{"id":397,"date":"2013-02-02T00:00:00","date_gmt":"2014-02-06T11:37:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.army-chaplaincy.be\/befr\/2012\/06\/16\/les-criteres-de-la-guerre-juste-et-les-nouveaux-conflits\/"},"modified":"2013-02-02T00:00:00","modified_gmt":"2014-02-06T11:37:34","slug":"les-criteres-de-la-guerre-juste-et-les-nouveaux-conflits","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/2013\/02\/02\/les-criteres-de-la-guerre-juste-et-les-nouveaux-conflits\/","title":{"rendered":"Les crit\u00e8res de la guerre juste et les nouveaux conflits"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;auteur discute la signification des crit\u00e8res de la guerre juste; aussi dans le cadre des nouveaux conflits.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right\"><em><a href=\"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/le-service-de-laumonerie\/membres\/profil-selis-claude\/\">Selis Claude<\/a><\/em><\/p>\n<p><strong>L&rsquo;\u00e9mergence du concept<\/strong><\/p>\n<p>On pourrait d&rsquo;abord s&rsquo;\u00e9tonner de l&rsquo;existence m\u00eame d&rsquo;un concept de \u00a0\u00bb guerre juste\u00a0\u00bb en th\u00e9ologie chr\u00e9tienne par rapport \u00e0 l&rsquo;id\u00e9al de non-violence des Evangiles <a name=\"text0\"><a href=\"#vn0\"><sup>[0]<\/sup><\/a>. Et en effet, les premiers auteurs chr\u00e9tiens s&rsquo;en sont tenus \u00e0 ce principe de non-violence <a name=\"text1\"><a href=\"#vn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>, pr\u00e9f\u00e9rant le martyre \u00e0 la r\u00e9sistance arm\u00e9e. On sait que c&rsquo;est avec St Augustin que le concept de guerre juste est entr\u00e9 en th\u00e9ologie <a name=\"text2\"><a href=\"#vn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>. Le raisonnement est le suivant. La cit\u00e9 terrestre n&rsquo;est pas une fin en soi ; elle n&rsquo;est que la pr\u00e9paration \u00e0 la cit\u00e9 c\u00e9leste. Une soci\u00e9t\u00e9 perturb\u00e9e, d\u00e9sordonn\u00e9e, d\u00e9chir\u00e9e ne saurait \u00eatre une bonne pr\u00e9paration. L&rsquo;homme spirituel ne peut se d\u00e9velopper que dans une soci\u00e9t\u00e9 \u00a0\u00bb tranquille\u00a0\u00bb o\u00f9 r\u00e8gne la justice, l&rsquo;ordre et la paix. Ces valeurs sont cependant fragiles <a name=\"text3\"><a href=\"#vn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>. Elles doivent donc \u00eatre d\u00e9fendues. Ainsi, l&rsquo;usage de la force se justifie pour la d\u00e9fense de la justice et de l&rsquo;ordre sans lesquels aucune vie sociale n&rsquo;est possible, le but \u00e9tant bien s\u00fbr de retrouver la paix. La non-violence qui serait favorable \u00e0 une situation d&rsquo;injustice ne serait pas un bien. La justice devient, chez St Augustin, un crit\u00e8re sup\u00e9rieur \u00e0 celui de non-violence. Le premier devoir de la cit\u00e9 terrestre est d&rsquo;assurer la justice, la paix en sera la fruit. <br \/>\nLe concept de \u00a0\u00bb guerre juste\u00a0\u00bb n&rsquo;est pas propre \u00e0 St Augustin ; lui-m\u00eame le reprend \u00e0 Cic\u00e9ron <a name=\"text4\"><a href=\"#vn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> mais en lui donnant une justification th\u00e9ologique. Il faut savoir que, dans la mentalit\u00e9 romaine de l&rsquo;\u00e9poque, \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme \u00a0\u00bb juste\u00a0\u00bb toute guerre se justifiant par les int\u00e9r\u00eats sup\u00e9rieurs de Rome et ouverte selon certaines r\u00e8gles <a name=\"text5\"><a href=\"#vn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>.<br \/>\nLa conception cic\u00e9ronienne, toute th\u00e9orique, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 un grand pas en avant du fait qu&rsquo;il situait la justice de la guerre non plus par rapport \u00e0 la raison politique d&rsquo;un Etat particulier mais par rapport \u00e0 un imp\u00e9ratif moral touchant le genre humain, imp\u00e9ratif auquel l&rsquo;Etat lui-m\u00eame devait se soumettre. Par ailleurs, dans sa campagne des Gaules, un Jules C\u00e9sar dit s&rsquo;\u00eatre donn\u00e9 certains principes de ius in bello : celui d&rsquo;\u00e9viter les cruaut\u00e9s inutiles et celui de ne nuire qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ennemi <a name=\"text6\"><a href=\"#vn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Les invasions germaniques et l&rsquo;organisation f\u00e9odale qui en sera la cons\u00e9quence ne laisseront pas beaucoup de place \u00e0 la r\u00e9flexion de philosophie politique. Seuls quelques relais assureront la transmission du concept augustinien : Isidore de S\u00e9ville (7\u00b0s.) <a name=\"text7\"><a href=\"#vn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>, le pape Nicolas I\u00b0 (9\u00b0s.) <a name=\"text8\"><a href=\"#vn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>, l&rsquo;\u00e9v\u00eaque Rufin  (11\u00b0s.) <a name=\"text9\"><a href=\"#vn9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>, Yves de Chartres <a name=\"text10\"><a href=\"#vn10\"><sup>[10]<\/sup><\/a> et Ab\u00e9lard (au 12\u00b0s) <a name=\"text11\"><a href=\"#vn11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>. Il reprend  place et fait l&rsquo;objet de d\u00e9veloppements chez Gratien, ce canoniste du milieu du 12\u00b0s. <a name=\"text12\"><a href=\"#vn12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>. Trois causes de guerre sont admises : le refoulement des ennemis au-del\u00e0 des fronti\u00e8res, la r\u00e9cup\u00e9ration des biens et la vengeance des injustices. La guerre offensive est nettement distingu\u00e9e de la guerre d\u00e9fensive. D\u00e9fendre ses alli\u00e9s est un devoir. Le seul but de la guerre doit \u00eatre de faire respecter ou de r\u00e9tablir la justice viol\u00e9e entre Etats, \u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;une instance juridique comme pour les conflits priv\u00e9s.<\/p>\n<p>\n<strong>La formulation de crit\u00e8res<\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;est avec Thomas d&rsquo;Aquin (13\u00b0s.) qu&rsquo;une certaine syst\u00e9matisation se met en place <a name=\"text13\"><a href=\"#vn13\"><sup>[13]<\/sup><\/a> mais de mani\u00e8re encore limit\u00e9e et dans un contexte biais\u00e9. Le sujet n&rsquo;occupe qu&rsquo;une place infime dans son \u0153uvre (deux-trois pages sur plusieurs milliers). Il est trait\u00e9 dans la section consacr\u00e9e \u00e0 la Charit\u00e9 et non dans celle consacr\u00e9e \u00e0 la Justice ! Il l&rsquo;est comme une question de conscience priv\u00e9e et non de philosophie politique. Sur les quatre articles qui forment la Question 40, deux sont tout \u00e0 fait mineurs et t\u00e9moignent d&rsquo;une non compr\u00e9hension politique du probl\u00e8me. Malgr\u00e9 son ascendance (Thomas d&rsquo;Aquin est le petit-neveu de Fr\u00e9d\u00e9ric II Barberousse !), les engagements politiques de sa famille (Lombards \u00e9tant descendu \u00e0 Naples pour y d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats de l&rsquo;Empire), sa position de professeur c\u00e9l\u00e8bre (il fut, \u00e0 ce titre, l&rsquo;invit\u00e9 de saint Louis) et le contexte belliqueux de l&rsquo;\u00e9poque (outre les guerres locales, d\u00e9j\u00e0 deux si\u00e8cles de Croisades), Thomas a l&rsquo;air bien \u00e9tranger \u00e0 ce qui se passe. Cependant, ce qu&rsquo;il va en dire, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Augustin et largement redevable \u00e0 Gratien, se r\u00e9v\u00e8lera tout \u00e0 fait pertinent (et se situe \u00e0 l&rsquo;antipode des id\u00e9ologies belliqueuses des Croisades <a name=\"text14\"><a href=\"#vn14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>!). C&rsquo;est dans le premier article que trois crit\u00e8res sont clairement avanc\u00e9s:<br \/>\n&#8211; seule une autorit\u00e9 l\u00e9gitime peut valablement d\u00e9clarer une guerre. Cette clause vise \u00e0 disqualifier d&rsquo;avance toutes les \u00a0\u00bb guerres priv\u00e9es\u00a0\u00bb, lanc\u00e9es par des petits seigneurs f\u00e9odaux (et a fortiori des chefs s\u00e9ditieux). Elle suppose une autorit\u00e9 pleine (ind\u00e9pendance r\u00e9elle de la nation concern\u00e9e). En effet, aussi longtemps qu&rsquo;il y a une autorit\u00e9 sup\u00e9rieure (l&#8217;empereur par rapport \u00e0 des princes ou des vassaux), le conflit devrait se r\u00e9gler par arbitrage interne \u00e0 l&rsquo;entit\u00e9 politique concern\u00e9e.<br \/>\n&#8211; elle ne peut \u00eatre d\u00e9clar\u00e9e que pour une cause juste,  se limitant, en fait, \u00e0 r\u00e9parer une injustice caract\u00e9ris\u00e9e (intentionnelle, clairement imputable, objective et d&rsquo;une certaine gravit\u00e9), \u00e0 se d\u00e9fendre contre une injuste agression et non, par exemple, \u00e0 vouloir r\u00e9aliser une utopie.<br \/>\n&#8211; elle doit s&rsquo;en tenir \u00e0 son  intention droite, se limitant donc au retour \u00e0 la paix dans la justice et non \u00e0 assouvir une vengeance ni \u00e0 rechercher des avantages mat\u00e9riels connexes. <\/p>\n<p>La nouveaut\u00e9 de Thomas d&rsquo;Aquin dans le traitement du concept de guerre juste n&rsquo;est pas directement perceptible dans ce court texte mais elle est r\u00e9elle et majeure quand on prend en consid\u00e9ration l&rsquo;ensemble de son \u0153uvre. En effet, pour Thomas, la r\u00e9flexion sur la guerre n&rsquo;intervient plus dans le contexte d&rsquo;une inf\u00e9riorisation de la cit\u00e9 terrestre par rapport \u00e0 la cit\u00e9 c\u00e9leste et o\u00f9 la paix ne serait qu&rsquo;un moyen ou une condition pour permettre l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation de l&rsquo;homme vers la cit\u00e9 c\u00e9leste ; elle intervient dans le cadre d&rsquo;une autonomisation de la Chose Publique (sous r\u00e9serve que le pouvoir politique se soumette au Droit Naturel et soit ordonn\u00e9 au bien commun). Les guerres, comme aucune autre forme de mal, ne rel\u00e8vent jamais de la volont\u00e9 divine ; elles r\u00e9sultent de la libert\u00e9, de l&rsquo;autonomie humaine (au risque de ses cons\u00e9quences malheureuses). Il d\u00e9pend donc de la volont\u00e9 humaine de les \u00e9viter et, si elle ne le peut, de les ma\u00eetriser. Le concept est donc totalement s\u00e9cularis\u00e9.