{"id":403,"date":"2013-02-02T00:00:00","date_gmt":"2014-02-06T11:37:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.army-chaplaincy.be\/befr\/2012\/06\/16\/recension-de-livre-la-societe-sans-la-guerre\/"},"modified":"2013-02-02T00:00:00","modified_gmt":"2014-02-06T11:37:35","slug":"recension-de-livre-la-societe-sans-la-guerre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/2013\/02\/02\/recension-de-livre-la-societe-sans-la-guerre\/","title":{"rendered":"Recension de livre &#8211; La soci\u00e9t\u00e9 sans la guerre"},"content":{"rendered":"<p>Recension du livre: Fran\u00e7ois G\u00e9r\u00e9, La soci\u00e9t\u00e9 sans la guerre, \u00e9ditions Descl\u00e9e de Brouwer, Paris, 1998, 327 p.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right\"><em><a href=\"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/le-service-de-laumonerie\/membres\/profil-selis-claude\/\">Selis Claude<\/a><\/em><\/p>\n<p><strong>Fran\u00e7ois G\u00e9r\u00e9, <em>La soci\u00e9t\u00e9 sans la guerre<\/em>, \u00e9ditions Descl\u00e9e de Brouwer, Paris, 1998, 327 p.<\/strong><\/p>\n<p>\nContrairement \u00e0 ce que son titre pourrait faire croire, il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;un pamphlet pacifiste na\u00eff mais d&rsquo;un essai politique muscl\u00e9.<br \/>\nL&rsquo;auteur, Fran\u00e7ais, est agr\u00e9g\u00e9 et docteur en histoire, directeur scientifique de la Fondation pour les \u00e9tudes de d\u00e9fense, ma\u00eetre de recherche au CREST-Ecole polytechnique et a d\u00e9j\u00e0 publi\u00e9 <em>La prolif\u00e9ration nucl\u00e9aire<\/em> (1994), <em>La guerre psychologique<\/em> (1996) et <em>Demain la guerre<\/em> (1997).<br \/>\nLe livre se pr\u00e9sente comme un essai, avec l&rsquo;avantage d&rsquo;\u00eatre tr\u00e8s lisible mais l&rsquo;inconv\u00e9nient d&rsquo;\u00eatre peu technique, n&rsquo;offrant pas de quoi v\u00e9rifier les affirmations ni d&rsquo;en approfondir l&rsquo;\u00e9tude (ni notes, ni bibliographie).  Il est aussi assez d\u00e9sordonn\u00e9 et, pour tout dire, mal \u00e9crit.<br \/>\nSon int\u00e9r\u00eat est de pr\u00e9senter une r\u00e9\u00e9valuation du pacifisme dans l&rsquo;apr\u00e8s-Guerre froide. L'\u00a0\u00bbapr\u00e8s-Guerre froide\u00a0\u00bb est en passe de devenir une cat\u00e9gorie historique pivot. Elle a rendu obsol\u00e8te toutes les \u00e9tudes strat\u00e9giques ant\u00e9rieures et  oblige \u00e0 les renouveler. Cet effort de reprise s&rsquo;imposait \u00e9galement pour la paix.<br \/>\nLa principale menace \u00e9cart\u00e9, le monde vit-il en paix? A l&rsquo;\u00e9vidence, non.<br \/>\nEt m\u00eame si une super-puissance parvenait finalement \u00e0 imposer la paix (en fait, une pax americana ou \u00a0\u00bb paix par l&#8217;empire\u00a0\u00bb comme la qualifie l&rsquo;auteur) partout o\u00f9 des foyers de tension ont r\u00e9apparu ou r\u00e9appara\u00eetraient, quelle serait la qualit\u00e9 de cette paix?  Quelle forme prendrait-elle et pour combien de temps? <br \/>\nPour que la paix soit durable et de qualit\u00e9, il faut une v\u00e9ritable strat\u00e9gie de conduite de la paix, avec des moyens, y compris arm\u00e9s. Entre un pacifisme na\u00eff et un r\u00e9alisme politique cynique, l&rsquo;auteur propose une troisi\u00e8me voie: celle d&rsquo;un r\u00e9alisme pacifique.<\/p>\n<p>Dans une premi\u00e8re partie, l&rsquo;auteur tente d&rsquo;identifier les composantes de la paix (sa g\u00e9ographie, son rapport au temps, son lien avec telle ou telle forme de gouvernement, avec la recherche d&rsquo;une identit\u00e9 politique et avec le potentiel militaire) (chap.1). Il en esquisse une typologie, en relation directe avec une typologie des guerres (infra-guerre ou guerre rampante, non-d\u00e9clar\u00e9e ; conflits ouverts mais limit\u00e9s ; conflits classiques mais susceptibles de d\u00e9raper; hyper-guerre ou guerre \u00e0 outrance) (chap.2) et analyse certains \u00a0\u00bb d\u00e9r\u00e8glements\u00a0\u00bb dans la conduite des guerres (d\u00e9clar\u00e9es ou non, difficult\u00e9 de distinguer encore entre le civil et le militaire, entre le r\u00e9el et virtuel quand on s&rsquo;est habitu\u00e9 au virtuel, danger de passer \u00e0 l&rsquo;imagination \u00e9motionnelle \u00e0 partir d&rsquo;images m\u00e9diatis\u00e9es) d\u00e9bouchant sur un d\u00e9r\u00e8glement mental \u00e0 propos de la guerre aussi bien que de la paix (chap.3).