{"id":409,"date":"2013-02-02T00:00:00","date_gmt":"2014-02-06T11:37:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.army-chaplaincy.be\/befr\/2012\/06\/16\/recension-de-livre-la-paix-mondiale-par-la-paix-entre-les-religions\/"},"modified":"2013-02-02T00:00:00","modified_gmt":"2014-02-06T11:37:35","slug":"recension-de-livre-la-paix-mondiale-par-la-paix-entre-les-religions","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/2013\/02\/02\/recension-de-livre-la-paix-mondiale-par-la-paix-entre-les-religions\/","title":{"rendered":"Recension de livre &#8211; La paix mondiale par la paix entre les religions"},"content":{"rendered":"<p>Recension du livre: Hans KUNG, La paix mondiale par la paix entre les religions. Projet d&rsquo;\u00e9thique plan\u00e9taire, \u00e9d. du Seuil, Paris, 1991 (1990 pour l&rsquo;\u00e9dition originale en allemand), 247 p.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right\"><em><a href=\"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/le-service-de-laumonerie\/membres\/profil-selis-claude\/\">Selis Claude<\/a><\/em><\/p>\n<p><strong>Hans KUNG, <em>La paix mondiale par la paix entre les religions. Projet d&rsquo;\u00e9thique plan\u00e9taire<\/em>, \u00e9d. du Seuil, Paris, 1991 (1990 pour l&rsquo;\u00e9dition originale en allemand), 247 p.<\/strong><\/p>\n<p>\nLe sous-titre de ce livre (\u00a0\u00bb La paix mondiale par la paix entre les religions\u00a0\u00bb) nous en indique la th\u00e8se centrale et tout son int\u00e9r\u00eat pour notre probl\u00e9matique.<br \/>\nLe grand th\u00e9ologien suisse nous livre &#8211;comme d&rsquo;habitude, oserais-je dire- une r\u00e9flexion fondamentale, bien construite et tr\u00e8s bien instruite des derniers d\u00e9veloppements de la r\u00e9flexion philosophique contemporaine.<br \/>\nL&rsquo;articulation de base du raisonnement est la suivante:<br \/>\n\u00b7 Il n&rsquo;y aura pas de survie pour l&rsquo;humanit\u00e9 sans une conscience \u00e9thique partag\u00e9e au niveau plan\u00e9taire<br \/>\n\u00b7 Il n&rsquo;y aura pas de paix mondiale sans paix religieuse<br \/>\n\u00b7 Il n&rsquo;y aura pas de paix religieuse sans dialogue religieux.<\/p>\n<p>L&rsquo;auteur d\u00e9bute sa r\u00e9flexion par un constat de faillite des id\u00e9ologies modernes (areligieuses et antireligieuses) face \u00e0 la guerre et \u00e0 la violence alors qu&rsquo;elles avaient pr\u00e9cis\u00e9ment d\u00e9tr\u00f4n\u00e9 la r\u00e9f\u00e9rence religieuse dans la conduite du monde du fait qu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9tait r\u00e9v\u00e9l\u00e9e la source principale de la violence (les \u00ab\u00a0guerres de religion\u00a0\u00bb, depuis le 16\u00b0 si\u00e8cle). Les socialisme, communisme, capitalisme, \u00a0\u00bb japonisme\u00a0\u00bb, positivisme scientifique n&rsquo;ont pas mieux r\u00e9ussi que les religions, au contraire. Il ne s&rsquo;agit pas de nier la modernit\u00e9 dans son ensemble mais seulement dans ses limites inhumaines et, surtout, de red\u00e9finir une \u00a0\u00bb synth\u00e8se nouvelle, diff\u00e9renci\u00e9e, pluraliste et holistique\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Une religion particuli\u00e8re, f\u00fbt-elle la plus r\u00e9pandue, ne