<\/p>\n<p>En ce m\u00eame 13\u00b0s., la \u00a0\u00bb th\u00e9orie\u00a0\u00bb de la guerre juste va s&rsquo;enrichir d&rsquo;un quatri\u00e8me crit\u00e8re explicite : celui de proportionnalit\u00e9. Ce sera l&rsquo;apport d&rsquo;un autre dominicain, canoniste celui-l\u00e0, Raymond de Pennafort <a name=\"text15\"><a href=\"#vn15\"><sup>[15]<\/sup><\/a>. Le principe est de ne pas commettre un tort plus grand que le dommage \u00e0 r\u00e9parer et donc de ne pas laisser libre cours \u00e0 une vengeance aveugle ni de profiter de l&rsquo;occasion pour assouvir d&rsquo;autres ambitions. Il s&rsquo;agit en quelque sorte d&rsquo;une cons\u00e9quence du crit\u00e8re de l&rsquo;intention droite. Le principe de proportionnalit\u00e9 ne constitue pas pour autant un  droit \u00e0 faire autant de tort que l&rsquo;agresseur n&rsquo;en a caus\u00e9 mais d&rsquo;une limite, la plus basse possible (pas de torts inutiles par rapport au but autoris\u00e9 et donc pas non plus de brigandage ou pillage commis par la soldatesque). Ce \u00a0\u00bb principe de n\u00e9cessit\u00e9\u00a0\u00bb aurait pu former un crit\u00e8re \u00e0 part enti\u00e8re <a name=\"text16\"><a href=\"#vn16\"><sup>[16]<\/sup><\/a>. Il sera de fait repris dans les Conventions de Gen\u00e8ve et de La Haye au 19\u00b0s. Remarquons qu&rsquo;avec le crit\u00e8re de proportionnalit\u00e9, on glissait d\u00e9j\u00e0 dans le ius in bello (droit dans la guerre), alors que les trois crit\u00e8res de St Thomas s&rsquo;en tenaient strictement au ius ad bellum (droit \u00e0 la guerre). L&rsquo;orientation de Raymond de Pennafort est caract\u00e9ristique du souci d&rsquo;un \u00a0\u00bb confesseur\u00a0\u00bb. On y trouvera pas de philosophie politique. <\/p>\n<p>\n<strong>La formulation en une th\u00e9orie politique<\/strong><\/p>\n<p>Ces crit\u00e8res furent repris en une synth\u00e8se coh\u00e9rente et \u00e0 vis\u00e9e politique par  Vittoria <a name=\"text17\"><a href=\"#vn17\"><sup>[17]<\/sup><\/a> au 16\u00b0s. dans un contexte bien diff\u00e9rent. La pol\u00e9mique faisait rage en Espagne autour de la conqu\u00eate du Nouveau Monde et des exactions contre les Indiens. La parole des th\u00e9ologiens et canonistes intervenait dans le d\u00e9bat public et touchait directement les Princes (ainsi la c\u00e9l\u00e8bre controverse de Vallodolid, organis\u00e9e en 1550-51, par Charles-Quint lui-m\u00eame). Certains d\u00e9niaient aux Indiens la qualit\u00e9 d&rsquo;humains (ainsi, Sepulveda). D&rsquo;autres (dont Batholom\u00e9e de las Casas, confr\u00e8re direct de Vittoria) les d\u00e9fendaient. La reprise des crit\u00e8res de St Thomas sonnait comme une d\u00e9sapprobation de l&rsquo;intervention espagnole dans le Nouveau Monde : les Indiens n&rsquo;avaient fait aucun tort \u00e0 l&rsquo;Espagne et l&rsquo;app\u00e2t de l&rsquo;or n&rsquo;\u00e9tait certes pas une intention droite ! Par contre, dans le contexte de la guerre avec la France de Fran\u00e7ois I, ces crit\u00e8res pouvaient servir de guide et de justification.<br \/>\nBien qu&rsquo;implicite (ou m\u00eame explicite) chez les th\u00e9ologiens et canonistes ant\u00e9rieurs (ainsi que une institution comme la \u00a0\u00bb Paix de Dieu\u00a0\u00bb), Vittoria d\u00e9veloppe particuli\u00e8rement un quatri\u00e8me crit\u00e8re, <br \/>\n &#8211; le principe de discrimination : il s&rsquo;agit de distinguer entre civils et combattants et de ne s&rsquo;en prendre qu&rsquo;aux combattants (crit\u00e8re in bello) <a name=\"text18\"><a href=\"#vn18\"><sup>[18]<\/sup><\/a>. La doctrine n&rsquo;a pas toujours \u00e9t\u00e9 claire au 16\u00b0s. : parfois la distinction se fait plut\u00f4t entre \u00a0\u00bb innocents\u00a0\u00bb (innocentes) et \u00a0\u00bb coupables\u00a0\u00bb (nocentes). La cat\u00e9gorie des \u00a0\u00bb innocents\u00a0\u00bb est parfois r\u00e9duite aux seuls enfants, femmes et clerg\u00e9. A l&rsquo;inverse, la cat\u00e9gorie des \u00a0\u00bb nocentes\u00a0\u00bb s&rsquo;\u00e9tend parfois \u00e0 toute la population ennemie ou au moins \u00e0 toute la population en \u00e2ge de porter les armes (m\u00eame s&rsquo;ils ne combattent pas). Il est int\u00e9ressant de remarquer que, chez Vittoria, la distinction militaire \/ civil efface tous les autres types de discrimination (sur base de race, langue ou religion).  De m\u00eame, au niveau d&rsquo;un Etat, le fait qu&rsquo;il rel\u00e8ve d&rsquo;une autre race ou religion (Indien ou Turc par exemple), n&rsquo;enl\u00e8ve rien \u00e0 sa l\u00e9gitimit\u00e9.<\/p>\n<p>Par ailleurs, dans son commentaire du second crit\u00e8re thomiste (cause juste), Vittoria en \u00e9largit le champ : il ne s&rsquo;agit plus seulement de guerre strictement d\u00e9fensive (se d\u00e9fendre soi-m\u00eame contre une injustice grave) mais \u00e9ventuellement de guerre \u00a0\u00bb vindicative\u00a0\u00bb (chaque fois que le \u00a0\u00bb Droit des Gens\u00a0\u00bb est bafou\u00e9 et, ce, m\u00eame par un Etat non directement victime). La guerre devient, chez Vittoria, l&rsquo;instrument de la r\u00e9alisation du Droit au niveau international, \u00e9tant entendu que la guerre devrait se limiter \u00e0 cette seule fonction et ne devrait plus servir de moyen habituel pour r\u00e9gler les conflits.<br \/>\nAutant la nouveaut\u00e9 chez Thomas \u00e9tait la s\u00e9cularisation de la politique (h\u00e9ritage que Vittoria reprend avec force), autant la nouveaut\u00e9 du ma\u00eetre de Salamanque est son internationalisation. La seule autorit\u00e9 l\u00e9gitime serait une autorit\u00e9 supra-nationale ou sur-\u00e9tatique (et Vittoria d\u00e9nie express\u00e9ment \u00e0 la papaut\u00e9 de pouvoir jouer ce r\u00f4le) parce que tout le genre humain, par dessus les diff\u00e9rences de race, de langue, de culture, de religion, de territoire, ne forment qu&rsquo;une communaut\u00e9 (\u00a0\u00bb communitas orbis\u00a0\u00bb). De cette unit\u00e9 fondamentale du genre humain d\u00e9coule des droits fondamentaux, relevant du Droit Naturel dont le Droit des Gens est l&rsquo;application concr\u00e8te. A d\u00e9faut d&rsquo;instance politique, c&rsquo;est donc le Droit Naturel qui est cette autorit\u00e9. Un Etat qui , avec une intention droite (!), prend \u00e0 c\u0153ur la d\u00e9fense du Droit des Gens,  peut donc intervenir contre des Etats d\u00e9linquants. L&rsquo;existence d&rsquo;une pluralit\u00e9 d&rsquo;Etats n&rsquo;est pas en cause (au contraire, ils sont une \u00e9manation du Droit des Gens); ces Etats sont simplement subordonn\u00e9s au Bien Commun de l&rsquo;humanit\u00e9 enti\u00e8re et donc au Droit Naturel.<br \/>\nA la diff\u00e9rence de Thomas \u00e9galement, qui avait pos\u00e9 le probl\u00e8me de la guerre juste en termes de morale priv\u00e9e <a name=\"text19\"><a href=\"#vn19\"><sup>[19]<\/sup><\/a>,  Vittoria le pose \u2013\u00e0 son juste niveau- en termes  politiques de relations internationales. Le traitement en termes de p\u00e9ch\u00e9 personnel n&rsquo;est cependant pas absent chez Vittoria. Il est ad\u00e9quatement situ\u00e9 au niveau de l&rsquo;implication personnelle. En cas de guerre manifestement injuste, tout le monde, m\u00eame le simple soldat, a le devoir de refuser <a name=\"text20\"><a href=\"#vn20\"><sup>[20]<\/sup><\/a> sous peine de p\u00e9ch\u00e9. En cas de doute, le simple soldat est d\u00e9gag\u00e9 de toute responsabilit\u00e9 mais non les chefs qui ont le devoir de s&rsquo;enqu\u00e9rir sur la justesse de la guerre. Le souverain n&rsquo;a aucune excuse. Il ne peut juger seul mais doit demander conseil. En cas de doute, il ne peut engager la guerre. Pour Cajetan <a name=\"text21\"><a href=\"#vn21\"><sup>[21]<\/sup><\/a> \u00e9galement, il fallait que la cause soit s\u00fbre (anti-probabilisme).<\/p>\n<p>Avec Suarez <a name=\"text22\"><a href=\"#vn22\"><sup>[22]<\/sup><\/a>, ce sont encore deux crit\u00e8res qui vont s&rsquo;ajouter \u00e0 la liste traditionnelle des crit\u00e8res de la guerre juste, celui de <br \/>\n&#8211; chance raisonnable de succ\u00e8s (note 24), suivant lequel il est inutile d&rsquo;engager des vies humaines tant amies qu&rsquo;ennemies en pure perte.<br \/>\n&#8211; dernier recours , c-\u00e0-d si l&rsquo;injustice ne peut \u00eatre r\u00e9par\u00e9e autrement, si tous les autres moyens \u2013non-violents- ont \u00e9t\u00e9 tent\u00e9s et \u00e9puis\u00e9s sans succ\u00e8s (note 25)<\/p>\n<p>\n<strong>CRITERES DE LA GUERRE JUSTE<\/strong><\/p>\n<p>ad bellum :<\/p>\n<p>\t* cause juste (St Thomas)<br \/>\n\t* intention droite (St Thomas)<br \/>\n\t* autorit\u00e9 l\u00e9gitime (St Thomas)<br \/>\n\t* dernier recours (Suarez)<br \/>\n\t* chance raisonnable de succ\u00e8s (Suarez)<\/p>\n<p>in bello :<\/p>\n<p>\t* proportionnalit\u00e9 (Raymond de Pennafort)<br \/>\n\t* discrimination (Vittoria)<\/p>\n<p>\n<strong>L&rsquo;apparition des Etats-Nations<\/strong><\/p>\n<p>La faiblesse des crit\u00e8res de la guerre juste, c&rsquo;est que chaque Etat trouvera toujours des sophistes de cour pour d\u00e9montrer que \u00a0\u00bb sa\u00a0\u00bb guerre est juste. Elle sera donc juste des deux c\u00f4t\u00e9s \u00e0 la fois ! Dans un contexte d&rsquo;\u00e9mergence des Etats-Nations, d\u00e9fini sur base de particularit\u00e9s (race, territoire, langue, histoire commune, religion,&#8230;) <a name=\"text25\"><a href=\"#vn25\"><sup>[25]<\/sup><\/a> \u2013 \u00e0 l&rsquo;inverse de la perspective internationaliste- c&rsquo;\u00e9tait la faillite et l&rsquo;abandon du concept. Chaque Etat  s&rsquo;estimera ind\u00e9pendant, autonome, inviolable, ma\u00eetre absolu \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de ses fronti\u00e8res. Chaque Etat se comportera comme un individu, tous les autres \u00e9tant consid\u00e9r\u00e9s comme ennemis ou au moins concurrents, dans un esp\u00e8ce de darwinisme politique avant la lettre. C&rsquo;est le concept de \u00a0\u00bb raison d&rsquo;Etat\u00a0\u00bb  (expression lanc\u00e9e par Botero* en 1583) qui l&#8217;emportera d\u00e9sormais et servira de justification \u00e0 tout. La d\u00e9cision de l&rsquo;Etat (correspondant au premier crit\u00e8re thomiste) sera consid\u00e9r\u00e9 comme crit\u00e8re suffisant. Les \u00a0\u00bb guerres nationales\u00a0\u00bb, engendr\u00e9es par cet \u00e9tat d&rsquo;esprit, furent, depuis le 17\u00b0s., nombreuses, longues, massives, destructrices et cruelles, bien plus que celles du Moyen-Age.