{"id":404,"date":"2013-02-02T00:00:00","date_gmt":"2014-02-06T11:37:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.army-chaplaincy.be\/befr\/2012\/06\/16\/la-religion-comme-sortie-de-la-violence-lanthropologie-religieuse-de-rene-girard\/"},"modified":"2013-02-02T00:00:00","modified_gmt":"2014-02-06T11:37:35","slug":"la-religion-comme-sortie-de-la-violence-lanthropologie-religieuse-de-rene-girard","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/2013\/02\/02\/la-religion-comme-sortie-de-la-violence-lanthropologie-religieuse-de-rene-girard\/","title":{"rendered":"La religion comme sortie de la violence: l&rsquo;anthropologie religieuse de Ren\u00e9 Girard"},"content":{"rendered":"<p>Essai concernant l&rsquo;anthropolgie religieuse de Ren\u00e9 Girard.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right\"><em><a href=\"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/le-service-de-laumonerie\/membres\/profil-selis-claude\/\">Selis Claude<\/a><\/em><\/p>\n<p>Les religions sont plut\u00f4t per\u00e7ues comme des facteurs de violence. L&rsquo;histoire nous en offre de multiples exemples. Dans bien des cas, les causes des violences et des guerres \u00e9taient sans doute m\u00e9lang\u00e9es et la religion n&rsquo;y a servi que de pr\u00e9texte. Toujours est-il qu&rsquo;au niveau du combattant concret, la motivation religieuse pouvait \u00eatre r\u00e9ellement pr\u00e9sente. A chaque fois, m\u00eame dans des conflits r\u00e9cents et m\u00eame de la part de nations largement s\u00e9cularis\u00e9es, on y a fait appel et les religions ont jou\u00e9 le jeu.<\/p>\n<p>A diff\u00e9rentes \u00e9poques et, en ce qui concerne la n\u00f4tre, surtout depuis la fin de la seconde Guerre Mondiale, les Eglises ont d\u00e9velopp\u00e9 un discours pacifiste. Ce mouvement a occasionn\u00e9 de nouvelles recherches dans le sens d&rsquo;une \u00a0\u00bb th\u00e9ologie de la paix\u00a0\u00bb, recherches et d\u00e9clarations qui sont certes repr\u00e9sentatives du sens actuel de la responsabilit\u00e9 des Eglises vis-\u00e0-vis du monde. Cependant ce discours peut continuer \u00e0 para\u00eetre opportuniste ou conjoncturel. Il a eu le m\u00e9rite de mettre en lumi\u00e8re et en valeur les arguments en faveur d&rsquo;une vision pacifique mais il n&rsquo;a pas r\u00e9ussi (et s&rsquo;est peu pr\u00e9occup\u00e9) \u00e0 repenser la violence.<\/p>\n<p>Repenser la violence dans son lien avec le religieux, c&rsquo;est vers cela que se sont orient\u00e9s les travaux de l&rsquo;anthropologue fran\u00e7ais (mais travaillant aux U.S.A.) contemporain, Ren\u00e9 Girard. Par une relecture tout \u00e0 fait originale mais anthropologiquement coh\u00e9rente des grands textes litt\u00e9raires (dont les textes bibliques), il en arrive \u00e0 la conclusion que le jud\u00e9o-christianisme, par sa violence m\u00eame, sera (et aurait d\u00fb \u00eatre&#8230;!) la religion de la sortie de la violence. Essayons de retracer ce parcours.<\/p>\n<p>La question fondamentale pour un anthropologue est d&rsquo;essayer d&rsquo;identifier comment et sur quoi se fonde et se structure un groupe humain. Se d\u00e9marquant des courants anthropologiques contemporains (\u00e9volutionniste, fonctionnaliste, structuraliste,&#8230;), Ren\u00e9 Girard identifie la violence comme fondatrice selon un processus en plusieurs \u00e9tapes.<br \/>\nLa premi\u00e8re \u00e9tape est celle du mim\u00e9tisme: chacun d\u00e9sire la m\u00eame chose, non pas que cette chose serait rare ou pr\u00e9cieuse ou qu&rsquo;il en aurait sp\u00e9cialement besoin, mais parce qu&rsquo;elle est d\u00e9sir\u00e9e par un autre.<br \/>\nC&rsquo;est l&rsquo;autre qui d\u00e9signe telle chose comme d\u00e9sirable et qui engendre donc une rivalit\u00e9 mim\u00e9tique <a name=\"text0\"><a href=\"#vn0\"><sup>[0]<\/sup><\/a>).