{"id":428,"date":"2013-02-02T00:00:00","date_gmt":"2014-02-06T11:37:41","guid":{"rendered":"http:\/\/www.army-chaplaincy.be\/befr\/2012\/06\/16\/israel-terre-promise-terre-donnee-ou-terre-conquise\/"},"modified":"2013-02-02T00:00:00","modified_gmt":"2014-02-06T11:37:41","slug":"israel-terre-promise-terre-donnee-ou-terre-conquise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/2013\/02\/02\/israel-terre-promise-terre-donnee-ou-terre-conquise\/","title":{"rendered":"Israel: Terre Promise, terre donn\u00e9e ou terre conquise ?"},"content":{"rendered":"<p>\u00a0\u00bb Terre promise\u00a0\u00bb, le concept est \u00e0 l&rsquo;origine d&rsquo;une fabuleuse histoire qui, trois mille ans apr\u00e8s, fait toujours vivre&#8230; mais aussi mourir! Entretemps, il n&rsquo;a cess\u00e9 de tourmenter l&rsquo;histoire, autant quand on le croyait r\u00e9alis\u00e9 (\u00ab\u00a0\u00e9tait-ce vraiment cela que Dieu voulait?\u00a0\u00bb) que quand on le croyait \u00e9teint (\u00a0\u00bb quel est ce r\u00f4le du Peuple \u00e9lu parmi les Nations?\u00a0\u00bb). Toujours est-il que s&rsquo;est forg\u00e9 autour de ce th\u00e8me une id\u00e9ologie guerri\u00e8re \u2013 je corrige tout de suite: un vocabulaire guerrier (et ce n&rsquo;est pas la m\u00eame chose !)- dont la formulation est datable (5\u00b0 &#8211; 4\u00b0 si\u00e8cle av.J-C) et dont la datation donne le sens. Il s&rsquo;agirait d&rsquo;un pur vocabulaire pour une cause th\u00e9ologique, celle du mouvement sacerdotal post-exilique. C&rsquo;est la th\u00e8se de cet expos\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right\"><em><a href=\"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/le-service-de-laumonerie\/membres\/profil-selis-claude\/\">Selis Claude<\/a><\/em><\/p>\n<p><em><strong>1. Terre Promise<\/em><\/strong><\/p>\n<p>On conna\u00eet l&rsquo;envoi fameux fait par Yahv\u00e9 \u00e0 Abraham : \u00a0\u00bb <em>Quitte ton pays, ta parent\u00e9 et la maison de ton p\u00e8re pour le pays que je t&rsquo;indiquerai<\/em>\u00a0\u00bb (Gen\u00e8se 12,1) repris \u00e0 la fin de ce passage : \u00a0\u00bb <em>c&rsquo;est \u00e0 ta post\u00e9rit\u00e9 que je donnerai ce pays <\/em>\u00a0\u00bb (Gn.12,7 et bien d&rsquo;autres r\u00e9f\u00e9rences).<br \/>\nUne premi\u00e8re difficult\u00e9 \u00e0 comprendre ad\u00e9quatement ce texte peut provenir de l&rsquo;usage du futur dans nos traductions, \u00e9tant donn\u00e9 que l&rsquo;h\u00e9breu ne conna\u00eet pas ce temps. La langue h\u00e9bra\u00efque ne r\u00e9partit pas le temps en pass\u00e9-pr\u00e9sent-futur comme nos langues europ\u00e9ennes actuelles mais en fini et non-fini. Certes, le fini recouvre notre pass\u00e9 (mais aussi, \u00e9ventuellement, des expressions au pr\u00e9sent : \u00a0\u00bb <em>il est mort <\/em>\u00ab\u00a0, par exemple) et le non-fini peut se traduire par un futur (\u00a0\u00bb <em>il mourra <\/em>\u00ab\u00a0), mais aussi, suivant le contexte, par un pr\u00e9sent (\u00a0\u00bb <em>il meurt<\/em>\u00ab\u00a0, au sens de \u00a0\u00bb <em>il est en train de mourir <\/em>\u00ab\u00a0) ou un