<br \/>\nIl est assez significatif que le trait\u00e9 de Grotius du Droit de la guerre et de la paix (1625), le premier dans ce nouveau contexte, alors qu&rsquo;il s&rsquo;inspire largement de Vittoria pour \u00e9laborer son Droit des Gens, ne reprend plus la r\u00e9flexion sur les crit\u00e8res de la guerre juste ! Consid\u00e9r\u00e9 par les manuels d&rsquo;histoire du Droit comme un progr\u00e8s d\u00e9cisif dans la d\u00e9finition des Droits de l&rsquo;Homme, ce trait\u00e9 t\u00e9moigne en un sens d&rsquo;une grande d\u00e9b\u00e2cle: il n&rsquo;y a plus qu&rsquo;\u00e0 essayer de d\u00e9fendre un minimum de droits aux personnes individuelles prises au pi\u00e8ge des conflits entre leurs Etats respectifs.  Pufendorf (1632-1694), son disciple Wolff (1679-1754) et Vattel (1714-1767) continu\u00e8rent dans cette voie et form\u00e8rent l&rsquo;\u00e9cole dite \u00a0\u00bb du Droit de la Nature et des Gens\u00a0\u00bb dominante tout au long des 17\u00b0 et 18\u00b0s. Les Nations avaient abandonn\u00e9 d\u00e9finitivement l&rsquo;id\u00e9e de \u00a0\u00bb guerre juste\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;Eglise catholique <a name=\"text26\"><a href=\"#vn26\"><sup>[26]<\/sup><\/a> en maintenait l&rsquo;enseignement mais de mani\u00e8re purement formelle et r\u00e9p\u00e9titive. Les Eglises r\u00e9form\u00e9es devinrent largement des Eglises nationales, se ralliant \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e que la raison d&rsquo;Etat est un crit\u00e8re suffisant . M\u00eame dans l&rsquo;Eglise catholique se manifest\u00e8rent des courants nationalisants (la gallicanisme en France, le jos\u00e9phisme en Autriche,&#8230;), \u00e2prement combattus. A cause de cela peut-\u00eatre, et apr\u00e8s avoir essay\u00e9 de \u00a0\u00bb coloniser\u00a0\u00bb de l&rsquo;int\u00e9rieur les Etats de tradition catholique au 17\u00b0 et 18\u00b0s. <a name=\"text27\"><a href=\"#vn27\"><sup>[27]<\/sup><\/a>, la m\u00e9fiance de l&rsquo;Eglise catholique \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des Etats-Nations s&rsquo;est renforc\u00e9e tout au long du 19\u00b0s <a name=\"text28\"><a href=\"#vn28\"><sup>[28]<\/sup><\/a>. Si donc l&rsquo;Eglise catholique resta de sensibilit\u00e9 supra-nationale, ce fut surtout par r\u00e9flexe d&rsquo;auto-d\u00e9fense institutionnelle. Le seul th\u00e9ologien-canoniste qui renouvela quelque peu la th\u00e9orie de la guerre juste en ce 19\u00b0s. fut Taparelli d&rsquo;Azeglio (1793-1862) <a name=\"text29\"><a href=\"#vn29\"><sup>[29]<\/sup><\/a>. Il pr\u00e9conisait le recours \u00e0 l&rsquo;arbitrage en cas de conflit entre Nations.<br \/>\nNon pas l&rsquo;arbitrage pontifical comme l&rsquo;avait entendu le Moyen-Age (id\u00e9e reprise en ce 19\u00b0s. par le diplomate de Maistre <a name=\"text30\"><a href=\"#vn30\"><sup>[30]<\/sup><\/a>) mais arbitrage d&rsquo;une instance internationale neutre et ind\u00e9pendante. Il n&rsquo;y aurait plus, comme juste guerre, que des op\u00e9rations de police internationale sous cette Autorit\u00e9 (cette id\u00e9e a \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9e en 1843 !). Son \u0153uvre est rest\u00e9e totalement ignor\u00e9e des Manuels de Droit International Public mais eut une influence directe d\u00e9terminante sur la pens\u00e9e politique des papes Beno\u00eet XV et Pie XI qui relay\u00e8rent l&rsquo;id\u00e9e dans leurs encycliques sociales. \t<\/p>\n<p>\n<strong>La formulation d&rsquo;un Droit International<\/strong><\/p>\n<p>En cette fin de 19\u00b0s., le ius in bello allait conna\u00eetre des d\u00e9veloppements nouveaux <a name=\"text31\"><a href=\"#vn31\"><sup>[31]<\/sup><\/a>. Le premier acte en fut la Conf\u00e9rence de Bruxelles de 1874 <a name=\"text32\"><a href=\"#vn32\"><sup>[32]<\/sup><\/a>, r\u00e9unie \u00e0 l&rsquo;initiative du Tsar Alexandre II de Russie et comptant des d\u00e9l\u00e9gations de 15 pays europ\u00e9ens. La D\u00e9claration qui en r\u00e9sulta contenait des dispositions sur des questions aussi importantes que l&rsquo;occupation de guerre, la d\u00e9finition des combattants, les moyens licites de nuire \u00e0 l&rsquo;ennemi, les prisonniers de guerre, les bless\u00e9s et les malades, les civils, les parlementaires, les capitulations et l&rsquo;armistice, etc&#8230; Non ratifi\u00e9e par les Etats, elle ne re\u00e7ut pas d&rsquo;application mais repr\u00e9sentait une avanc\u00e9e juridique majeure. Le Tsar Nicolas II, successeur d&rsquo;Alexandre, convoqua une nouvelle Conf\u00e9rence, cette fois \u00e0 La Haye, en 1899, afin de donner une suite \u00e0 la D\u00e9claration de 1874 et de diminuer le risque de guerre par la r\u00e9duction des armements. Elle r\u00e9unit 26 gouvernements, mit au point la Convention I relative au r\u00e8glement pacifique des diff\u00e9rends ainsi que deux conventions sur le droit de la guerre, l&rsquo;une sur terre (Convention II), l&rsquo;autre sur mer (Convention III). Ces textes furent ratifi\u00e9s. Le Tsar reprit encore l&rsquo;initiative d&rsquo;une Conf\u00e9rence \u00e0 La Haye en 1907, r\u00e9unissant cette fois 44 Etats en vue de r\u00e9viser les Conventions de 1899 (ainsi la Convention IV de 1907 r\u00e9vise l&rsquo;importante Convention II de 1899). Une troisi\u00e8me Conf\u00e9rence, pr\u00e9vue en 1914, ne put avoir lieu&#8230; L&rsquo;ensemble de ces textes  constituent le  \u00a0\u00bb Droit de la Haye\u00a0\u00bb concernant  les acteurs de guerre (les militaires), encore compl\u00e9t\u00e9 depuis et toujours d&rsquo;application actuellement.<br \/>\nAu sortir de la Guerre 14-18, c&rsquo;est le monde politique qui lan\u00e7a l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une Soci\u00e9t\u00e9 des Nations, se r\u00e9f\u00e9rant entre autres \u00e0 Vittoria mais plut\u00f4t \u00e0 Kant et autres philosophes des Lumi\u00e8res. Cette initiative souleva de grands espoirs et renouvela l&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour la probl\u00e9matique de la guerre juste dans le monde intellectuel catholique <a name=\"text33\"><a href=\"#vn33\"><sup>[33]<\/sup><\/a> mais ne fit l&rsquo;objet que d&rsquo;une d\u00e9claration polie de la part du pape Beno\u00eet XV <a name=\"text34\"><a href=\"#vn34\"><sup>[34]<\/sup><\/a>, non par d\u00e9saccord mais parce que l&rsquo;Eglise avait \u00e9t\u00e9 express\u00e9ment exclue des d\u00e9bats par certains membres influents anticl\u00e9ricaux.<br \/>\nLa Guerre de 40-45, du point de vue du ius ad bellum, ne laissait aucun doute : les pays envahis avaient tout le droit pour eux mais ce n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une bien maigre consolation. Du point de vue du ius in bello, du c\u00f4t\u00e9 allemand, si l&rsquo;arm\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re a \u00e9t\u00e9 relativement respectueuse de celui-ci, elle a \u00e9t\u00e9 d\u00e9doubl\u00e9e par des corps sp\u00e9ciaux (Gestapo, SS) dont le principe m\u00eame \u00e9tait de ne pas le respecter. Du c\u00f4t\u00e9 alli\u00e9, il n&rsquo;a pas non plus \u00e9t\u00e9 respect\u00e9 (bombardements aveugles et massifs de villes enti\u00e8res, contraires au principe de discrimination). Le pape Pie XII voulut rester le \u00a0\u00bb gardien des principes \u00e9ternels d&rsquo;humanit\u00e9 et de charit\u00e9\u00a0\u00bb <a name=\"text35\"><a href=\"#vn35\"><sup>[35]<\/sup><\/a> mais ne put \u00eatre efficace.<br \/>\nApr\u00e8s la Guerre 1940-45, les Nations-Unies virent bien le jour mais sur une base \u00a0\u00bb contractualiste\u00a0\u00bb entre Etats-Nations ind\u00e9pendants et souverains, ne correspondant donc pas au \u00a0\u00bb d\u00e9passement\u00a0\u00bb supra-national pr\u00e9conis\u00e9 par Vittoria. La Charte des Droits de l&rsquo;Homme fut \u00e9labor\u00e9e en 1948 et avalis\u00e9e dans les ann\u00e9es suivantes par les divers Etats. Ce fut la base d&rsquo;un v\u00e9ritable Droit International g\u00e9n\u00e9ral touchant l&rsquo;humanit\u00e9 de l&rsquo;homme. Mais c&rsquo;est \u00e0 Gen\u00e8ve, sous l&rsquo;\u00e9gide de la Croix-Rouge, que fut sign\u00e9e en 1949 une  Convention (pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e de diverses autres depuis 1864 et compl\u00e9t\u00e9e encore par des Protocoles en 1977) concernant cette fois les victimes de guerre et constituant ce que l&rsquo;on pourrait appeler un \u00a0\u00bb Droit de Gen\u00e8ve\u00a0\u00bb, ou \u00a0\u00bb Droit humanitaire\u00a0\u00bb, renouant avec le ius gentium de Grotius.<br \/>\nEntretemps, du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;Eglise, dans le contexte nouveau de la Guerre froide entre l&rsquo;Est et l&rsquo;Ouest et sous la menace nucl\u00e9aire, naissait la conviction que plus aucune guerre ne pourrait \u00eatre juste puisque le crit\u00e8re de proportionnalit\u00e9 serait ou risquait d&rsquo;\u00eatre tr\u00e8s vite d\u00e9pass\u00e9. Les mouvements chr\u00e9tiens de base opt\u00e8rent pour le pacifisme <a name=\"text36\"><a href=\"#vn36\"><sup>[36]<\/sup><\/a>, ce qui encouragea des intellectuels chr\u00e9tiens \u00e0 renouveler la r\u00e9flexion sur la paix plut\u00f4t que sur les arguties de la guerre juste <a name=\"text37\"><a href=\"#vn37\"><sup>[37]<\/sup><\/a>. En 1963, le pape Jean XXIII publiait son encyclique Pacem in Terris o\u00f9 il n&rsquo;est plus question de la guerre juste <a name=\"text38\"><a href=\"#vn38\"><sup>[38]<\/sup><\/a> mais de la paix par le d\u00e9veloppement. Dans le cadre des travaux du concile Vatican II, le premier texte pr\u00e9paratoire de la Constitution \u00a0\u00bb Gaudium et Spes\u00a0\u00bb dit aussi Sch\u00e9ma XIII (traitant des rapports \u00a0\u00bb avec le monde de ce temps\u00a0\u00bb) ne comportait pas de r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la th\u00e9orie de la guerre juste, pourtant encore classique dans les manuels de s\u00e9minaires. En session, certains \u00e9v\u00eaques voulurent l&rsquo;y r\u00e9introduire. Le texte final (vot\u00e9 le 7 d\u00e9cembre 1965) ne retint pas cette demande <a name=\"text39\"><a href=\"#vn39\"><sup>[39]<\/sup><\/a>. On peut donc estimer qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un abandon conscient et volontaire de la part de l&rsquo;Eglise. L&rsquo;encyclique Populorum Progressio de Paul VI en 1967 confirma cette position. Pourtant, en 1992, dans le Cat\u00e9chisme de l&rsquo;Eglise catholique, r\u00e9dig\u00e9 \u00e0 la demande du pape Jean-Paul II, la notion reparut <a name=\"text40\"><a href=\"#vn40\"><sup>[40]<\/sup><\/a> mais sans autre justification ni suites.