pourra plus jamais servir de r\u00e9f\u00e9rence \u00e9thique incontest\u00e9e mais une id\u00e9ologie humaine ne parviendra jamais non plus, seule, \u00e0 fonder ultimement un comportement moral (\u00a0\u00bb seul l&rsquo;inconditionn\u00e9 peut fonder inconditionnellement\u00a0\u00bb). Or, il faut une \u00e9thique qui \u00a0\u00bb oblige\u00a0\u00bb et qui motive \u00e0 l&rsquo;action et non plus seulement des discours \u00e9ventuellement g\u00e9n\u00e9reux mais sans impact.  Hans K\u00fcng r\u00e8gle au passage ses comptes avec quelques auteurs contemporains (discr\u00e8tement, dans les notes en fin de volume): avec Lyotard et Foucault (\u00e0 cause de leur solipsisme et de leur esth\u00e9tisme), avec Rorty (\u00e0 cause de la d\u00e9sinvolture de son \u00a0\u00bb ironisme\u00a0\u00bb). Par contre, il ne cache ni sa sympathie ni son int\u00e9r\u00eat pour Max Weber, Hans Jonas ou Karl-Otto Appel. Il plaide (avec Jonas) pour une \u00e9thique de la responsabilit\u00e9 et contre toute \u00e9thique utilitariste (ou \u00a0\u00bb de la r\u00e9ussite\u00a0\u00bb, o\u00f9 la fin justifie les moyens). Mais \u00a0\u00bb \u00e9thique de la responsabilit\u00e9\u00a0\u00bb ne s&rsquo;oppose pas \u00e0 \u00a0\u00bb \u00e9thique de la conviction\u00a0\u00bb (contrairement \u00e0 ce que l&rsquo;on fait dire \u00e0 Max Weber). Au contraire, les \u00e9thiques de convictions (dont les \u00e9thiques \u00e0 fondements religieux) peuvent donner un \u00a0\u00bb ancrage\u00a0\u00bb imp\u00e9ratif et motivant aux implications de la responsabilit\u00e9 nouvelle de l&rsquo;homme envers l&rsquo;humanit\u00e9. A Habermas, K\u00fcng reprend l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;importance incontournable du consensus (mais il souligne le danger de st\u00e9rilit\u00e9 s&rsquo;il n&rsquo;y a pas r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un principe transcendant) et la traduit en termes de dialogue (interreligieux entre autre). Il veut encore coupler le principe tr\u00e8s r\u00e9aliste de la responsabilit\u00e9 (Jonas) au principe utopique de l&rsquo;esp\u00e9rance (Bloch). A ce propos, K\u00fcng passe sous silence (ou ignore?) qu&rsquo;il y a contradiction, de l&rsquo;avis m\u00eame de Jonas, avec l&rsquo;\u00e9thique utopiste de Bloch (et avec ses propres id\u00e9es) puisque celle-ci est, en fait, une \u00e9thique utilitariste et t\u00e9l\u00e9ologique (orient\u00e9e vers une fin). Point d&rsquo;incompatibilit\u00e9 donc entre les religions et les philosophies non-confessionnelles \u00e0 condition que les philosophies abandonnent une conception trop \u00e9troite de la rationalit\u00e9 humaine (p.76) et que les religions acceptent d&rsquo;\u00eatre rationnelles \u00e0 propos de l&rsquo;homme (p.72).