imparfait ou un pass\u00e9 simple, les temps du r\u00e9cit (\u00ab\u00a0<em> il mourait<\/em>\u00a0\u00bb au sens de \u00a0\u00bb <em>il \u00e9tait en train de mourir quand&#8230;<\/em>\u00a0\u00bb ou \u00a0\u00bb <em>il mourut &#8230;\u00e0 tel moment <\/em>\u00ab\u00a0). Il ne faut donc pas forcer l&rsquo;aspect futur du temps mais au contraire bien garder pr\u00e9sent \u00e0 l&rsquo;esprit qu&rsquo;il peut s&rsquo;agir d&rsquo;une action en cours (donc non-finie), \u00a0\u00bb <em>en train de se passer <\/em>\u00a0\u00bb (comme le rend tr\u00e8s bien et moins lourdement le participe pr\u00e9sent en anglais : \u00a0\u00bb <em>I am walking <\/em>\u00ab\u00a0). On pourrait donc tout aussi bien traduire cet appel \u00e0 Abraham par : \u00a0\u00bb <em>Quitte ton pays, ta parent\u00e9 et la maison de ton p\u00e8re pour le pays que je suis occup\u00e9 de t&rsquo;indiquer <\/em>\u00ab\u00a0&#8230;ce qui est aussi une invitation \u00e0 faire sien cet appel, \u00e0 se sentir encore concern\u00e9 par lui.<br \/>\nRemarquons aussi que cet appel se pr\u00e9sente comme une condition. Sans du tout trahir le texte, on pourrait formuler la phrase ainsi : \u00a0\u00bb <em>Si tu quittes ton pays, &#8230;je te donnerai &#8230; <\/em>\u00ab\u00a0. Il y a en effet un lien avec le th\u00e8me de l&rsquo;Alliance au sens d&rsquo;un contrat soumis \u00e0 certaines conditions qui devront \u00eatre respect\u00e9es. Cette alliance est bien conclue avec Dieu et non avec des puissances terrestres &#8230;ni avec des vues terrestres !  <br \/>\nLa Promesse est li\u00e9e \u00e0 une capacit\u00e9 de d\u00e9tachement : \u00a0\u00bb <em>Quitte ton pays, ta parent\u00e9 et la maison de ton p\u00e8re&#8230; <\/em>\u00ab\u00a0. Si ce d\u00e9tachement est demand\u00e9, ce n&rsquo;est pas pour recr\u00e9er un esprit de possession! Ce qui sera donn\u00e9 doit garder son statut de \u00a0\u00bb don\u00a0\u00bb et ne pourra faire l&rsquo;objet d&rsquo;un r\u00e9flexe d&rsquo;accaparement ni d&rsquo;un esprit de propri\u00e9t\u00e9 qui serait irrespectueux des intentions du donateur. Le don cr\u00e9e m\u00eame une esp\u00e8ce d&rsquo;obligation morale \u00e0 la transmission de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration o\u00f9 la charge affective et \u00e9motive sera, \u00e0 la limite, plus importante que l&rsquo;objet lui-m\u00eame. Dans le don, le donateur est pr\u00e9sent et doit le rester sinon l&rsquo;objet redevient un objet quelconque qui n&rsquo;a plus qu&rsquo;une valeur utilitaire ou marchande, s&rsquo;il en a une. En l&rsquo;occurrence, il est clair ici qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un don de Dieu et non le r\u00e9sultat du pur travail de l&rsquo;homme, ni m\u00eame d&rsquo;un d\u00fb. M\u00eame le vocabulaire de conqu\u00eate aura toujours soin d&rsquo;attribuer \u00e0 Dieu l&rsquo;heureux r\u00e9sultat final. <br \/>\nL&rsquo;objet de la Promesse est-il celui d&rsquo;une terre, d&rsquo;un pays? Apparemment, il n&rsquo;y a pas de doute. La promesse se formulait : \u00a0\u00bb <em>Quitte ton pays, &#8230; pour