<\/p>\n<p>\n<strong>L&rsquo;introduction du <em>&lsquo;droit d&rsquo;ing\u00e9rence humanitaire&rsquo;<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Le plus \u00e9tonnant est de la voir r\u00e9appara\u00eetre dans la litt\u00e9rature politique et m\u00eame militaire et strat\u00e9gique, surtout aux Etats-Unis, depuis les ann\u00e9es &rsquo;90 <a name=\"text41\"><a href=\"#vn41\"><sup>[41]<\/sup><\/a>. Avant m\u00eame l&rsquo;effondrement de l&rsquo;URSS mais d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la faveur de l&rsquo;\u00e8re Gorbatchev, une certaine forme de \u00a0\u00bb droit d&rsquo;ing\u00e9rence\u00a0\u00bb avait \u00e9t\u00e9 reconnu officiellement (r\u00e9solution 43\/131 du 8\/12\/1988 de l&rsquo;ONU). Cette expression est abusive. Jamais un Etat n&rsquo;aurait sign\u00e9 une telle r\u00e9solution outrepassant le sacro-saint principe de souverainet\u00e9 nationale! Le propos de la r\u00e9solution est donc bien plus modeste, il s&rsquo;agit de \u00a0\u00bb faciliter l&rsquo;acc\u00e8s des secours aux victimes de catastrophes naturelles et d&rsquo;autres situations du m\u00eame ordre\u00a0\u00bb. Il est vrai aussi que l&rsquo;essentiel r\u00e9sidait dans ces \u00a0\u00bb situations du m\u00eame ordre\u00a0\u00bb par lesquelles les concepteurs sous-entendaient les g\u00e9nocides caract\u00e9ris\u00e9s ou g\u00e9nocides d\u00e9guis\u00e9s (Soudan, Ethiopie, &#8230;). Normalement, cette aide devait \u00eatre sollicit\u00e9e par le gouvernement l\u00e9gitime (l&rsquo;URSS y a fait appel en 1989 \u2013 le premier! &#8211; suite au tremblement de terre dans la R.S.S. d&rsquo;Arm\u00e9nie). Une clause de la R\u00e9solution pr\u00e9voyait qu&rsquo;en cas de manquement, d&rsquo;incapacit\u00e9 ou de mauvaise volont\u00e9 de la part de l&rsquo;autorit\u00e9 l\u00e9gitime, le Conseil de S\u00e9curit\u00e9 pouvait \u00eatre saisi par n&rsquo;importe quel membre de l&rsquo;ONU et prendre des initiatives, m\u00eame si le principe restait celui de la n\u00e9gociation avec les autorit\u00e9s l\u00e9gitimes concern\u00e9es. Le cas s&rsquo;est pr\u00e9sent\u00e9 lors de la guerre civile en Bosnie (1992\u20131994) lorsque le gouvernement de Belgrade (toujours l\u00e9gitime) emp\u00eacha ou rendit difficile l&rsquo;acheminement des biens vitaux aux populations prises au pi\u00e8ge \u00e0 Sarajevo et dans d&rsquo;autres enclaves. L&rsquo;ONU franchit un pas en pr\u00e9voyant l&rsquo;usage de la force pour ex\u00e9cuter sa r\u00e9solution d&rsquo;aide humanitaire, tout en prenant soin de d\u00e9finir strictement le mandat (zones et couloirs humanitaires) ainsi que les r\u00e8gles d&rsquo;engagement. Il apparut que le mandat et les r\u00e8gles d&rsquo;engagement \u00e9taient inadapt\u00e9es \u00e0 la situation et l&rsquo;on se souvient du ridicule de situation dans lequel furent mis les contingents ONU. L&rsquo;ONU avait fait la d\u00e9monstration de sa faiblesse (l&rsquo;\u00e9chec en soi mais aussi lourdeur administrative). Les USA reprirent l&rsquo;initiative, diplomatique d&rsquo;une part (jusqu&rsquo;\u00e0 Rambouillet), militaire d&rsquo;autres part,  tout en s&rsquo;assurant encore d&rsquo;un aval onusien.<br \/>\nLes conditions \u00e9taient cependant r\u00e9unies, du point de vue am\u00e9ricain, pour ne plus prendre en haute consid\u00e9ration les d\u00e9cisions onusiennes et d&rsquo;en revenir \u00e0 une logique d\u00e9cisionnelle am\u00e9ricaine autonome. C&rsquo;est dans ce contexte que les travaux sur la \u00a0\u00bb guerre juste\u00a0\u00bb ont repris et qu&rsquo;ils commen\u00e7aient \u00e0 \u00eatre utilis\u00e9s par les USA, en situation de super-puissance sans concurrence, afin de se donner elle-m\u00eame une ligne de conduite (ou du moins une justification morale \u00e0 usage des media, surtout sans doute par rapport \u00e0 l&rsquo;opinion publique occidentale). S&rsquo;il s&rsquo;agissait de se donner \u00e0 soi-m\u00eame une ligne de conduite comme Etat souverain, on peut dire que la Th\u00e9orie de la Guerre Juste \u00e9tait utilis\u00e9e \u00e0 son juste niveau qui rel\u00e8ve bien, de par ses origines, de l&rsquo; \u00a0\u00bb examen de conscience\u00a0\u00bb ou, en termes plus profanes, d&rsquo;une grille d&rsquo;analyse pouvant aider \u00e0 la d\u00e9cision politique de sagesse. <\/p>\n<p>\n<strong>Le retour des guerres ethniques &lsquo;priv\u00e9es&rsquo;<\/strong><\/p>\n<p>Entretemps, et intimement li\u00e9 \u00e0 la fin de la logique des Blocs d&rsquo;une part et \u00e0 la faiblesse structurelle de nombreux Etats d&rsquo;autre part, un nouveau type de conflit a pris de l&rsquo;extension (en Afrique d&rsquo;abord) o\u00f9, face \u00e0 des revendications ethniques, l&rsquo;Etat lui-m\u00eame se transformait en clan partisan (Liberia, Somalie, Sierra Leone, &#8230;). Il en r\u00e9sulta une d\u00e9r\u00e9gulation compl\u00e8te des conflits, aucune des parties en cause ne s&rsquo;inqui\u00e9tant encore d&rsquo;une quelconque r\u00e9glementation, d\u00fbment sign\u00e9e ou non, inconnue des clans qui ne d\u00e9siraient de tout fa\u00e7on pas s&rsquo;en encombrer, ceci allant de pair avec le caract\u00e8re d\u00e9professionnalis\u00e9 de ces bandes arm\u00e9es et la transformation tr\u00e8s rapide des arm\u00e9es r\u00e9guli\u00e8res en bandes arm\u00e9es tout aussi anarchiques. Structurellement, il ne s&rsquo;agissait plus de conflits entre des Etats constitu\u00e9s ni m\u00eame entre un Etat et une r\u00e9bellion arm\u00e9e mais bien de conflits priv\u00e9s entre chefs rebelles.<br \/>\nDans ce contexte, le scrupule moral d&rsquo;une justification par une Doctrine de la Guerre Juste n&rsquo;avait aucune place, pas plus qu&rsquo;un \u00a0\u00bb Droit de La Haye\u00a0\u00bb ni d&rsquo;un \u00a0\u00bb Droit de Gen\u00e8ve\u00a0\u00bb si patiemment mis au point durant plus d&rsquo;un si\u00e8cle. La Puissance (l&rsquo;ONU ou autre) qui voulait s&rsquo;interposer entre ces parties se trouvait dans une situation dissym\u00e9trique : elle se devait de respecter ces Conventions de mani\u00e8re unilat\u00e9rale (pour ne pas entrer en contradiction avec les valeurs humanitaires au nom desquelles elle entrait en sc\u00e8ne), ce qui constituait un avantage strat\u00e9gique pour ces parties irr\u00e9guli\u00e8res agissant sans aucune entrave. Cette dissym\u00e9trie de type juridique s&rsquo;av\u00e9rait donc d\u00e9favorable \u00e0 des troupes r\u00e9guli\u00e8res. Par contre, ces troupes r\u00e9guli\u00e8res pouvaient compter sur des moyens techniques (communication, observation, armement, soins, &#8230;) constituant une dissym\u00e9trie de type militaire qui lui \u00e9tait largement avantageuse. La parade pour les bandes arm\u00e9es irr\u00e9guli\u00e8res pouvait \u00eatre de deux sortes, soit l&rsquo;\u00e9vitement, soit les techniques de r\u00e9sistances (maquis, sabotage, harc\u00e8lement, tireur isol\u00e9, &#8230;). L&rsquo;une d&rsquo;entre elles (l&rsquo;attentat suicide) n&rsquo;\u00e9tait pas nouvelle mais a pris une extension particuli\u00e8re dans ces conflits dissym\u00e9triques. Cette m\u00e9thode sacrificielle a une efficacit\u00e9 tactique relativement ou tout \u00e0 fait limit\u00e9e mais a des effets sociaux hors-mesure (empoisonnement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de toutes les relations sociales, co\u00fbts s\u00e9curitaires colossaux, climat de terreur, &#8230;). Ces techniques de maquisards (attentats, enl\u00e8vements, extorsion de fonds sous la menace et autres pratiques maffieuses) ne font cependant pas une guerre totale, m\u00eame si chaque \u00e9pisode ou chaque acte est \u00e9ventuellement men\u00e9 avec une intensit\u00e9 totale (volont\u00e9 de tuer et de faire un maximum de d\u00e9g\u00e2ts).<br \/>\nCes conflits sont rest\u00e9s localis\u00e9s mais se sont par contre d\u00e9multipli\u00e9s, toujours \u00e0 la faveur de la fin de la logique des Blocs, aucun n&rsquo;\u00e9tant plus interpr\u00e9t\u00e9 comme pouvant d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer en conflit majeur nucl\u00e9aire. Il y a donc eu dans un premier temps (1990-2000) une d\u00e9responsabilisation de la communaut\u00e9 internationale et en particulier des grands \u00a0\u00bb parrains\u00a0\u00bb. Ce laisser-faire d\u00e9multiplicateur est peut-\u00eatre intentionnel de la part de certaines puissances (strat\u00e9gie \u00e0 long terme de \u00a0\u00bb pourrissement\u00a0\u00bb de certaines zones, travail de sape des puissances concurrentes, multiplication d&rsquo;  \u00a0\u00bb exercices\u00a0\u00bb des arm\u00e9es et entretien des complexes militaro-industriels). Les potentialit\u00e9s des conflits de ce genre est encore \u00e9norme et ne cessera de se renouveler (ne fut-ce qu&rsquo;en fonction de la d\u00e9mographie mondiale). Il ne faudra donc pas attendre la paix d&rsquo;une diminution du nombre de micro-conflits (bien qu&rsquo;\u00e9ventuellement tr\u00e8s meurtriers) mais de leur gestion politique par les \u00a0\u00bb parrains\u00a0\u00bb, l&rsquo;ONU \u00e9tant radicalement impuissante devant les int\u00e9r\u00eats des Puissances. Le principe th\u00e9orique de r\u00e9solution de ces impasses est simple mais sans doute utopique : en politique comme en \u00e9conomie, il faut sortir de la logique du jeu \u00e0 somme nulle (pour que je gagne, il faut que tu perdes) et adopter une logique du jeu \u00e0 somme non-nulle (gagnant-gagnant).<br \/>\nEn tout cas, dans ce genre de nouveaux conflits, il est clair que les crit\u00e8res de la Guerre Juste n&rsquo;ont aucune force. La force vient m\u00eame de leur subversion. Toute cause sera estim\u00e9e subjectivement juste. Etant a-moraux, les acteurs ne se soucieront gu\u00e8re de la droiture d&rsquo;intention. Etant par nature partisan, il n&rsquo;y a par  d\u00e9finition pas d&rsquo;autorit\u00e9 l\u00e9gitime. Ce qui devrait \u00eatre le dernier recours y est en fait utilis\u00e9 comme tout premier recours, la violence \u00e9tant vue comme un moyen direct et imm\u00e9diat. Etant sans strat\u00e9gie globale et\/ou ne comptant que sur l&rsquo;\u00e9nergie du d\u00e9sespoir, les chances raisonnables de succ\u00e8s ne sont m\u00eame pas \u00e9valu\u00e9es, seul compte le succ\u00e8s (maximum de morts et de torts \u00e0 l&rsquo;ennemi) de l&rsquo;op\u00e9ration en cours. Le principe de proportionnalit\u00e9 est spontan\u00e9ment remplac\u00e9 par son contraire, celui du maximin <a name=\"text42\"><a href=\"#vn42\"><sup>[42]<\/sup><\/a>: maximum d&rsquo;effets pour le minimum de moyens. La discrimination ne joue que sur celle d&rsquo;ami \/ ennemi et en aucune fa\u00e7on sur celle de militaire \/ civil et est remplac\u00e9e par la cible la plus facile ou la plus spectaculaire ou la plus symbolique.