{"id":379,"date":"2013-02-02T00:00:00","date_gmt":"2014-02-06T11:37:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.army-chaplaincy.be\/befr\/2012\/06\/16\/violence-guerre-et-paix-dans-la-bible-genese\/"},"modified":"2013-02-02T00:00:00","modified_gmt":"2014-02-06T11:37:32","slug":"violence-guerre-et-paix-dans-la-bible-genese","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/2013\/02\/02\/violence-guerre-et-paix-dans-la-bible-genese\/","title":{"rendered":"Violence, guerre et paix dans la Bible &#8211; Gen\u00e8se"},"content":{"rendered":"<p>Violence, guerre et paix dans la Bible &#8211; Une analyse des textes de Gen\u00e8se.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p style=\"text-align: right\"><em><a href=\"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/le-service-de-laumonerie\/membres\/profil-selis-claude\/\">Selis Claude<\/a><\/em><\/p>\n<p><strong>Pr\u00e9sentation g\u00e9n\u00e9rale<\/strong><\/p>\n<p><em>Pour entrer dans le livre de la Gen\u00e8se<\/em><\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas parce que le livre de la Gen\u00e8se se pr\u00e9sente comme le premier de la Bible ou qu&rsquo;il parle des origines qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit en premier !<br \/>\nOn sait qu&rsquo;il est l&rsquo;\u0153uvre de deux mouvements th\u00e9ologiques principaux (appel\u00e9s \u00a0\u00bb Yahviste\u00a0\u00bb et \u00a0\u00bb Elohiste\u00a0\u00bb) \u00e9crivant \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque royale (9\u00b0-8\u00b0si\u00e8cle avant notre \u00e8re), retravaill\u00e9 encore apr\u00e8s l&rsquo;Exil par une troisi\u00e8me \u00e9cole th\u00e9ologique (dite \u00a0\u00bb Sacerdotale\u00a0\u00bb, au 5\u00b0s.). Le fait que ces auteurs projettent telle ou telle conception dans le pass\u00e9 mythique d&rsquo;Isra\u00ebl a \u00e9videmment une signification profonde. Ceci dit, les traditions rapport\u00e9es peuvent avoir une tr\u00e8s v\u00e9n\u00e9rable antiquit\u00e9, la transmission orale \u00e9tant tr\u00e8s stable dans les civilisations de ce type. De toute fa\u00e7on, nous n&rsquo;avons pas acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;histoire au sens d&rsquo;une reconstitution des faits mais bien \u00e0 un retraitement th\u00e9ologique de l&rsquo;histoire et c&rsquo;est ce qui nous int\u00e9resse.<br \/>\nIl faudrait aussi se d\u00e9partir d&rsquo;une conception d\u00e9pr\u00e9ciative du \u00a0\u00bb mythe\u00a0\u00bb. Celui-ci n&rsquo;est pas un r\u00e9cit fantaisiste, exprimant une lubie d&rsquo;un bouffon exentrique, mais un r\u00e9cit fondateur, exprimant le sentiment profond d&rsquo;un peuple et dans lequel il s&rsquo;est durablement reconnu.<br \/>\nEn prenant la violence comme cl\u00e9 de lecture de la Gen\u00e8se, nous ne serons pas d\u00e9\u00e7us. La violence y est, d&#8217;embl\u00e9e, trait\u00e9e comme le probl\u00e8me fondamental, originaire, de l&rsquo;homme vivant en soci\u00e9t\u00e9. Le th\u00e8me y est tr\u00e8s largement et tr\u00e8s richement d\u00e9velopp\u00e9.<\/p>\n<p>\n<strong>\u00b7 Textes \u00e9tudi\u00e9s<br \/>\n<em>Violence, guerre et paix dans la Bible \u2013 Gen\u00e8se<\/em><\/strong><\/p>\n<p><em>Textes \u00e9tudi\u00e9s:<\/em><br \/>\n(d\u00e9roulez ou cliquez sur le texte ou encart choisi)<\/p>\n<p>1. Gn.