le pays que je t&rsquo;indiquerai <\/em>\u00a0\u00bb (\u00a0\u00bb <em>eretz<\/em>\u00a0\u00bb en h\u00e9breu dans les deux cas). Mais, au vu de ce que l&rsquo;on vient de dire du d\u00e9tachement, la phrase est \u00e0 entendre : \u00a0\u00bb <em>Quitte ton pays (celui de tes attachements terrestres), &#8230;pour le pays que je t&rsquo;indiquerai (celui de l&rsquo;attachement \u00e0 Dieu) <\/em>\u00ab\u00a0. C&rsquo;est bien ainsi que l&rsquo;a compris la Tradition. A une autre \u00e9poque (celle de Mo\u00efse), l&rsquo;Alliance s&rsquo;exprimera par un attachement \u00e0 la Loi et la condition se formulera : \u00a0\u00bb <em>Si tu respectes ma Loi, &#8230;alors tu vivras&#8230; <\/em>\u00a0\u00bb (Deut. 30, 15-20 ou 32,47). Le vocabulaire de la terre est li\u00e9 au contexte patriarcal, comme le vocabulaire de la Loi est li\u00e9 au contexte deut\u00e9ronomique. M\u00eame si le vocabulaire de la Loi exprime d\u00e9j\u00e0 plus ad\u00e9quatement l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;attachement \u00e0 Dieu, ce ne sont ni la terre ni la Loi qui sont importants pour elles-m\u00eames mais bien l&rsquo;attachement \u00e0 Dieu! Le Nouveau Testament nous fera faire cette prise de conscience d\u00e9cisive. <br \/>\nOn sait que, m\u00eame au temps de sa plus grande extension (sous Salomon sans doute), le territoire d&rsquo;Isra\u00ebl n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 bien grand. Il n&rsquo;a pu se donner quelqu&rsquo;autonomie qu&rsquo;\u00e0 un moment o\u00f9 les grandes puissances de l&rsquo;\u00e9poque (Egypte, Hittite, Assyrie) \u00e9taient elles-m\u00eames affaiblies. A peine apr\u00e8s trois r\u00e8gnes (Sa\u00fcl, David et Salomon), ce royaume \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 divis\u00e9 et seul le royaume du Sud a subsist\u00e9 quelques temps. Loin des r\u00eaves de grandeur et de puissance, le souci du L\u00e9vitique (courant sacerdotal, post-exilique, m\u00eame si les \u00e9v\u00e9nements auxquels il est fait allusion remontent \u00e0 plus de 800 ans auparavant)  \u00e9tait, bien modestement, une terre o\u00f9 le peuple puisse vivre en s\u00e9curit\u00e9 et dans une certaine prosp\u00e9rit\u00e9 (L\u00e9v. 26, 3-13). Le souci du Proph\u00e8te \u00e9tait celui d&rsquo;une terre o\u00f9 puisse se vivre la justice et o\u00f9 r\u00e8gnent la paix et le bonheur (Isa\u00efe, multiples r\u00e9f\u00e9rences). Ce n&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 plus une terre comme \u00e9tendue g\u00e9ographique qui \u00e9tait vis\u00e9e mais un style de vie, des valeurs de soci\u00e9t\u00e9 coh\u00e9rentes avec la volont\u00e9 divine.<br \/>\nLe Proph\u00e9tisme a \u00e9galement parl\u00e9 de la terre (d&rsquo;Isra\u00ebl) comme d&rsquo;une fianc\u00e9e que Dieu s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 \u00e9pouser (Is.62,4; Os\u00e9e 2) et non comme d&rsquo;une \u00a0\u00bb m\u00e8re\u00a0\u00bb comme dans les mythologies m\u00e9sopotamiennes ou grecques. La diff\u00e9rence est que, pour la fianc\u00e9e, la f\u00e9condit\u00e9 est \u00e0 venir tandis qu&rsquo;en parlant de terre-m\u00e8re, on parle de f\u00e9condit\u00e9 d\u00e9j\u00e0 prouv\u00e9e, cyclique d&rsquo;ailleurs, autant dire automatique. La f\u00e9condit\u00e9 de la fianc\u00e9e n&rsquo;est pas acquise; cela d\u00e9pendra de l&rsquo;amour mutuel qui se cr\u00e9era ou non, qui sera \u00e0 conqu\u00e9rir&#8230; et de la fid\u00e9lit\u00e9.