e9moration sur le lieu m\u00eame des ex\u00e9cutions. Il a \u00e9t\u00e9 souvent honor\u00e9 par la ville de Li\u00e8ge, mais aussi au niveau  national et international. Il d\u00e9c\u00e8de \u00e0 Li\u00e8ge le 30 mars 1971.<br \/>\n\tAujourd&rsquo;hui, la vieille citadelle a donc c\u00e9d\u00e9 la place \u00e0 un l&rsquo;h\u00f4pital, mais l&rsquo;endroit des fusillades est pr\u00e9serv\u00e9. C&rsquo;est \u00a0\u00bb L&rsquo;Enclos national des Fusill\u00e9s\u00a0\u00bb. Autour de la butte plus de quatre cents croix gardent le souvenir de ceux qui avaient \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9 l\u00e0 par les Allemands : cent nonante-sept fusill\u00e9s et les autres : abattus en rue, battus \u00e0 morts, tortur\u00e9s,&#8230; Certains corps ont \u00e9t\u00e9 repris par les familles, d&rsquo;autres restent \u00e0 jamais \u00e0 la \u00a0\u00bb Citadelle de Li\u00e8ge\u00a0\u00bb. Mathieu Voncken, leur aum\u00f4nier, repose parmi eux.<\/p>\n<p>Jean-Marie Levo<br \/>\nAdjt (R)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;adjt Levo a travaill\u00e9 au Commandement de la Province de Li\u00e8ge jusqu&rsquo;\u00e0 sa retraite. 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