\t4,1-16\t\tCa\u00efn et Abel\t\t\t\t\t<br \/>\n2.\t6,5 \u2013 9,17\tle d\u00e9luge<br \/>\n3.\t11,1-11\t\tla tour de Babel<br \/>\n4.\t13\t\tAbraham et Lot<br \/>\n5.\t14\t\tAbraham et Melchisedech<br \/>\n6.\t18,16 \u2013 19,29\tdestruction de Sodome<br \/>\n7.\t21,22-34\tAbraham et Abimelek<br \/>\n8.\t22,1-19\t\tle sacrifice d&rsquo;Isaac<br \/>\n9.\t25,19-34\tEsa\u00fc et Jacob<br \/>\n10.\t26\t\tIsaak et Abimelek<br \/>\n11.\t27\t\tmal\u00e9diction d&rsquo;Esa\u00fc<br \/>\n12.\t32 \u2013 33\t\tJacob et Esa\u00fc : la r\u00e9conciliation<br \/>\n13.\t37 \u2013 48\t\tJoseph et ses fr\u00e8res<br \/>\n14.\t49,5-7\t\tSim\u00e9on et L\u00e9vi<br \/>\n15.\t49,27\t\tBenjamin\t<\/p>\n<p>\n<strong><em>Encarts documentaires:<\/em><\/strong><br \/>\n1. Les mythes religieux fondateurs et la violence (R.Girard)<br \/>\n2. L&rsquo;Alliance comme th\u00e8me th\u00e9ologique <br \/>\n3. Contexte historique de l&rsquo;\u00e9poque patriarcale <br \/>\n4. Violences, guerre et paix \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque patriarcale<br \/>\n5. Bibliographie g\u00e9n\u00e9rale<\/p>\n<p>\n<strong>GENESE 4,1-16: <br \/>\nCA\u00cfN ET ABEL<br \/>\n<em>\u00ab\u00a0Comme une b\u00eate tapie, la convoitise&#8230;\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nLa violence intervient d\u00e8s les premiers chapitres de la Gen\u00e8se, imm\u00e9diatement apr\u00e8s le second r\u00e9cit de la Cr\u00e9ation ! Elle est ainsi pr\u00e9sent\u00e9e comme la cons\u00e9quence directe et logique de la perturbation de la relation Homme-Dieu qui est le th\u00e8me central de ces r\u00e9cits. Autrement dit, d\u00e8s le moment o\u00f9 l&rsquo;homme se prend pour Dieu, ma\u00eetre et souverain de toutes choses, d\u00e9finissant lui-m\u00eame le Bien et le Mal, qu&rsquo;arrive-t-il ? L&rsquo;homme tue son fr\u00e8re. Il n&rsquo;y a en effet aucun obstacle, dans une logique du sur-homme, \u00e0 se consid\u00e9rer comme ma\u00eetre et souverain des autres hommes.<\/p>\n<p>Selon une lecture assez habituelle, Abel, le second, est vu comme le doux pastoureau, na\u00eff et sans d\u00e9fense, victime de la jalousie de son fr\u00e8re a\u00een\u00e9, rude agriculteur et artisan, qui risque, par le biais religieux (son sacrifice), de perdre sa sup\u00e9riorit\u00e9 naturelle.<\/p>\n<p>Le fait de tenir compte de la nature des sacrifices (qui est ici le n\u0153ud de l&rsquo;enjeu religieux) nous oblige \u00e0 une lecture plus fine et aussi plus instructive. En fait, le sacrifice de Ca\u00efn est un sacrifice de nature non-violente (des produits de l&rsquo;agriculture), tandis que celui d&rsquo;Abel est un sacrifice de nature violente (un animal). Or c&rsquo;est ce sacrifice qui est agr\u00e9\u00e9. La suite du r\u00e9cit nous montre que c&rsquo;est celui qui fait mine, religieusement, d&rsquo;\u00eatre non-violent qui est violent en r\u00e9alit\u00e9. Au contraire, celui qui est religieusement violent est le non-violent dans la r\u00e9alit\u00e9. Dieu agr\u00e9e donc celui qui est non-violent dans la r\u00e9alit\u00e9 parce qu&rsquo;il a trouv\u00e9 un moyen d&rsquo;expression d\u00e9riv\u00e9 de sa violence.