<\/p>\n<p>\n<strong><em>2. Terre conquise<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Ceci dit, le livre de Josu\u00e9, sixi\u00e8me livre biblique, continuant \u00a0\u00bb l&rsquo;histoire sainte\u00a0\u00bb apr\u00e8s l&rsquo;Exode hors d&rsquo;Egypte et le s\u00e9jour au d\u00e9sert, et abordant l&rsquo;entr\u00e9e en Terre Promise, en parle bel et bien en termes de conqu\u00eate arm\u00e9e et violente.<br \/>\nCela commence par l&rsquo;envoi d&rsquo;espions pour \u00e9valuer l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de l&rsquo;op\u00e9ration et les capacit\u00e9s d\u00e9fensives de l&rsquo;ennemi (chap.2). C&rsquo;est la prise de J\u00e9richo (chap.6) et la conqu\u00eate de diff\u00e9rentes villes, soumission de populations, avec ce que cela comporte de batailles, de pillages, d&rsquo;ex\u00e9cutions et, quelquefois, de \u00a0\u00bb herem\u00a0\u00bb (destruction totale de la ville et ex\u00e9cution de toute la population), le tout avec l&rsquo;assentiment divin, son assistance (\u00a0\u00bb <em>Dieu avec nous <\/em>\u00ab\u00a0), si ce n&rsquo;est le coup de pouce miraculeux (chap. 8 \u00e0 11). Apr\u00e8s quoi, on a bien le temps de partager le territoire ainsi conquis et vid\u00e9 entre les 12 tribus comme on se partage une d\u00e9pouille (chap. 12 \u00e0 22).  <br \/>\nCependant, il semble bien que, historiquement, ce ne soit pas ainsi que cela se soit pass\u00e9. La recherche arch\u00e9ologique et la qualit\u00e9 de celle-ci ont consid\u00e9rablement progress\u00e9 ces derni\u00e8res soixante ann\u00e9es. Etant donn\u00e9 le sujet (religieux) et le lieu (Isra\u00ebl \u2013 Palestine \u2013 Terre Sainte), aucune recherche n&rsquo;y est tout \u00e0 fait neutre. Elle y est, d&rsquo;office, pro-isra\u00e9lienne ou anti-isra\u00e9lienne, pro-chr\u00e9tienne ou anti-chr\u00e9tienne, pro-religieuse ou anti-religieuse. Le plus s\u00fbr est de chercher du c\u00f4t\u00e9 du pire : anti-religieuse (\u00a0\u00bb <em>les religions ne sont que des id\u00e9ologies <\/em>\u00ab\u00a0), anti-chr\u00e9tienne (\u00a0\u00bb <em>la Bible a dit faux <\/em>\u00ab\u00a0), anti-isra\u00e9lienne (\u00a0\u00bb <em>la Bible a dit faux et Isra\u00ebl est minable <\/em>\u00ab\u00a0). Les r\u00e9sultats, peu suspects de sympathie pour une cause religieuse, sont tr\u00e8s int\u00e9ressants pour notre propos.