<br \/>\nFaut-il que les Puissances intervenantes respectent malgr\u00e9 tout les crit\u00e8res de la Guerre Juste ? Si elles interviennent effectivement comme Puissance tierce, elles sont alors dans la position d&rsquo;une Cour de Justice et de ses pouvoirs de police. Le conflit est alors \u00e0 \u00e9valuer non pas du point de vue de la Doctrine de la Guerre Juste mais du Droit positif international (quitte \u00e0 l&rsquo;am\u00e9liorer par un vrai \u00a0\u00bb Droit des peuples\u00a0\u00bb puisqu&rsquo; aussi bien la Charte des Droits de l&rsquo;homme n&rsquo;envisage que des droits individuels&#8230;). L&rsquo;intervention arm\u00e9e est alors \u00e0 mener selon des principes proches de l&rsquo;intervention polici\u00e8re de droit commun sans jamais entrer en contradiction avec les principes d&rsquo;ordre social et de respect humain qu&rsquo;elle veut pr\u00e9cis\u00e9ment d\u00e9fendre.<\/p>\n<p>\n<strong>Le retour de la guerre religieuse<\/strong><\/p>\n<p>Ce qui vient d&rsquo;\u00eatre dit du conflit dissym\u00e9trique est largement valable pour les guerres et actes de guerre perp\u00e9tr\u00e9s de mani\u00e8re abusive ou autoris\u00e9e au nom de l&rsquo;islam, ou m\u00eame, plus sp\u00e9cifiquement, au titre de la djihad (\u00a0\u00bb guerre sainte\u00a0\u00bb) <a name=\"text43\"><a href=\"#vn43\"><sup>[43]<\/sup><\/a>. Le concept n&rsquo;est pas nouveau ; il est aussi ancien que l&rsquo;islam m\u00eame dont il n&rsquo;est pas une d\u00e9rive fanatique mais un \u00e9l\u00e9ment constituant et permanent (sauf une p\u00e9riode de faiblesse entre 1920 et 1980). Ce qui est nouveau, c&rsquo;est son activation concr\u00e8te dans notre contexte contemporain que l&rsquo;on croyait s\u00e9cularis\u00e9, avec les technologies accessibles actuellement, le financement consid\u00e9rable dont il dispose et l&rsquo;efficience des moyens de communication (ce dont les Guerres de religion europ\u00e9ennes du 17\u00b0s. n&rsquo;ont jamais dispos\u00e9). A la diff\u00e9rence des actes terroristes perp\u00e9tr\u00e9s par des musulmans mais entrant dans la cat\u00e9gorie des \u00a0\u00bb guerres priv\u00e9es\u00a0\u00bb de type clanique, ou dans celle des \u00a0\u00bb guerres de lib\u00e9ration\u00a0\u00bb, le djihad a des r\u00e8gles pr\u00e9cises et connues <a name=\"text44\"><a href=\"#vn44\"><sup>[44]<\/sup><\/a>. Sur bien des points et malgr\u00e9 son vocabulaire archa\u00efque, elles ne sont pas tr\u00e8s diff\u00e9rentes des Conventions occidentales (Droit de Gen\u00e8ve, Droit de La Haye), sauf que la discrimination religieuse y est un crit\u00e8re d\u00e9terminant.  Si on voulait appliquer la Doctrine de la Guerre Juste comme grille d&rsquo;analyse au djihad, on pourrait dire que: <br \/>\n&#8211; Le djihad est par principe une cause juste puisque la motivation religieuse est la seule qui puisse fonder la guerre sainte et que la motivation religieuse est toujours juste.<br \/>\n&#8211; L&rsquo;intention doit rester droite c-\u00e0-d. exclusivement religieuse et donc ne pas \u00eatre guid\u00e9e par des int\u00e9r\u00eats mat\u00e9riels ou de pouvoir, m\u00eame si ces \u00e9l\u00e9ments peuvent \u00eatre des cons\u00e9quences annexes m\u00e9rit\u00e9es <a name=\"text45\"><a href=\"#vn45\"><sup>[45]<\/sup><\/a>. <br \/>\n&#8211; L&rsquo;autorit\u00e9 l\u00e9gitime ne peut \u00eatre qu&rsquo;une autorit\u00e9 religieuse. Id\u00e9alement, ce devrait \u00eatre le Calife. Depuis l&rsquo;abolition du califat par Kemal en 1924, il manque d&rsquo;une autorit\u00e9 l\u00e9gitime pour l&rsquo;ensemble du monde islamique et cela provoque en effet une certaine anarchie dans les d\u00e9clarations de la djihad et dans son contr\u00f4le. Divers mouvements islamistes militent d&rsquo;ailleurs pour la restauration du Califat.<br \/>\n&#8211; La guerre ne doit pas \u00eatre le premier recours mais le recours \u00e0 la guerre ne suscite pas du tout le m\u00eame scrupule de conscience que dans la Doctrine de la Guerre Juste. En l&rsquo;occurrence, la soumission \u00e0 l&rsquo;islam doit toujours \u00eatre pr\u00e9alablement propos\u00e9e avant une d\u00e9claration de guerre car le probl\u00e8me se poserait autrement avec des populations pr\u00eates \u00e0 se convertir qu&rsquo;avec des infid\u00e8les, des idol\u00e2tres ou des m\u00e9cr\u00e9ants.<br \/>\n&#8211; Au niveau des chances de succ\u00e8s, le Coran pr\u00e9voit que si l&rsquo;on se sent sup\u00e9rieur, il faut combattre <a name=\"text46\"><a href=\"#vn46\"><sup>[46]<\/sup><\/a>. L&rsquo;engagement doit \u00eatre total <a name=\"text47\"><a href=\"#vn47\"><sup>[47]<\/sup><\/a> mais il n&rsquo; y a pas d&rsquo;obligation de r\u00e9sultat, la victoire appartenant \u00e0 Dieu seul. Si on ne se sent pas en position de force, on peut attendre des temps meilleurs et accepter temporairement une situation de compromis (dar-el-suhl).<\/p>\n<p>Cette mani\u00e8re de comprendre les crit\u00e8res de la Guerre Juste est en contradiction avec le Droit International sur certains points importants, tels que la non discrimination sur base religieuse et le principe de la s\u00e9paration du religieux et du politique. A fortiori, la vision islamiste du monde est-elle en contradiction totale avec ce Droit sur d&rsquo;autre points encore, tout aussi fondamentaux : la volont\u00e9 de recr\u00e9er un monde musulman homog\u00e8ne totalement \u00e9pur\u00e9 des \u00e9l\u00e9ments (et m\u00eame du pass\u00e9) non-musulmans, de r\u00e9instaurer l&rsquo;inf\u00e9riorisation sociale de la femme, de r\u00e9instaurer la<br \/>\nSharia (Droit directement d\u00e9riv\u00e9 d&rsquo;une interpr\u00e9tation litt\u00e9rale du Coran, \u00e0 la diff\u00e9rence de Fiqh, d\u00e9riv\u00e9 du Coran par analogie) et quelques autres points \u00e0 leur programme&#8230; Ces points sont en contradiction flagrante avec le Droit International et devraient \u00eatre poursuivis et sanctionn\u00e9s de mani\u00e8re syst\u00e9matique par les Tribunaux. Le probl\u00e8me est qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas de simples infractions mais d&rsquo;infractions commises au nom d&rsquo;une autre source de Droit de type \u00a0\u00bb coutumier\u00a0\u00bb et que, du point de vue musulman, ce Droit International n&rsquo;est lui aussi qu&rsquo;un droit coutumier occidental. Le dilemme est grave: ou bien on accepte cette d\u00e9rive ethnico-religieuse et alors c&rsquo;est la faillite du Droit International ou bien on prend les moyens de faire respecter le Droit International quitte \u00e0 le red\u00e9finir (non pas dans le sens de concessions \u00e0 l&rsquo;ethnico-religieux mais en vue de cerner ce qui est vraiment fondamental \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9 de l&rsquo;homme au-del\u00e0 des cultures et des religions). En tout cas, on se situe au niveau du d\u00e9bat civilisationnel et non, d&#8217;embl\u00e9e, au niveau de la \u00a0\u00bb guerre juste\u00a0\u00bb. Il est curieux que l&rsquo;on en soit l\u00e0 car, en fait, les gouvernements des nations musulmanes ont souscrit au Droit International. Mais le combat des mouvements religieux islamistes est pr\u00e9cis\u00e9ment de remplacer ces gouvernants \u00a0\u00bb impies\u00a0\u00bb par des musulmans authentiques qui appliqueront les seules r\u00e8gles musulmanes, et ce, manifestement, avec le soutien des masses populaires, y compris en \u00e9migration. Certes, ce soutien a \u00e9t\u00e9 d\u00fbment \u00a0\u00bb travaill\u00e9\u00a0\u00bb mais ce travail des mouvements islamistes a r\u00e9ussi <a name=\"text48\"><a href=\"#vn48\"><sup>[48]<\/sup><\/a>. Les attentats spectaculaires islamistes font, de toute \u00e9vidence, partie de ce \u00a0\u00bb travail\u00a0\u00bb. Ils redonnent un sentiment de fiert\u00e9 et d&rsquo;efficacit\u00e9 au monde musulman (certains d\u00e9sapprouvent mais il n&rsquo;y a jamais de protestations de masse), ils acc\u00e9l\u00e8rent les processus de concessions ethnico-religieuses par les pays occidentaux aux musulmans \u00a0\u00bb mod\u00e9r\u00e9s\u00a0\u00bb (dont l&rsquo;objectif d&rsquo;islamisation est le m\u00eame),  ils suscitent la collaboration des traditionnelles gauches anarchistes europ\u00e9ennes (qui y trouvent un alli\u00e9 pr\u00e9cieux pour la d\u00e9stabilisation de l&rsquo;establishment). S&rsquo;il y a une guerre \u00e0 d\u00e9clarer, ce n&rsquo;est donc pas par rapport \u00e0 ces attentats mais par rapport \u00e0 l&rsquo;ensemble de ce processus. Mais il s&rsquo;agit l\u00e0 d&rsquo;une guerre id\u00e9ologique qui ne se gagne pas avec des canons.