<\/p>\n<p>\nDans une deuxi\u00e8me partie, l&rsquo;auteur se livre \u00e0 une analyse suggestive (mais extr\u00eamement partielle et peu syst\u00e9matique \u00e0 mon avis) de ce qu&rsquo;est cette soci\u00e9t\u00e9 post-bellique  dans laquelle nous vivrions. Manifestement le rapport \u00e0 la vie et \u00e0 la mort change en fonction de la d\u00e9mographie sans doute mais surtout en raison de facteurs culturels (soci\u00e9t\u00e9 h\u00e9doniste, individualiste,&#8230;) et du contexte social (si on est habitu\u00e9 ou non \u00e0 une \u00a0\u00bb s\u00e9curit\u00e9 sociale\u00a0\u00bb). L&rsquo;hyperm\u00e9diatisation, de m\u00eame que le r\u00e9flexe de croire qu&rsquo;il y a une solution technique \u00e0 tout probl\u00e8me (la guerre \u00a0\u00bb z\u00e9ro-mort\u00a0\u00bb par exemple) ou, plus globalement, la modification du syst\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral des valeurs (comment parler encore de \u00a0\u00bb sacrifice de soi\u00a0\u00bb par exemple&#8230;?),  tous ces \u00e9l\u00e9ments font que les gens ne sont plus pr\u00eats \u00e0 mourir \u00e0 la guerre (chap.4) ni m\u00eame n\u00e9cessairement, \u00a0\u00bb pour la paix \u00a0\u00bb (chap.5.). <br \/>\nNotre soci\u00e9t\u00e9 serait-elle, pour autant, vraiment \u00a0\u00bb pacifique\u00a0\u00bb? <br \/>\nUne id\u00e9ologie pacifiste peut cacher des options politiques conservatrices (maintien du statu-quo ext\u00e9rieur&#8230;et int\u00e9rieur!), un manque de courage, un manque de lucidit\u00e9 ou, pire, une compromission active. Elle peut donc \u00eatre ambigu\u00eb. <br \/>\nLe pacifisme n&rsquo;est pas non plus l&rsquo;apanage d&rsquo;un groupe politique ou social. Tous (paysans, ouvriers, femmes, marchands) ont \u00e9t\u00e9 ambivalents. <br \/>\nL&rsquo;apparition de l&rsquo;arme nucl\u00e9aire a d\u00e9plac\u00e9 le d\u00e9bat. Les mouvements pacifistes ont d\u00fb se repositionner: \u00e0 quoi sert-il d&rsquo;\u00eatre contre mais comment \u00eatre pour?  <br \/>\nL&rsquo;auteur d\u00e9nonce particuli\u00e8rement la mis\u00e8re de la recherche strat\u00e9gique ind\u00e9pendante en France. Pas de cr\u00e9dits, pas de centre d&rsquo;\u00e9tudes, non-engagement des scientifiques,  juste quelques saltimbanques m\u00e9diatiques ( !).<br \/>\nOr la paix doit \u00eatre pens\u00e9e, techniquement, comme une strat\u00e9gie.<br \/>\nA-t-on jamais fait une histoire de la paix (de ses m\u00e9canismes profonds)? <br \/>\nN&rsquo;y aurait-il pas lieu de faire un inventaire des conceptions de la paix dans les diff\u00e9rentes cultures?  A-t-on seulement identifi\u00e9 les moyens de la paix (diplomatie, organismes internationaux, ONG, r\u00e9seaux, &#8230;)?  Que dire alors d&rsquo;une v\u00e9ritable strat\u00e9gie? &#8230; (chap.6).<\/p>\n<p>La \u00a0\u00bb conduite de la paix\u00a0\u00bb occupe la troisi\u00e8me partie.<br \/>\nIl y a, bien s\u00fbr, n\u00e9gativement, toutes les mani\u00e8res de manquer la paix: l&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e0 admettre la transformation du monde par une sorte de d\u00e9ni de la r\u00e9alit\u00e9 ; la volont\u00e9 de reconduire \u00e0 l&rsquo;identique la situation ant\u00e9rieure en recherchant des menaces de substitution (qu&rsquo;Huntington se sente vis\u00e9&#8230;) ; l&rsquo;entreprise de cr\u00e9ation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de causes de conflit ; la mauvaise gestion de la conduite de la paix.