<br \/>\nEn effet, il n&rsquo;y aurait jamais eu de conqu\u00eate organis\u00e9e, massive, mais une progressive infiltration de la part de quelques tribus (mais jamais \u00a0\u00bb 12&Prime;), dans une portion r\u00e9duite du territoire et uniquement dans des parties ingrates (r\u00e9gions montagneuses non cultivables) \u00e0 la faveur de l&rsquo;affaiblissement de toutes les grandes puissances de l&rsquo;\u00e9poque (comme dit plus haut). L&rsquo;habitat serait toujours rest\u00e9 mixte (entre isra\u00e9lites \u2013minoritaires- et canan\u00e9ens) et le monoth\u00e9isme ne s&rsquo;est jamais impos\u00e9 vraiment. A l&rsquo;\u00e9poque de la r\u00e9daction des livres concern\u00e9s, Juda \u00e9tait r\u00e9duit \u00e0 un territoire minuscule (5.000 km\u00b2, soit 1\/6\u00b0 de la Belgique, et ne comptant que 75.000 habitants !), sans autonomie ni politique, ni militaire mais seulement religieuse. Le livre de Josu\u00e9, \u00e0 base deut\u00e9ronomique (ce qui nous conduit \u00e0 Josias, juste avant l&rsquo;Exil, soit 7\u00b0s.), aurait \u00e9t\u00e9 revu par le mouvement sacerdotal (post-exilique, soit 5\u00b0s.) \u00e0 propos d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements cens\u00e9s se passer au 13\u00b0s.! M\u00eame \u00e0 la faveur de traditions orales stables, il n&rsquo;y a l\u00e0 plus aucun lien fiable avec une quelconque r\u00e9alit\u00e9 historique. A l&rsquo;\u00e9poque de Josias (un grand r\u00e8gne en effet), la mission des scribes de cour \u00e9tait de reconstituer un glorieux pass\u00e9 commun (d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;image des 12 tribus, issues d&rsquo;un m\u00eame anc\u00eatre, ayant connues un m\u00eame pass\u00e9, les m\u00eames hauts-faits guerriers) et de forger une identit\u00e9 forte et unie autour de son tr\u00f4ne (d&rsquo;o\u00f9 la mythification de David et Salomon, l&rsquo;insistance sur la Loi, sur des us et coutumes sp\u00e9cifiques et des mesures s\u00e9gr\u00e9gationnistes). A l&rsquo;\u00e9poque sacerdotale, l&rsquo;autel ayant remplac\u00e9 le tr\u00f4ne, la tendance cultuelle, liturgiste, casuiste, &#8230; s&rsquo;est encore renforc\u00e9e (comme en t\u00e9moigne le souci des listes, des inventaires, des nombres, du calendrier, des rubriques liturgiques, des descriptions, des prescriptions, etc&#8230;). Devenu encore plus inatteignable que du temps de la royaut\u00e9 de Josias, l&rsquo;id\u00e9al d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 religieusement pure a \u00e9t\u00e9 proclam\u00e9 avec encore plus de force et d&rsquo;intransigeance mais en d\u00e9calage de plus en plus flagrant avec la r\u00e9alit\u00e9 v\u00e9cue. <br \/>\nMis \u00e0 part ce c\u00f4t\u00e9 maladivement d\u00e9nigrant et agressif pour tout ce qui est religieux, le r\u00e9sultat est int\u00e9ressant pour notre propos puisqu&rsquo;il nous d\u00e9barrasserait d&rsquo;un gros soucis: toute cette violence de l&rsquo;Ancien Testament ne serait que litt\u00e9raire et n&rsquo;aurait jamais eu de r\u00e9alit\u00e9. Il n&rsquo;y aurait pas un Ancien Testament \u00a0\u00bb violent\u00a0\u00bb d&rsquo;une part et un Nouveau Testament \u00a0\u00bb pacifiste\u00a0\u00bb d&rsquo;autre part. Les auteurs bibliques n&rsquo;ont fait qu&rsquo;utiliser le vocabulaire et les clich\u00e9s de la litt\u00e9rature \u00e9pique des peuples voisins de leur \u00e9poque. Tout ce vocabulaire de combat ne serait que celui d&rsquo;un