<\/p>\n<p>\n<strong>NOUVEAUX CONFLITS<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Les 5 D<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\t* d\u00e9multipli\u00e9s<br \/>\n\t* d\u00e9localis\u00e9s<br \/>\n\t* dissym\u00e9triques<br \/>\n\t* d\u00e9r\u00e9gul\u00e9s<br \/>\n\t* d\u00e9professionnalis\u00e9s<\/p>\n<p>\n<strong>La guerre pr\u00e9ventive<\/strong><\/p>\n<p>Faut-il attendre qu&rsquo;il y ait des attentats pour r\u00e9agir? Comme telle la question est mal pos\u00e9e et pr\u00eate \u00e0 toutes les d\u00e9rives (et au renforcement du cercle vicieux de la logique de la violence). Comme on la dit, s&rsquo;il y a attentat (fait objectif effectu\u00e9), il faut r\u00e9agir selon les voies de droit et usage de la force dans les limites du droit. L&rsquo;usage de la force de mani\u00e8re \u00a0\u00bb pr\u00e9-emptive\u00a0\u00bb (ou \u00a0\u00bb interceptive\u00a0\u00bb) (attentat en cours d&rsquo;ex\u00e9cution) est \u00e9videmment justifi\u00e9 mais non celui de mani\u00e8re \u00a0\u00bb pr\u00e9ventive\u00a0\u00bb qui ouvre la porte \u00e0 tous les abus <a name=\"text49\"><a href=\"#vn49\"><sup>[49]<\/sup><\/a> et toutes les d\u00e9rives o\u00f9 les \u00e9l\u00e9ments \u00e9motionnels, la m\u00e9diatisation truqu\u00e9e, les faux renseignements, les analyses subjectives, tronqu\u00e9es, de mauvaise foi, &#8230; ont beaucoup trop de place. Cette question n&rsquo;est pas nouvelle. Vittoria l&rsquo;avait d\u00e9j\u00e0 trait\u00e9e et avait conclu : \u00a0\u00bb nul ne peut \u00eatre puni pour une faute qu&rsquo;il n&rsquo;a pas encore commise\u00a0\u00bb. Mais il est vrai aussi qu&rsquo;en morale chr\u00e9tienne classique, il est permis d&#8217;emp\u00eacher quelqu&rsquo;un de faire la mal, pr\u00e9ventivement (cas de l'\u00a0\u00bboccasio proxima\u00a0\u00bb). Reste \u00e0 \u00e9valuer si ce principe, con\u00e7u \u00e0 partir de la morale priv\u00e9e, peut \u00eatre \u00e9tendu, par simple analogie, aux relations internationales. Comme dans toute situation douteuse, un principe de prudence serait au moins d&rsquo;application. Il n&rsquo;y aurait par contre aucune objection \u00e0 ce qu&rsquo;une \u00a0\u00bb guerre pr\u00e9ventive\u00a0\u00bb soit men\u00e9e avec des moyens non arm\u00e9s, dans le cadre et les m\u00e9thodes habituelles du Renseignement, de l&rsquo;instruction judiciaire et mesures conservatoires l\u00e9gales.<br \/>\nA cet \u00e9gard, la nouvelle doctrine de l&rsquo;OTAN, adopt\u00e9e dans l&rsquo;indiff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale <a name=\"text50\"><a href=\"#vn50\"><sup>[50]<\/sup><\/a>,  s&rsquo;\u00e9tendant au concept de s\u00e9curit\u00e9 et non plus seulement de d\u00e9fense, s&rsquo;av\u00e8re tr\u00e8s dangereuse. Le principe en a l&rsquo;air admissible et ne semble pas offensif mais il inclut subrepticement la notion de pr\u00e9vention avec toutes ses d\u00e9rives possibles. Il n&rsquo;a pas fallu attendre longtemps pour que l&rsquo;argument de la \u00a0\u00bb s\u00e9curit\u00e9 des approvisionnements \u00e9nerg\u00e9tiques\u00a0\u00bb (et autres mati\u00e8res premi\u00e8res indispensables \u00e0 l&rsquo;industrie, ou mati\u00e8res rares ou tr\u00e8s localis\u00e9es) soit invoqu\u00e9. Le tr\u00e8s mercantiliste Grotius l&rsquo;avait d\u00e9j\u00e0 utilis\u00e9 en son temps au profit de la puissance hollandaise (et m\u00eame Vittoria au profit de la puissance espagnole) au nom d&rsquo;un \u00a0\u00bb droit de commerce\u00a0\u00bb. De l\u00e0, il n&rsquo;y aurait qu&rsquo;un pas pour l&rsquo;\u00e9tendre \u00e0 un \u00a0\u00bb contr\u00f4le des march\u00e9s\u00a0\u00bb. C&rsquo;est bien ainsi que l&rsquo;Angleterre du 19\u00b0 si\u00e8cle l&rsquo;avait compris. Le commerce international a le plus souvent eu recours \u00e0 une force arm\u00e9e pour d\u00e9fendre ses int\u00e9r\u00eats (\u00e0 commencer par les chevaliers teutoniques, d\u00e8s le 13\u00b0s. !) ou, au mieux, le respect des conventions internationales de commerce. Il n&rsquo;en ira pas autrement pour notre \u00e9poque de mondialisation effective et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e du commerce. Ce point de vue est sans doute d\u00e9fendable, au nom m\u00eame de l&rsquo;acc\u00e8s pour tous aux ressources communes de la Terre <a name=\"text51\"><a href=\"#vn51\"><sup>[51]<\/sup><\/a>. Rappelons-nous cependant que des Conventions justes \u00e9viteront d\u00e9j\u00e0 bien des conflits. C&rsquo;est plut\u00f4t aux conditions d&rsquo;une Paix Juste  qu&rsquo;il faudrait r\u00e9fl\u00e9chir qu&rsquo;\u00e0 celles d&rsquo;une Guerre Juste.<\/p>\n<p>\n<strong>Le probl\u00e8me d&rsquo;une autorit\u00e9 supra-nationale<\/strong><\/p>\n<p>On se rappelle le raisonnement de Vittoria suivant lequel les conflits arm\u00e9s ne subsistent que par d\u00e9faut d&rsquo;une autorit\u00e9 supra-nationale qui permettrait de les r\u00e9soudre par arbitrage. L&rsquo;id\u00e9e \u00e9tait ancienne puisqu&rsquo;elle \u00e9tait n\u00e9e dans l&rsquo;orbite de l&#8217;empire carolingien et entretenue au profit du Saint Empire germanique. La papaut\u00e9 y avait pr\u00e9tendu aussi. Vittoria d\u00e9niait ce pouvoir d&rsquo;arbitrage tant \u00e0 une super-puissance (le Saint Empire) qu&rsquo;\u00e0 une autorit\u00e9 religieuse (la papaut\u00e9) puisqu&rsquo;aussi bien le \u00a0\u00bb consensus\u00a0\u00bb religieux avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9clat\u00e9 \u00e0 ce moment-l\u00e0 en Europe. D&rsquo;o\u00f9 la \u00a0\u00bb modernit\u00e9\u00a0\u00bb de Vittoria (peut-\u00eatre motiv\u00e9e au d\u00e9part par son nationalisme espagnol&#8230;). Depuis lors, l&rsquo;id\u00e9e avait \u00e9t\u00e9 reprise par l&rsquo;abb\u00e9 de Saint Pierre <a name=\"text52\"><a href=\"#vn52\"><sup>[52]<\/sup><\/a> et par Kant <a name=\"text53\"><a href=\"#vn53\"><sup>[53]<\/sup><\/a>, ainsi que par Taparelli en 1843. Il fut question de ces id\u00e9es lors de la fondation de la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations en 1920 mais c&rsquo;est sur une base inter-nationaliste (et non supra-nationale) qu&rsquo;elle fut con\u00e7ue. Malgr\u00e9 l&rsquo;\u00e9chec du mod\u00e8le, c&rsquo;est encore sur cette base que fut fond\u00e9e l&rsquo;Organisation des Nations Unies en 1945. Savamment neutralis\u00e9e, torpill\u00e9e, colonis\u00e9e par l&rsquo;une ou l&rsquo;autre Puissance ou coalition de pays et volontairement d\u00e9munie de moyens de coercition, l&rsquo;institution ne s&rsquo;est pas encore montr\u00e9e tr\u00e8s efficace. De plus, \u00e9tant con\u00e7u comme un forum des Etats-Nations, l&rsquo;ONU ne permet pas aux \u00a0\u00bb peuples\u00a0\u00bb d&rsquo;avoir une tribune politique. A d\u00e9faut, ces peuples <a name=\"text54\"><a href=\"#vn54\"><sup>[54]<\/sup><\/a>, s&rsquo;ils estiment avoir de graves motifs d&rsquo;insatisfaction, auront donc recours \u00e0 la violence pour les faire valoir. Ces peuples, ne connaissant pas les fronti\u00e8res (souvent artificielles, souvent ignorantes de l&rsquo;histoire, impos\u00e9es par des puissances qui se sont bien souvent am\u00e9nag\u00e9 des casus belli de r\u00e9serve), repr\u00e9sentent souvent des probl\u00e8mes transfrontaliers (les Kurdes par exemple) et se pr\u00eatent \u00e0 diverses instrumentalisations. Th\u00e9oriquement, une solution institutionnelle assez simple serait de cr\u00e9er une deuxi\u00e8me Assembl\u00e9e : une Assembl\u00e9e des Peuples, n&rsquo;impliquant aucune reconnaissance statutaire ni droit de vote mais acc\u00e8s \u00e0 la parole et droit d&rsquo;interpellation, ce qui pourrait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9samorcer de nombreux probl\u00e8mes de la cat\u00e9gorie ethnique.<br \/>\nLe concept actuel du Conseil de S\u00e9curit\u00e9 est \u00e9galement h\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;une situation historique d\u00e9pass\u00e9e et qui a paralys\u00e9 (et donc discr\u00e9dit\u00e9) l&rsquo;ONU comme moyen de r\u00e9soudre les conflits jusqu&rsquo;en 1990. Plut\u00f4t que de discuter d&rsquo;\u00e9largissement, une toute autre conception serait imaginable, plus propre \u00e0 g\u00e9rer les conflits : de cr\u00e9er une structure de Conseils de S\u00e9curit\u00e9 ad-hoc (pour chaque conflit d\u00e9clar\u00e9 ou risquant de l&rsquo;\u00eatre) r\u00e9unissant tous les pays impliqu\u00e9s (militairement et\/ou frontali\u00e8rement), les pays en conflit choisissant chacun une Puissance tierce comme \u00a0\u00bb avocat\u00a0\u00bb de sa cause.<br \/>\nPar ailleurs, pour d\u00e9samorcer les \u00a0\u00bb choc de civilisations\u00a0\u00bb (qu&rsquo;il ne suffit pas de nier pour rendre inexistant !), puisqu&rsquo;en tout cas, pour le moment au moins, la \u00a0\u00bb civilisation\u00a0\u00bb islamique veut se pr\u00e9senter comme homog\u00e8ne et se positionne elle-m\u00eame comme ennemie de toutes les autres, une Haute Cour devrait regrouper, non pas les Puissances (ce serait accepter le crit\u00e8re de force comme crit\u00e8re de droit) mais ces \u00a0\u00bb civilisations\u00a0\u00bb. La nomenclature de Huntington est assez pertinente (aucun argument convainquant ne l&rsquo;a encore infirm\u00e9e). Elle aurait comme comp\u00e9tence la r\u00e9vision \u00e0 \u00e9ch\u00e9ance r\u00e9guli\u00e8re de la Charte des Nation-Unies et des Droits de l&rsquo;Homme et autres textes l\u00e9gislatifs (puisque le monde a opt\u00e9 pour un droit contractuel et non naturel, il faut aller jusqu&rsquo;au bout de cette logique) <a name=\"text55\"><a href=\"#vn55\"><sup>[55]<\/sup><\/a> et son interpr\u00e9tation authentique en cas de conflit d&rsquo;interpr\u00e9tation. Cependant, les \u00a0\u00bb civilisations\u00a0\u00bb ne seraient pas l\u00e0 pour d\u00e9fendre leur point de vue mais, suivant les r\u00e8gles de la discussion habermassienne, pour mener la discussion purement rationnelle au-del\u00e0 des particularit\u00e9s de chacun afin de rejoindre le noyau dur du bien commun de l&rsquo;humanit\u00e9 de l&rsquo;homme. Plut\u00f4t que le \u00a0\u00bb voile d&rsquo;ignorance\u00a0\u00bb de Rawls (dont on voit bien l&rsquo;int\u00e9r\u00eat d&rsquo;objectivation des probl\u00e8mes), il s&rsquo;agirait de volont\u00e9 de d\u00e9passement du soi particulier pour rejoindre l&rsquo;universel (tel qu&rsquo;il peut \u00eatre le moins mal formul\u00e9 \u00e0 tel moment donn\u00e9 de l&rsquo;histoire).<br \/>\nEntretemps, la communaut\u00e9 internationale doit \u00eatre bien consciente que, manifestement, il n&rsquo;y a pas de Droits de l&rsquo;homme comme on voulait le faire croire na\u00efvement. Il ne suffit pas qu&rsquo;un texte soit sign\u00e9 par des repr\u00e9sentants politiques pour qu&rsquo;ils soient \u00a0\u00bb re\u00e7us\u00a0\u00bb. La r\u00e9ception des lois est un \u00e9l\u00e9ment capital, sous peine de tomber dans l&rsquo;anomie. Il aura en tout cas suffit que certaines mouvances revendiquent le retour \u00e0 des lois religieuses (comme la Sharia) pour que des Droits de l&rsquo;homme \u00a0\u00bb inali\u00e9nables\u00a0\u00bb soient bafou\u00e9s en toute impunit\u00e9. La solution \u00e0 cet \u00e9gard n&rsquo;est pas guerri\u00e8re mais, si on y croit, il faut absolument poursuivre p\u00e9nalement chaque infraction au Droit International, partout, chaque fois. Les instruments l\u00e9gislatifs existent (et peuvent \u00eatre am\u00e9lior\u00e9s). Les institutions existent ou peuvent exister. Les moyens de coercition pourraient \u00eatre mis \u00e0 la hauteur, si la volont\u00e9 politique existait. Leur renforcement co\u00fbterait beaucoup moins cher en argent et en d\u00e9g\u00e2ts humains que les guerres punitives ou pr\u00e9ventives actuelles (mais cela n&rsquo;arrangerait pas les int\u00e9r\u00eats particularistes) .