<br \/>\nPlut\u00f4t que de rechercher \u00e0 d\u00e9signer \u00e0 tout prix un ennemi, l&rsquo;auteur propose plut\u00f4t un syst\u00e8me d&rsquo;\u00e9valuation permanente des risques. Il propose une m\u00e9thode fond\u00e9e sur l&#8217;empirisme historique et l&rsquo;id\u00e9alisme utopique (utopie de la paix fonctionnant comme m\u00e9thodologie en couple avec l&rsquo;histoire) (chap.7).<br \/>\nA propos de \u00a0\u00bb la conduite strat\u00e9gique de la paix, aujourd&rsquo;hui\u00a0\u00bb (chap.8), l&rsquo;auteur se livre \u00e0 une \u00e9valuation critique (pas tr\u00e8s originale ni approfondie, selon moi)  des initiatives de l&rsquo;ONU, de la France, des Etats-Unis ou, suivant les dossiers, des n\u00e9gociations de d\u00e9sarmement, des op\u00e9rations de maintien de la paix.<br \/>\nDans le chapitre \u00a0\u00bb la conduite strat\u00e9gique de la paix, demain\u00a0\u00bb (chap.9), il pr\u00e9conise  de bien identifier les risques (les risques d&rsquo;implosion de certains Etats, l&rsquo;enjeu des biens vitaux, &#8230;) et de structurer les moyens arm\u00e9s en cons\u00e9quence (une \u00a0\u00bb gendarmerie europ\u00e9enne\u00a0\u00bb et une \u00a0\u00bb l\u00e9gion europ\u00e9enne\u00a0\u00bb, par exemple).<br \/>\nDans son dernier chapitre (\u00a0\u00bb Economie de guerre, \u00e9conomie de paix: conversion, conservation, mutation\u00a0\u00bb) l&rsquo;auteur ne se prononce pas contre l&rsquo;industrie de l&rsquo;armement mais pour l&rsquo;orientation de cette industrie au service d&rsquo;une strat\u00e9gie de paix durable. Cela suppose d&rsquo;excellents moyens d&rsquo;observation et de communication, la cr\u00e9ation d&rsquo;un degr\u00e9 avantageux de libert\u00e9 d&rsquo;action pour pouvoir mener des op\u00e9rations de paix, l&rsquo;entretien des capacit\u00e9s d&rsquo;une mont\u00e9e en puissance en cas de grave tension mondiale. Il pr\u00e9conise ainsi une \u00a0\u00bb r\u00e9serve technologique active\u00a0\u00bb  (des prototypes, non produits en s\u00e9rie en dehors d&rsquo;une menace r\u00e9elle).<\/p>\n<p>*  *  *  <\/p>\n<p>Le livre tient-il son pari de \u00a0\u00bb r\u00e9alisme pacifique\u00a0\u00bb? <br \/>\nSi certaines analyses ou critiques ne manquent pas de pertinence, si certaines solutions pr\u00e9conis\u00e9es se veulent concr\u00e8tes, il n&rsquo;en reste pas moins que sa vision d&rsquo;une \u00a0\u00bb soci\u00e9t\u00e9 post-bellique\u00a0\u00bb  a furieusement l&rsquo;air de correspondre \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 occidentale uniquement. Ces r\u00e9flexes mentaux et ces conditions technologiques ne sont pas n\u00e9cessairement partag\u00e9s par le reste du monde. Le \u00a0\u00bb choc des civilisations\u00a0\u00bb n&rsquo;aurait-il aucune consistance?  Est-ce bien r\u00e9aliste d&rsquo;envisager la paix sur cette d\u00e9n\u00e9gation? Ou bien, subrepticement, n&rsquo;est-ce pas une autre pens\u00e9e h\u00e9g\u00e9monique qui se manifeste (concurrente de la pens\u00e9e am\u00e9ricaine), se voulant gendarme du monde pour imposer la paix&#8230;et la pens\u00e9e unique.  La \u00a0\u00bb soci\u00e9t\u00e9 sans la guerre\u00a0\u00bb de G\u00e9r\u00e9 risque bien d&rsquo;\u00eatre une soci\u00e9t\u00e9 sans cultures. Comment les diff\u00e9rences culturelles pourraient ne pas d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer en conflits arm\u00e9s, voil\u00e0 la question qui n&rsquo;est pas pos\u00e9e par ce livre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Recension du livre: Fran\u00e7ois G\u00e9r\u00e9, La soci\u00e9t\u00e9 sans la guerre, \u00e9ditions Descl\u00e9e de Brouwer, Paris, 1998, 327 p. &nbsp; Selis Claude Fran\u00e7ois G\u00e9r\u00e9, La soci\u00e9t\u00e9 sans la guerre, \u00e9ditions Descl\u00e9e de Brouwer, Paris, 1998, 327 p. 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