combat spirituel. Quoiqu&rsquo;il en soit de la r\u00e9alit\u00e9, la th\u00e8se est tenable (au sens o\u00f9 elle est coh\u00e9rente avec la mentalit\u00e9 sacerdotale post-exilique) et restaurerait m\u00eame quelque peu l&rsquo;image du mouvement sacerdotal. En effet, au travers des vicissitudes de \u00a0\u00bb l&rsquo;histoire sainte\u00a0\u00bb, le mouvement sacerdotal serait arriv\u00e9 \u00e0 la conclusion tr\u00e8s profonde et tr\u00e8s spirituelle que le \u00a0\u00bb pays\u00a0\u00bb du Peuple \u00e9lu n&rsquo;est pas un territoire g\u00e9ographique (\u00e0 l&rsquo;heure o\u00f9 ce Peuple n&rsquo;en avait plus et n&rsquo;avait plus aucune chance d&rsquo;en avoir) mais c&rsquo;est le terrain de la Loi. Le respect de la Loi sera son identit\u00e9 et son t\u00e9moignage parmi les Nations (le Peuple en avait d\u00e9j\u00e0 fait une exp\u00e9rience positive puisqu&rsquo;il avait v\u00e9cu en exil \u00e0 Babylone pendant un demi-si\u00e8cle sans perdre son identit\u00e9). Tout ce qui, dans les textes, est dit du don de la Terre peut \u00eatre transpos\u00e9 \u00e0 propos du don de la Loi. Tout ce qui est dit de la conqu\u00eate du territoire peut \u00eatre dit du combat que repr\u00e9sente le respect de la Loi. <br \/>\nEn fait, ce sens \u00e9minemment spirituel \u00e0 donner \u00e0 ce livre de Josu\u00e9 \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9 comme tel dans l&rsquo;introduction et la conclusion du livre de Josu\u00e9 lui-m\u00eame, d\u00e8s l&rsquo;origine. Il vaut la peine de citer ces versets, v\u00e9ritable mise en perspective : \u00a0\u00bb <em>Sois fort et courageux. Veille \u00e0 agir selon toute la Loi que t&rsquo;a prescrite Mo\u00efse, mon serviteur. Ne t&rsquo;en \u00e9carte ni \u00e0 droite ni \u00e0 gauche afin de r\u00e9ussir partout o\u00f9 tu iras. Ce livre de la Loi ne s&rsquo;\u00e9loignera pas de ta bouche ; tu le murmureras jour et nuit afin de veiller \u00e0 agir selon tout ce qui s&rsquo;y trouve, car alors tu rendras tes voies prosp\u00e8res, alors tu r\u00e9ussiras. Ne t&rsquo;ais-je pas prescrit : sois fort et courageux ?  Ne tremble pas, ne t&rsquo;effraie pas, car le Seigneur ton Dieu sera avec toi partout o\u00f9 tu iras<\/em>\u00a0\u00bb (Josu\u00e9 1,6-9 et 23,6&#8230;16).<\/p>\n<p>\n<em><strong>3. Isra\u00ebl comme territoire, aujourd&rsquo;hui<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Suite \u00e0 la r\u00e9volte des Juifs contre les Romains en Palestine en 66-70, Titus s&#8217;empara de J\u00e9rusalem et d\u00e9truisit le Temple en 70. Ce d\u00e9sastre provoqua un flot d&rsquo;\u00e9migration qui vint grossir les communaut\u00e9s juives de la Diaspora, ce qui resta sa condition de vie pendant de longs si\u00e8cles. A la fin du 19\u00b0s., le mouvement sioniste commen\u00e7a \u00e0 racheter des lopins de terre en Palestine. Plus tard, en 1917, la d\u00e9claration Balfour, ministre anglais des Affaires \u00e9trang\u00e8res, laissa entrevoir la possibilit\u00e9 de cr\u00e9er un \u00a0\u00bb foyer national\u00a0\u00bb juif en Palestine. A l&rsquo;issue de