<\/p>\n<p>\n<strong>Conclusion<\/strong><\/p>\n<p>La doctrine de la Guerre Juste n&rsquo;est plus ad\u00e9quate. Sa r\u00e9utilisation en politique internationale ne peut qu&rsquo;\u00eatre opportuniste et dangereuse. Par contre, comme \u00a0\u00bb sagesse des nations\u00a0\u00bb, elle garde tout son int\u00e9r\u00eat. De plus, \u00e0 titre volontaire, elle peut toujours servir d&rsquo;instrument de d\u00e9lib\u00e9ration en for interne, \u00e9tant bien entendu que la satisfaction \u00e0 l&rsquo;un ou l&rsquo;autre crit\u00e8re ou \u00e0 tous les crit\u00e8res ne donne aucun \u00a0\u00bb droit\u00a0\u00bb.<br \/>\nComme l&rsquo;avait imagin\u00e9 Vittoria, la vraie solution qui devait rendre caduc le recours \u00e0 une doctrine de la Guerre Juste subjective et discr\u00e9tionnaire, c&rsquo;\u00e9tait de vraies institutions supra-nationales. L&rsquo;\u00e9mergence des Etats-Nations a fait la faillite des id\u00e9es de Vittoria. Aussi longtemps qu&rsquo;on s&rsquo;en teindra \u00e0 ce concept o\u00f9 chacun d\u00e9fend \u00a0\u00bb ses\u00a0\u00bb int\u00e9r\u00eats, m\u00eame contre l&rsquo;int\u00e9r\u00eat commun, il n&rsquo;y aura pas de paix possible. <br \/>\nComme l&rsquo;avait pr\u00e9conis\u00e9 Thomas d&rsquo;Aquin, la gouvernance du monde doit \u00eatre s\u00e9cularis\u00e9e, toute th\u00e9ocratie au nom d&rsquo;une religion particuli\u00e8re \u00e9tant contraire \u00e0 la libert\u00e9 humaine et \u00e9tant par essence facteur bellig\u00e8ne. Ce n&rsquo;est cependant qu&rsquo;\u00e0 partir du moment o\u00f9 une th\u00e9ocratie commet des actes belliqueux qu&rsquo;elle peut faire l&rsquo;objet de guerre d\u00e9fensive. Pour le reste, elle doit \u00eatre combattue par les voies de Droit, chaque fois qu&rsquo;il y a infraction au Droit.<br \/>\nLa paix sera le fruit de la justice. Non pas seulement au sens d&rsquo;une justice g\u00e9n\u00e9rale et id\u00e9ale (que l&rsquo;on pourra toujours prendre en d\u00e9faut) mais au sens d&rsquo;une justice p\u00e9nale (l\u00e0 o\u00f9 il y a infraction consciente et caract\u00e9ris\u00e9e et non simple manquement). Le Droit International, par g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 mal plac\u00e9e, confond constamment droits moraux et droits r\u00e9els, objectifs, d\u00e9valuant l&rsquo;ensemble ou rendant inapplicable l&rsquo;ensemble. En effet, la non-r\u00e9alisation pl\u00e9ni\u00e8re de la justice g\u00e9n\u00e9rale ne peut servir de pr\u00e9texte \u00e0 l&rsquo;impunit\u00e9 par rapport \u00e0 des infractions particuli\u00e8res \u00e0 ce Droit positif.<br \/>\nLes Droits de l&rsquo;Homme ne doivent pas non plus devenir une religion la\u00efque dont l&rsquo;ONU serait le Grand Temple et ses fonctionnaires les pr\u00eatres. Le Droit doit rester une mati\u00e8re positive, non-id\u00e9aliste, soumise \u00e0 la discussion rationnelle (et non simplement majoritaire:  le nombre ne fait pas la v\u00e9rit\u00e9, ni le Droit!) sans privil\u00e8ge ni religieux, ni ethnique.<\/p>\n<table cellpadding=\"5\" cellspacing=\"0\" border=\"0\">\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn0\"><\/a>(<a href=\"#text0\">0<\/a>)<\/td>\n<td>\u00a0\u00bb Si on te frappe sur la joue droite, &#8230;.\u00a0\u00bb (Mtt. 5,38-40)<br \/>\n \u00a0\u00bb Qui prendra le glaive p\u00e9rira par le glaive &#8230;.\u00a0\u00bb (Mtt.26,52)<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn1\"><\/a>(<a href=\"#text1\">1<\/a>)<\/td>\n<td>Ainsi, Tertullien dans le de Corona (particuli\u00e8rement le \u00a7 11), \u00e9crit vers 211<br \/>\nou Orig\u00e8ne dans son Exhortation au martyre, r\u00e9dig\u00e9 en 235.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn2\"><\/a>(<a href=\"#text2\">2<\/a>)<\/td>\n<td>Augustin dans La Cit\u00e9 de Dieu (au livre 19), termin\u00e9 en 427.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn3\"><\/a>(<a href=\"#text3\">3<\/a>)<\/td>\n<td>Augustin, comme tous les chr\u00e9tiens jusqu&rsquo;au 5\u00b0s. et malgr\u00e9 les pers\u00e9cutions, appr\u00e9ciait grandement la \u00a0\u00bb pax romana\u00a0\u00bb et a \u00e9t\u00e9 terrifi\u00e9 par la chute de Rome en 410 sous les coups des barbares wisigothiques d&rsquo;Alaric. Il avait clairement conscience que le monde allait entrer dans une p\u00e9riode de trouble. Certes, dans la Cit\u00e9 de Dieu (ouvrage \u00e9crit en lien direct avec la chute de Rome), Augustin d\u00e9value la cit\u00e9 terrestre au profit de la cit\u00e9 c\u00e9leste mais il ne fait pas de doute que, comme cit\u00e9 terrestre, il prend fait et cause pour l&#8217;empire romain.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn4\"><\/a>(<a href=\"#text4\">4<\/a>)<\/td>\n<td>Cic\u00e9ron dans le de Officiis, sa derni\u00e8re &#339;uvre, \u00e9crite en 44-43 avant J-C. L&rsquo;argument est le suivant : ne pas s&rsquo;opposer, quand on le peut, \u00e0 l&rsquo;injustice commise par d&rsquo;autres est une faute car c&rsquo;est laisser faire l&rsquo;injustice et donc laisser porter atteinte au genre humain. Augustin reprend l&rsquo;argument tel quel dans son contra Faustum XXII,74.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn5\"><\/a>(<a href=\"#text5\">5<\/a>)<\/td>\n<td>V\u00e9rification si Rome \u00e9tait li\u00e9 par un Trait\u00e9, proposition de paix, d\u00e9claration de guerre en bonne et due forme, rituel du sacrifice, rituel du lancer du javelot en direction ennemie, tout ceci sous la direction du clerg\u00e9 f\u00e9cial, devenu v\u00e9ritable gardien des Trait\u00e9s et premier corps constitu\u00e9 d&rsquo;ambassadeurs.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn6\"><\/a>(<a href=\"#text6\">6<\/a>)<\/td>\n<td>Jules C\u00e9sar, dans le de Bello Gallico, livre V, 19.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn7\"><\/a>(<a href=\"#text7\">7<\/a>)<\/td>\n<td>Isidorus Hispalensis, Etymologiarun , livre 18, in PL 82, col. 639.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn8\"><\/a>(<a href=\"#text8\">8<\/a>)<\/td>\n<td>Dans sa Lettre aux Bulgares.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn9\"><\/a>(<a href=\"#text9\">9<\/a>)<\/td>\n<td>De Bono Pacis (1056).<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn10\"><\/a>(<a href=\"#text10\">10<\/a>)<\/td>\n<td>Yvo Carnutensis, Decretum, in PL 161, col. 47-1022.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn11\"><\/a>(<a href=\"#text11\">11<\/a>)<\/td>\n<td>Abelardus, Sic et non, in PL  178, col.1339-1610 et sp\u00e9cialement 1608<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn12\"><\/a>(<a href=\"#text12\">12<\/a>)<\/td>\n<td>Gratianus, Decretum, Causa 23, in Corpus Iuris Canonici, t.1, col 889, Leipzig, 1879.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn13\"><\/a>(<a href=\"#text13\">13<\/a>)<\/td>\n<td>Thomas d&rsquo;Aquin, Somme Th\u00e9ologique, Secunda Secundae, Question 40.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn14\"><\/a>(<a href=\"#text14\">14<\/a>)<\/td>\n<td>Repr\u00e9sent\u00e9es le pape Urbain II, Pierre l&rsquo;ermite,  Bernard de Clairvaux,&#8230;<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn15\"><\/a>(<a href=\"#text15\">15<\/a>)<\/td>\n<td>Raymundus de Pennafort, Summa de casibus, II, \u00a7 17 \u00e0 19.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn16\"><\/a>(<a href=\"#text16\">16<\/a>)<\/td>\n<td>Il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent dans la Lettre aux Bulgares d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9e, du pape Nicolas I.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn17\"><\/a>(<a href=\"#text17\">17<\/a>)<\/td>\n<td>Francesco de Vittoria, 1483-1546, dominicain de l&rsquo;\u00e9cole scolastique espagnole de Salamanque, dans sa Relectio de Iure belli (= de Indis II) datant de 1539 (\u00e9dition compl\u00e8te : Le\u00e7ons sur les Indiens et le Droit de la guerre, Gen\u00e8ve, Droz, 1966 ; traduction dans Vanderpol, La guerre devant le christianisme, Paris, 1911; extraits en fran\u00e7ais dans Martin, Vitoria et la le\u00e7on sur les Indiens, Cerf, Paris, 1997; ainsi que, et surtout, \u00e0 l&rsquo;occasion de son commentaire de St Thomas sur la question 40 (Salamanca, 1932, texte latin uniquement).<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn18\"><\/a>(<a href=\"#text18\">18<\/a>)<\/td>\n<td>Vittoria emploie les termes civis \/ miles. Sa cat\u00e9gorie miles est assez large ; \u00e0 certains endroits, elle comprend \u00a0\u00bb tous ceux qui peuvent porter les armes\u00a0\u00bb.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn19\"><\/a>(<a href=\"#text19\">19<\/a>)<\/td>\n<td>La question 40 se formulait ainsi : Utrum bellare semper sit peccatum  (est-ce que faire la guerre est toujours un p\u00e9ch\u00e9)?<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn20\"><\/a>(<a href=\"#text20\">20<\/a>)<\/td>\n<td>C&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 le principe d\u00e9fendu par Antonin de Florence o.p. (1389-1459) dans sa Somme th\u00e9ologique.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn21\"><\/a>(<a href=\"#text21\">21<\/a>)<\/td>\n<td>Thomas de Vio, dit Cajetan (1468-1534), o.p., par ailleurs grand contradicteur de Luther, dans son commentaire sur la Question 40 de Thomas d&rsquo;Aquin.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn22\"><\/a>(<a href=\"#text22\">22<\/a>)<\/td>\n<td>J\u00e9suite espagnol (1548-1617), grand commentateur thomiste (connaissant l&rsquo;&#339;uvre de Vittoria) mais ayant aussi jou\u00e9 un r\u00f4le politique important comme conseiller et ambassadeur du pape (contre Jacques I d&rsquo;Ecosse et aussi par rapport au vice-roi du Portugal).<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn23\"><\/a>(<a href=\"#text23\">23<\/a>)<\/td>\n<td>Dans son Trait\u00e9 de Caritate, disp.13 de Bello, section IV, n\u00b010 dans le volume 12 de ses &#339;uvres compl\u00e8tes (texte latin uniquement). Traduction en fran\u00e7ais de ce de Bello dans Vanderpol, La doctrine scolastique du droit de la guerre, Pedone, Paris, 1935.