<\/p>\n<p>Un autre probl\u00e8me crucial soulev\u00e9 par ce texte est la violence comme cycle infernal. La premi\u00e8re crainte de Ca\u00efn-le-violent est d&rsquo;\u00eatre victime de violence (\u00a0\u00bb le premier venu me tuera\u00a0\u00bb). L&rsquo;interdiction divine de frapper Ca\u00efn exprime le souci d&rsquo; enrayer la violence comme cycle infernal (ce qu&rsquo;elle est toujours&#8230;).<\/p>\n<p>\n<strong>GENESE 6,5 \u2013 9,17:                                             <br \/>\nLE DELUGE<br \/>\n\u00ab\u00a0La terre se remplit de violence&#8230;\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nC&rsquo;est le constat de violence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 qui fait se remettre en question l&rsquo;int\u00e9r\u00eat m\u00eame de la Cr\u00e9ation, de la vie. La violence des hommes semble entra\u00eener la violence de Dieu. La violence due \u00e0 la m\u00e9chancet\u00e9 est donc bien la question la plus grave qui soit. Elle appelle \u00e0 une \u00e9radication totale. Dans ce contexte, l&rsquo;existence d&rsquo;un \u00eelot de justice (en la personne de No\u00e9) s&rsquo;av\u00e8re capital  pour \u00e9viter une auto-extermination compl\u00e8te et pour pr\u00e9server toutes les chances d&rsquo;un nouveau d\u00e9part pour l&rsquo;esp\u00e8ce humaine et son histoire sur terre. Dans l&rsquo;\u00e9radication de la violence, il s&rsquo;agit donc d&rsquo;exercer un discernement afin de garantir une possibilit\u00e9 de r\u00e9conciliation, d&rsquo; \u00a0\u00bb alliance\u00a0\u00bb. La g\u00e9n\u00e9ralisation de la violence \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9e comme une cons\u00e9quence du rejet par l&rsquo;homme de son alliance \u00a0\u00bb naturelle\u00a0\u00bb avec Dieu. Cette fois-ci, l&rsquo;alliance ne pourra plus \u00eatre que \u00a0\u00bb contractuelle\u00a0\u00bb. Quelque chose a donc \u00e9t\u00e9 d\u00e9finitivement cass\u00e9 dans la Cr\u00e9ation mais cela n&#8217;emp\u00eachera pas une reprise sur des bases solides. Les paroles que Dieu prononce \u00e0 ce moment (\u00a0\u00bb Soyez f\u00e9conds, multipliez, emplissez la terre&#8230;\u00a0\u00bb) sont les m\u00eames que lors de la Cr\u00e9ation initiale.<\/p>\n<p>Dans cette Cr\u00e9ation renouvel\u00e9e, la violence re\u00e7oit une place mais  \u00e0 condition qu&rsquo;elle soit ma\u00eetris\u00e9e. Les prescriptions concernant la consommation de produits animaliers peuvent sembler un simple \u00e9cho d&rsquo;une coutume \u00e9tablie par ailleurs. Le fait qu&rsquo;elles soient stipul\u00e9es \u00e0 l&rsquo;occasion de ce texte-cl\u00e9 nous montre qu&rsquo;elles ont \u00e0 voir avec les violences fondamentales. A la diff\u00e9rence des textes de la Cr\u00e9ation initiale (o\u00f9 seuls les v\u00e9g\u00e9taux \u00e9taient pr\u00e9vus comme nourriture pour l&rsquo;homme), il est bien pr\u00e9vu ici que l&rsquo;homme puisse tuer des animaux si c&rsquo;est pour sa nourriture. Cependant, m\u00eame dans ce cas, il y a lieu de respecter des r\u00e8gles (non-consommation du sang) pour marquer un certain respect de la vie de l&rsquo;animal et la n\u00e9cessit\u00e9 de ma\u00eetriser un acte malgr\u00e9 tout violent. L&rsquo;interdiction de verser le sang de l&rsquo;homme est r\u00e9it\u00e9r\u00e9e \u00e0 cette occasion pour bien montrer que le pas est facile \u00e0 franchir et que donc l&rsquo;essentiel n&rsquo;est pas d&rsquo;\u00eatre absolument et na\u00efvement non-violent mais de ma\u00eetriser la violence et d&rsquo;\u00e9viter qu&rsquo;elle ne touche l&rsquo;homme.