la guerre de 1940-45 et suite \u00e0 la tentative d&rsquo;extermination totale, les Puissances Alli\u00e9es d\u00e9cid\u00e8rent la recr\u00e9ation d&rsquo;un Etat souverain pour les Juifs en Palestine (apr\u00e8s avoir h\u00e9sit\u00e9 entre des territoires \u00e0 Madagascar, dans la Ruhr ou au Paraguay !). Le jour m\u00eame de la d\u00e9claration d&rsquo;ind\u00e9pendance (14 mai 1948), ce territoire (initialement de 14.400 km\u00b2, en trois portions non-contigu\u00eas !) fut envahi par des arm\u00e9es arabes. Mais la situation tourna rapidement au profit du nouvel Etat d&rsquo;Isra\u00ebl qui se red\u00e9finit des fronti\u00e8res plus larges et moins irr\u00e9alistes. Apr\u00e8s un conflit localis\u00e9 avec l&rsquo;Egypte en 1956, une nouvelle offensive de l&rsquo;ensemble des pays arabes est d\u00e9clench\u00e9e en juin 1967 (Guerre des Six Jours) mais elle tourne \u00e0 l&rsquo;avantage d&rsquo;Isra\u00ebl (qui occupe le Sina\u00ef et le Golan et annexe J\u00e9rusalem-Est). C&rsquo;est dans la foul\u00e9e de cette guerre que le rabbin Kock fonde le Goush Emounim (le \u00a0\u00bb Bloc de la foi\u00a0\u00bb), \u00e9tablissant une relation inconditionnelle entre terre et foi. Le 6 octobre 1973, le jour du Yom Kippur, les forces \u00e9gyptiennes attaquent par surprise le front isra\u00e9lien du canal de Suez tandis que la Syrie attaque de son c\u00f4t\u00e9. Militairement victorieux, Isra\u00ebl ne retire pas les dividendes de sa victoire \u00e9tant donn\u00e9 le contexte de guerre froide entre les USA et l&rsquo;URSS. Il s&rsquo;en suit une crise interne grave donnant lieu \u00e0 divers mouvements. Le rabbin Leibowitz (par ailleurs grand sp\u00e9cialiste de juda\u00efsme m\u00e9di\u00e9val) d\u00e9nonce le lien entre terre et foi et estime que la \u00a0\u00bb terre\u00a0\u00bb est affaire politique et est donc susceptible de n\u00e9gociations tandis que la foi est affaire de fid\u00e9lit\u00e9 spirituelle. Un mouvement \u00a0\u00bb Oz ve shalom \u00a0\u00bb (Force et Paix) na\u00eet en 1975. En 1984, le mouvement \u00a0\u00bb Netivot shalom\u00a0\u00bb (Voies de la Paix) pr\u00e9conise un partage du territoire entre Isra\u00e9liens et Arabes. Un autre mouvement encore \u00a0\u00bb Piqqouah nefesh\u00a0\u00bb (Respect pour la vie) estime que la vie humaine, juive ou arabe, est plus sacr\u00e9e que la saintet\u00e9 du territoire. Rappelons que la doctrine officielle de l&rsquo;Etat d&rsquo;Isra\u00ebl est celle de la \u00a0\u00bb guerre d\u00e9fensive et de s\u00e9curit\u00e9\u00a0\u00bb, incluant tous les moyens (y compris nucl\u00e9aires, s&rsquo;il le faut) mais strictement limit\u00e9e \u00e0 la d\u00e9fense des personnes et d&rsquo;un territoire.