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn24\"><\/a>(<a href=\"#text24\">24<\/a>)<\/td>\n<td>Chez Suarez, ce crit\u00e8re appara\u00eet dans son commentaire de la \u00a0\u00bb cause juste\u00a0\u00bb de St Thomas (in de Bello). En fait, le principe avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 explicitement formul\u00e9 par Soto (1494-1560), autre dominicain espagnol de Salamanque.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn25\"><\/a>(<a href=\"#text25\">25<\/a>)<\/td>\n<td>\u00c0 t\u00e9moin, le principe cujus regio, ejus religio de la Paix d&rsquo;Augsbourg de 1555 ; ainsi que les dispositions du  Trait\u00e9 de Westphalie de 1648 ; etc&#8230;<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn26\"><\/a>(<a href=\"#text26\">26<\/a>)<\/td>\n<td>Les Eglises r\u00e9form\u00e9es avaient pris fait et cause pour le Droit des Nations d&rsquo;une part et le Droit des Gens d&rsquo;autre part.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn27\"><\/a>(<a href=\"#text27\">27<\/a>)<\/td>\n<td>Voir Histoire de l&rsquo;Eglise, ss.dir. Fliche et Martin, Bloud et Gay, Paris, 1948, vol.19, t.1 et 2.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn28\"><\/a>(<a href=\"#text28\">28<\/a>)<\/td>\n<td>Voir Aubert, le pontificat de Pie IX, vol.21 de Fliche et Martin.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn29\"><\/a>(<a href=\"#text29\">29<\/a>)<\/td>\n<td>Dans son trait\u00e9 Saggio teoretico di Dritto Naturale (1840-3).<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn30\"><\/a>(<a href=\"#text30\">30<\/a>)<\/td>\n<td>Dans du Pape, 1819.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn31\"><\/a>(<a href=\"#text31\">31<\/a>)<\/td>\n<td>Kolb, Robert, Ius in bello, le droit international des conflits arm\u00e9s, Pr\u00e9cis,  Bruylant, Bruxelles, 2003.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn32\"><\/a>(<a href=\"#text32\">32<\/a>)<\/td>\n<td>Pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e par la D\u00e9claration de St P\u00e9tersbourg de 1868 (ne pas causer des souffrances inutiles).<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn33\"><\/a>(<a href=\"#text33\">33<\/a>)<\/td>\n<td>Y. de la Bri\u00e8re, s.j., Regout, R., Van der Pol, A., le groupe de Fribourg.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn34\"><\/a>(<a href=\"#text34\">34<\/a>)<\/td>\n<td>Dans l&rsquo;encyclique Pacem, Dei Munus,  1920.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn35\"><\/a>(<a href=\"#text35\">35<\/a>)<\/td>\n<td>Voir Coste, R., Le probl\u00e8me du droit de la guerre dans la pens\u00e9e de Pie XII, 1962. Un des chapitres (le 11\u00b0) est intitul\u00e9: \u00a0\u00bb La disparition de la guerre juste\u00a0\u00bb.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn36\"><\/a>(<a href=\"#text36\">36<\/a>)<\/td>\n<td>Pax Christi, par exemple, n\u00e9 en 1944.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn37\"><\/a>(<a href=\"#text37\">37<\/a>)<\/td>\n<td>Comblin, J., Th\u00e9ologie de la paix, \u00e9d. Universitaires, Paris, 1963 ; Coste, R., Th\u00e9ologie de la paix, Cerf, Paris, 1997 et l&rsquo;ensemble de son &#339;uvre depuis 1962.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn38\"><\/a>(<a href=\"#text38\">38<\/a>)<\/td>\n<td>\u00a0\u00bb Il est d\u00e9raisonnable de penser que la guerre soit encore un moyen adapt\u00e9 pour obtenir justice de la violation des droits\u00a0\u00bb \u00a7 127.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn39\"><\/a>(<a href=\"#text39\">39<\/a>)<\/td>\n<td>Pour l&rsquo;historique de ce texte, voir Dubarle, le Sch\u00e9ma XIII et la guerre, in L&rsquo;Eglise dans le monde de ce temps, coll. Unam Sanctam 65b, Cerf, Paris, 1967, pp. 517-570.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn40\"><\/a>(<a href=\"#text40\">40<\/a>)<\/td>\n<td>R\u00e9f. : \u00a7 2309.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn41\"><\/a>(<a href=\"#text41\">41<\/a>)<\/td>\n<td>Une cinquantaine de titres entre 1990 et 2000, dont Walzer, M., Just and unjust Wars, N-Y, 1992.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn42\"><\/a>(<a href=\"#text42\">42<\/a>)<\/td>\n<td>Terme que je reprends, par analogie, \u00e0 Rawls.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn43\"><\/a>(<a href=\"#text43\">43<\/a>)<\/td>\n<td>D\u00e9clar\u00e9e comme telle par les autorit\u00e9s religieuses comp\u00e9tentes, dans le but de d\u00e9fendre ou d&rsquo;\u00e9tendre l&rsquo;islam, obligeant d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre tous les musulmans, donnant lieu de mani\u00e8re assur\u00e9e \u00e0 des r\u00e9compenses divines.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn44\"><\/a>(<a href=\"#text44\">44<\/a>)<\/td>\n<td>Voir les sept chapitres consacr\u00e9s \u00e0 l&rsquo;islam, dont six dus \u00e0 des auteurs musulmans, dans la volumineuse enqu\u00eate sur \u00a0\u00bb Les religions et la guerre\u00a0\u00bb, datant de 1986 et command\u00e9e par le Minist\u00e8re (fran\u00e7ais) de la D\u00e9fense Nationale (parue aux \u00e9ditions du Cerf en 1991). Synth\u00e8se sur ce site.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn45\"><\/a>(<a href=\"#text45\">45<\/a>)<\/td>\n<td>Coran 47,35 : \u00a0\u00bb Dieu ne vous privera pas de la r\u00e9compense due \u00e0 vos &#339;uvres\u00a0\u00bb.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn46\"><\/a>(<a href=\"#text46\">46<\/a>)<\/td>\n<td>Idem: \u00a0\u00bb Ne faites pas appel \u00e0 la paix quand vous \u00eates les plus forts\u00a0\u00bb.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn47\"><\/a>(<a href=\"#text47\">47<\/a>)<\/td>\n<td>Coran 8,60: \u00a0\u00bb Pr\u00e9parez, pour lutter contre eux, tout ce que vous trouverez de forces et de cavaleries\u00a0\u00bb.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn48\"><\/a>(<a href=\"#text48\">48<\/a>)<\/td>\n<td>\u00c0 la diff\u00e9rence de l&rsquo;int\u00e9grisme catholique qui n&rsquo;a pas \u00a0\u00bb r\u00e9ussi\u00a0\u00bb.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn49\"><\/a>(<a href=\"#text49\">49<\/a>)<\/td>\n<td>Corten, O., Le retour des guerres pr\u00e9ventives, Le Droit international menac\u00e9, Labor, Brux.,  2003.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn50\"><\/a>(<a href=\"#text50\">50<\/a>)<\/td>\n<td>Alors que l&rsquo;installation des missiles anti-nucl\u00e9aires avait provoqu\u00e9 une mobilisation monstre dans les ann\u00e9es &rsquo;80&#8230;.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn51\"><\/a>(<a href=\"#text51\">51<\/a>)<\/td>\n<td>Ce principe de la \u00ab\u00a0destination universelle des biens de la Terre\u00a0\u00bb, cher \u00e0 la doctrine sociale de l&rsquo;Eglise, n&rsquo;entre pas n\u00e9cessairement en conflit avec le r\u00e9gime de la Propri\u00e9t\u00e9 Priv\u00e9 (des particuliers ou des Etats (se comportant comme des particuliers) si la propri\u00e9t\u00e9 est bien entendue comme fonctionnelle (et non \u00a0\u00bb ontologique\u00a0\u00bb) c-\u00e0-d ouverte au march\u00e9.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn52\"><\/a>(<a href=\"#text52\">52<\/a>)<\/td>\n<td>Dont le \u00a0\u00bb commerce \u00e9quitable\u00a0\u00bb est un \u00e9l\u00e9ment essentiel, outre les libert\u00e9s civiles dondamentales.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn53\"><\/a>(<a href=\"#text53\">53<\/a>)<\/td>\n<td>Projet pour rendre la paix perp\u00e9tuelle en Europe (1717).<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn54\"><\/a>(<a href=\"#text54\">54<\/a>)<\/td>\n<td>Projet de paix perp\u00e9tuelle (1795).<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn55\"><\/a>(<a href=\"#text55\">55<\/a>)<\/td>\n<td>\u00c0 moins qu&rsquo;un jour, on ne se mette \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 un Droit de l&rsquo;Homme fond\u00e9 sur des bases anthropologiques.<\/td>\n<\/tr>\n<\/table>\n<h2>Bibliographie <\/h2>\n<p>SELECTION BIBLIOGRAPHIQUE:\t\t\t\t<\/p>\n<p>(g\u00e9n\u00e9rale, en fran\u00e7ais, sur la Guerre Juste)<\/p>\n<p>&#8211; BACOT. G., La doctrine de la guerre juste, Economica, Paris, 1989.<br \/>\n&#8211; BATIFFOL, Mgr., et alii, L&rsquo; Eglise et le droit de guerre, Bloud et Gay, Paris, 1920.<br \/>\n&#8211; BEAUFORT, D., La guerre comme instrument de secours ou de punition, Nijhof, La Haye, 1933.<br \/>\n&#8211; CHENU, M-D, L&rsquo;\u00e9volution de la doctrine de la guerre juste, in L&rsquo;Evangile dans le temps, coll. Cogitatio Fidei 11, Cerf, Paris, 1964, pp. 571-590.<br \/>\n&#8211; COSTE, Ren\u00e9, L&rsquo;\u00e9volution de la doctrine de la guerre juste dans la pens\u00e9e de l&rsquo;Eglise, in Le probl\u00e8me du droit de guerre dans la pens\u00e9e de Pie XII, Aubier, Paris, 1962, chap.1.<br \/>\n&#8211; de la BRIERE, Le droit de juste guerre, Pedone, Paris, 1938.<br \/>\n&#8211; de SOLAGES, Mgr., La th\u00e9ologie de la guerre juste, DDB, Bruges, 1946.<br \/>\n&#8211; HAGGENMACHER, P., Grotius et la doctrine de la guerre juste, PUF, Paris, 1983.<br \/>\n&#8211; REGOUT, R., La doctrine de la guerre juste de St Augustin \u00e0 nos jours, Pedone, Paris, 1935 (r\u00e9ed. Scientia Verlag, Aalen, 1974).<br \/>\n&#8211; VANDERPOL, A., La guerre devant le christianisme, Tralin, Paris, 1911.<br \/>\n&#8211; Id., La doctrine scolastique du droit de la guerre, Pedone, Paris, 1919.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;auteur discute la signification des crit\u00e8res de la guerre juste; aussi dans le cadre des nouveaux conflits. &nbsp; Selis Claude L&rsquo;\u00e9mergence du concept On pourrait d&rsquo;abord s&rsquo;\u00e9tonner de l&rsquo;existence m\u00eame d&rsquo;un concept de \u00a0\u00bb guerre juste\u00a0\u00bb en th\u00e9ologie chr\u00e9tienne par rapport \u00e0 l&rsquo;id\u00e9al de non-violence&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,9],"tags":[],"class_list":["post-397","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-le-centre-detudes","category-themes-dethique-militaire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/397","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=397"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/397\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=397"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=397"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=397"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}