<\/p>\n<p>Qu&rsquo;en est-il du dialogue interreligieux , de sa possibilit\u00e9, de ses conditions? Hans K\u00fcng rejette d&#8217;embl\u00e9e toute position relativiste (toutes les id\u00e9es se valent) ou exclusiviste (seule mon id\u00e9e est la bonne). Il pr\u00f4ne une position \u00a0\u00bb inclusiviste\u00a0\u00bb (apprendre \u00e0 conna\u00eetre les id\u00e9es des autres, chercher les d\u00e9nominateurs communs, se mettre formellement d&rsquo;accord \u00e0 propos de ceux-ci et s&rsquo;en faire porteurs). En tout cas, \u00a0\u00bb pas de dialogue religieux sans recherche th\u00e9ologique fondamentale\u00a0\u00bb (p.173). Apr\u00e8s enqu\u00eate (et, en effet, Hans K\u00fcng avec le soutien de la Fondation Robert Bosch a pouss\u00e9 tr\u00e8s loin l&rsquo;investigation sur les convergences ou les divergences \u00e9thiques des grandes religions), l&rsquo;auteur estime qu&rsquo;il y a moyen de d\u00e9finir un minimum commun suffisant (pp.111-117). De plus, ce dialogue interreligieux a bel et bien lieu (Kyoto 1970 ; Assise 1986 ; Stuttgart 1988 ; B\u00e2le 1989 ; S\u00e9oul 1990). Ce dialogue doit \u00eatre poursuivi avec tous les groupes, \u00e0 tous les niveaux, de la mani\u00e8re la plus dense possible, conclut l&rsquo;auteur. <\/p>\n<p>\nCe livre constitue, \u00e0 mon avis, une excellente et tr\u00e8s riche base de travail et de discussion pour des personnes ou des groupes qui voudraient approfondir cette question si importante de la responsabilit\u00e9 des religions vis-\u00e0-vis de la paix mondiale. Qu&rsquo;il me soit permis cependant d&rsquo;\u00e9mettre l&rsquo;une ou l&rsquo;autre critique.<br \/>\nCertes, on ne peut que s&rsquo;incliner devant des esprits qui osent encore faire des synth\u00e8ses et chercher des d\u00e9nominateurs communs  (des \u00a0\u00bb universaux\u00a0\u00bb? !). Mais le danger de r\u00e9ductionnisme n&rsquo;est pas loin et K\u00fcng n&rsquo;y \u00e9chappe pas vraiment. Son christianocentrisme est \u00e9vident (ce qui ne nous d\u00e9range pas mais qui d\u00e9rangerait certainement un lecteur musulman de ce livre&#8230;). Le christianisme lui-m\u00eame est pri\u00e9 de s&rsquo;y r\u00e9duire \u00e0 un humanisme (mais les confessions chr\u00e9tiennes se sont pr\u00e9cis\u00e9ment divis\u00e9es sur des conceptions diff\u00e9rentes de l&rsquo;homme et de la vie en soci\u00e9t\u00e9 alors qu&rsquo;elles se r\u00e9f\u00e9raient au m\u00eame Dieu ! ! ! Et comment accepter la quasi-\u00e9vacuation de Dieu dans cette discussion?). Enfin, et malgr\u00e9 ses critiques de l&rsquo;europ\u00e9anocentrisme (pp.179-189), l&rsquo;auteur en reste v\u00e9h\u00e9mentement suspect (de par son humanisme rationaliste, m\u00eame red\u00e9fini). Ne revenons pas sur l&rsquo;une ou l&rsquo;autre incoh\u00e9rence ou contradiction purement philosophique (comme en la volont\u00e9 d&rsquo;harmonisation du r\u00e9alisme de Jonas et de l&rsquo;utopisme de Bloch, et pourquoi alors refuser Rorty? Comment rappeler l&rsquo;exigence d&rsquo;un fondement ultime alors qu&rsquo;il y a de quoi se demander o\u00f9 est Dieu dans le syst\u00e8me de K\u00fcng et qui est-il?). Bref, de quoi alimenter les discussions, sans rien enlever \u00e0 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de l&rsquo;ouvrage.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Recension du livre: Hans KUNG, La paix mondiale par la paix entre les religions. Projet d&rsquo;\u00e9thique plan\u00e9taire, \u00e9d. du Seuil, Paris, 1991 (1990 pour l&rsquo;\u00e9dition originale en allemand), 247 p. &nbsp; Selis Claude Hans KUNG, La paix mondiale par la paix entre les religions. 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