<\/p>\n<p>\n<strong>Conclusions<\/strong><\/p>\n<p>Comment parler de ces textes bibliques \u00a0\u00bb violents\u00a0\u00bb dans une pastorale militaire ? Evitons tout d&rsquo;abord d&rsquo;opposer un Ancien Testament \u00a0\u00bb violent\u00a0\u00bb \u00e0 un Nouveau Testament \u00a0\u00bb pacifiste\u00a0\u00bb. Les textes \u00a0\u00bb violents\u00a0\u00bb de l&rsquo;Ancien Testament ne le sont peut-\u00eatre pas et le Nouveau Testament n&rsquo;est \u00a0\u00bb pacifiste\u00a0\u00bb qu&rsquo;au niveau des relations inter-personnelles et des sentiments int\u00e9rieurs. Il n&rsquo;aborde pas vraiment le probl\u00e8me de la violence politique. La seule phrase: \u00a0\u00bb <em>Rendez \u00e0 C\u00e9sar ce qui est \u00e0 C\u00e9sar <\/em>\u00a0\u00bb est \u00e9videmment un peu courte. Ayant \u00e9vit\u00e9 de prendre ces textes de l&rsquo;Ancien Testament pour des descriptions d&rsquo;une r\u00e9alit\u00e9 historique appartenant \u00e0 l&rsquo;histoire d&rsquo;Isra\u00ebl, on pourra faire appr\u00e9cier la sinc\u00e9rit\u00e9 qu&rsquo;il y a \u00e0 admettre que la violence fait partie de la r\u00e9alit\u00e9 et qu&rsquo;il ne suffit pas de s&rsquo;en indigner pour qu&rsquo;elle disparaisse. La nier, par ang\u00e9lisme, c&rsquo;est s&#8217;emp\u00eacher d&rsquo;y r\u00e9fl\u00e9chir et donc d&rsquo;\u00eatre mentalement arm\u00e9 pour y r\u00e9sister de mani\u00e8re appropri\u00e9e. M\u00eame si Isra\u00ebl, minuscule royaume politiquement insignifiant coinc\u00e9 entre de grands empires, n&rsquo;a sans doute pas eu l&rsquo;occasion d&rsquo;\u00eatre violent, il a r\u00e9fl\u00e9chi \u00e0 la violence et nous livre des pistes fructueuses \u2013mais parfois ambigu\u00ebs, il est vrai- de r\u00e9flexion. En particulier, le simple usage \u2013mais intensif!- d&rsquo;un vocabulaire de violence, m\u00eame si c&rsquo;est pour exprimer des combats spirituels, pose malgr\u00e9 tout question. En effet, le danger est bien r\u00e9el de passer d&rsquo;un vocabulaire et de repr\u00e9sentations violentes dans lesquelles certains r\u00e9cits bibliques font baigner \u00e0 une violence bien r\u00e9elle alors que l&rsquo;attachement \u00e0 Dieu \u2013 seul v\u00e9ritable enjeu biblique &#8211; implique un d\u00e9tachement fondamental par rapport aux choses de ce monde et par rapport aux r\u00e9flexes naturels les plus spontan\u00e9s de l&rsquo;appropriation et de la domination.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0\u00bb Terre promise\u00a0\u00bb, le concept est \u00e0 l&rsquo;origine d&rsquo;une fabuleuse histoire qui, trois mille ans apr\u00e8s, fait toujours vivre&#8230; mais aussi mourir! Entretemps, il n&rsquo;a cess\u00e9 de tourmenter l&rsquo;histoire, autant quand on le croyait r\u00e9alis\u00e9 (\u00ab\u00a0\u00e9tait-ce vraiment cela que Dieu voulait?\u00a0\u00bb) que quand on le&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,5],"tags":[],"class_list":["post-428","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-le-centre-detudes","category-les-religions-et-la-guerre"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/428","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=428"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/428\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=428"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=428"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=428"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}