<br \/>\nUn mim\u00e9tisme g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 aurait tendance \u00e0 rendre le groupe social uniforme dans ses d\u00e9sirs et ses comportements. Il suffirait, croit-on, de donner la m\u00eame chose \u00e0 tout le monde pour r\u00e9soudre tout probl\u00e8me de rivalit\u00e9 et donc de violence. C&rsquo;est, en effet, l&rsquo;option de toutes les soci\u00e9t\u00e9s \u00e9galitaires. Une telle soci\u00e9t\u00e9 impliquerait un renoncement inconditionnel \u00e0 tout d\u00e9sir personnel au profit d&rsquo;un Pouvoir qui distribuerait en parfaite \u00e9quit\u00e9 ce qu&rsquo;il jugerait bon. Outre qu&rsquo;une telle soci\u00e9t\u00e9 serait n\u00e9cessairement \u00e9galitaire (et donc immobiliste), elle \u00e9chouerait de toute fa\u00e7on parce qu&rsquo;elle serait incapable d&rsquo;honorer son contrat de parfaite \u00e9quit\u00e9, relan\u00e7ant de mani\u00e8re exacerb\u00e9e le m\u00e9canisme de la rivalit\u00e9 mim\u00e9tique, la moindre diff\u00e9rence de traitement \u00e9tant per\u00e7ue comme la plus grande injustice. <\/p>\n<p>De telles situations, in\u00e9vitables, de crise mim\u00e9tique ne peuvent que d\u00e9boucher sur une violence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, aveugle et suicidaire. C&rsquo;est ce qui s&rsquo;est sans doute pass\u00e9 bien des fois dans l&rsquo;histoire. Les soci\u00e9t\u00e9s les plus sages (les seules sans doute \u00e0 avoir surv\u00e9cues) ont \u00e9vit\u00e9 ce massacre en d\u00e9signant parmi elles une victime \u00e9missaire. Son r\u00f4le \u00e9tait de  concentrer en elle toute la violence collective du d\u00e9sir mim\u00e9tique pour l&rsquo;expulser du groupe social afin que celui-ci retrouve sa paix (et rendant possible une soci\u00e9t\u00e9 non-\u00e9galitaire). Il fallait que la victime soit innocente et choisie arbitrairement puisque, pour \u00eatre efficace, il fallait qu&rsquo;il n&rsquo;y ait pas d&rsquo;autres raisons de s&rsquo;en prendre \u00e0 cette victime que de servir \u00e0 cette expulsion ou alors leur seule \u00a0\u00bb faute\u00a0\u00bb devait \u00eatre de pr\u00e9senter des signes victimaires (tout type d&rsquo; \u00a0\u00bb anormalit\u00e9\u00a0\u00bb ou de sp\u00e9cificit\u00e9, sans lien objectif avec une quelconque culpabilit\u00e9 r\u00e9elle). Pour \u00eatre efficace et repr\u00e9senter physiquement l&rsquo;unanimit\u00e9 consentante du groupe, il fallait encore que l'\u00a0\u00bb expulsion\u00a0\u00bb en question prenne la forme d&rsquo;un rite, d\u00e9monstratif, auquel tout le monde puisse (doive) prendre part.<\/p>\n<p>Ce rite, pour \u00eatre efficace, devait-il prendre la forme d&rsquo;un sacrifice violent? Le principe \u00e9tant celui de l&rsquo;expulsion, il est clair que l&rsquo;expulsion la plus radicale est la mise \u00e0 mort ou la destruction. Bien des soci\u00e9t\u00e9s ont, en effet , pratiqu\u00e9 le sacrifice violent et m\u00eame le sacrifice humain. Il n&rsquo;y a, en tout cas, pas de soci\u00e9t\u00e9 sans mythes de violence et, derri\u00e8re ceux-ci, il y a toujours une violence qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9elle.<\/p>\n<p>Relisant le mythe de Ca\u00efn et Abel, Ren\u00e9 Girard nous fait m\u00eame remarquer que c&rsquo;est celui qui pratique un sacrifice non-violent (Ca\u00efn offrant des v\u00e9g\u00e9taux) qui se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre le plus violent dans la r\u00e9alit\u00e9 (puisqu&rsquo;il tue r\u00e9ellement son fr\u00e8re) tandis que celui qui offre le sacrifice violent (Abel ayant sacrifi\u00e9 un animal) est le pacifique dans la r\u00e9alit\u00e9 de la vie courante. Autrement dit, c&rsquo;est celui qui est religieusement violent qui, dans la r\u00e9alit\u00e9,  est le non-violent . Dieu, selon le r\u00e9cit, avait d&rsquo;ailleurs agr\u00e9\u00e9 le sacrifice d&rsquo;Abel et non celui de Ca\u00efn, signifiant par l\u00e0 qu&rsquo;il agr\u00e9e celui qui est non-violent dans la r\u00e9alit\u00e9 et qui a trouv\u00e9 un moyen d&rsquo;expression d\u00e9riv\u00e9 \u00e0 sa violence. Le juda\u00efsme avait donc trouv\u00e9 le moyen de sortir de la violence r\u00e9elle par la violence sacrificielle, elle-m\u00eame \u00e9voluant vers la violence symbolique. <\/p>\n<p>Comment situer le sacrifice du Christ par rapport \u00e0 cela? Qu&rsquo;apporte-t-il de nouveau ou de sp\u00e9cifique? En quoi serait-il sortie ultime de la violence?  L&rsquo;\u00e9v\u00e9nement fondateur du christianisme est le dyptique Passion-R\u00e9surrection. Au niveau des r\u00e9cits de la Passion, le Christ incarne exactement l&rsquo;image du serviteur souffrant isa\u00efen qui n&rsquo;est autre que la victime innocente qui offre sa vie pour sauver celle de son peuple (mort vicaire et expiatoire). Pour ceux qui le tuent, il s&rsquo;agit d&rsquo;une violence bien r\u00e9elle mais le Christ en fait un sacrifice religieux, incarnant \u00e0 la fois  la victime \u00e9missaire isa\u00efenne et l&rsquo;agneau pascal (reprise d&rsquo;un sacrifice enti\u00e8rement ritualis\u00e9). Avec, en plus, le titre de Fils de Dieu, il doit symboliser la r\u00e9conciliation ultime (\u00a0\u00bb nouvelle alliance\u00a0\u00bb) apr\u00e8s ce crime ultime. Ce sacrifice devait donc \u00eatre le dernier&#8230;<\/p>\n<p>On sait qu&rsquo;il n&rsquo;en a pas \u00e9t\u00e9 ainsi et que l&rsquo;Eglise elle-m\u00eame a reconduit nombre de sacrifices bien trop r\u00e9els dans l&rsquo;histoire. Il n&rsquo;en reste pas moins que, pour Ren\u00e9 Girard, le jud\u00e9o-christianisme est la seule religion \u00e0 disposer de l&rsquo;arsenal anthropologique ad\u00e9quat pour sortir de la violence. Sa responsabilit\u00e9 est d&rsquo;autant plus grande vis-\u00e0-vis du monde.<\/p>\n<table cellpadding=\"5\" cellspacing=\"0\" border=\"0\">\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn0\"><\/a>(<a href=\"#text0\">0<\/a>)<\/td>\n<td>Cette observation a, depuis, \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9 par d&rsquo;autres auteurs \u00e0 la vie \u00e9conomique et se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre un principe pertinent de la violence \u00e9conomique:<br \/>\n&#8211; Paul DUMOUCHEZ et Jean-Pierre DUPUY, L&rsquo;enfer des choses, Ren\u00e9 Girard et la logique de l&rsquo;\u00e9conomie, Seuil, Paris, 1979 ;<br \/>\n&#8211; Jean-Pierre DUPUY, Le sacrifice et l&rsquo;envie, le lib\u00e9ralisme aux prises avec la justice sociale, Calmann-Levy, Paris, 1992.<\/td>\n<\/tr>\n<\/table>\n<h2>Bibliographie <\/h2>\n<p>Bibliographie compl\u00e8te:<\/p>\n<p>&#8211; Mensonge romantique et v\u00e9rit\u00e9 romanesque, Grasset, 1961<br \/>\n&#8211; La violence et le sacr\u00e9, Grasset, 1972.<br \/>\n&#8211; Critique dans un souterrain, 1976, r\u00e9\u00e9d. Livre de Poche, Biblio-Essais.<br \/>\n&#8211; Des choses cach\u00e9es depuis la fondation du monde, 1978, r\u00e9\u00e9d. idem.<br \/>\n&#8211; Le bouc \u00e9missaire, 1982, r\u00e9\u00e9d. Idem.<br \/>\n&#8211; La route antique des hommes pervers, Grasset, 1985.<br \/>\n&#8211; J&rsquo;ai vu Satan tomber comme l&rsquo;\u00e9clair, Grasset, 1999.<br \/>\n&#8211; Celui par qui le scandale arrive, Grasset, 2002.<br \/>\n&#8211; La voix m\u00e9connue du r\u00e9el, Grasset, 2002.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Essai concernant l&rsquo;anthropolgie religieuse de Ren\u00e9 Girard. &nbsp; Selis Claude Les religions sont plut\u00f4t per\u00e7ues comme des facteurs de violence. L&rsquo;histoire nous en offre de multiples exemples. 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