<\/p>\n<p>Une nouvelle Alliance, qui r\u00e9concilie Dieu avec l&rsquo;homme, est ainsi conclue. Le signe en est l&rsquo;arc-en-ciel, arc sans corde ni fl\u00e8ches, inverse donc de l&rsquo;arc de guerre. Il est ainsi signe de la volont\u00e9 divine de pacification universelle.<\/p>\n<p>\n<strong>GENESE 11, 1-11:<br \/>\nLA TOUR DE BABEL<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0&#8230;un m\u00eame peuple, parlant une m\u00eame langue\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nA premi\u00e8re lecture, on s&rsquo;\u00e9tonne de la r\u00e9action divine. Les hommes n&rsquo;avaient-ils pas un si beau projet de faire quelque chose ensemble ? Le fait de parler la m\u00eame langue n&rsquo;\u00e9tait-il pas positif pour l&rsquo;avenir harmonieux de l&rsquo;humanit\u00e9 ? Dieu serait-il jaloux de la r\u00e9ussite d&rsquo;un projet humain ?  Serait-il donc \u00e0 l&rsquo;origine de la discorde entre les hommes ?<\/p>\n<p>L&rsquo;interpr\u00e9tation traditionnelle de ce texte souligne surtout, \u00e0 raison, la sanction divine contre l&rsquo;orgueil humain, contre la pr\u00e9tention de l&rsquo;humain \u00e0 vouloir rivaliser avec Dieu. Peut-on, en effet, fonder une cit\u00e9, une vie sociale sans Dieu ou contre lui ? Le texte, sous forme de parabole, r\u00e9pond par la n\u00e9gative. Est-ce cependant la seule le\u00e7on \u00e0 en tirer ? <\/p>\n<p>L&rsquo;id\u00e9al d&rsquo;entente entre les hommes semble fonder sur l&rsquo;homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 (un m\u00eame peuple, une m\u00eame langue, une m\u00eame cit\u00e9). Une telle id\u00e9ologie peut avoir l&rsquo;air attrayant car elle supprime tout conflit mais elle suppose l&rsquo;homog\u00e9n\u00e9isation, l&rsquo;uniformisation. Un tel projet est totalitaire ; il nie la libert\u00e9 humaine et supposerait un immobilisme social. Une \u00a0\u00bb entente\u00a0\u00bb \u00e0 ce prix-l\u00e0, l&rsquo;auteur biblique la condamne comme contraire au projet divin.<\/p>\n<p>Le projet divin est celui d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 qui, bien s\u00fbr, ne soit pas construite contre Lui  mais qui soit aussi respectueuse des diff\u00e9rences entre les hommes. Les \u00a0\u00bb langues\u00a0\u00bb ne sont pas que le symbole des diff\u00e9rences culturelles mais de tout type de diff\u00e9rence. Les hommes doivent arriver \u00e0 s&rsquo;entendre, non pas en \u00e9tant soumis ou en se soumettant \u00e0 une uniformisation, ni m\u00eame \u00a0\u00bb malgr\u00e9\u00a0\u00bb leurs diff\u00e9rences mais en prenant conscience de l&rsquo;enrichissement qu&rsquo;elles peuvent repr\u00e9senter.<\/p>\n<p><strong><em>Pour approfondir le sujet:<\/em><\/strong><br \/>\nHubert BOST, Babel, du texte au symbole, Labor et Fides,  Gen\u00e8ve, 1985<br \/>\nAndr\u00e9 WENIN, Actualit\u00e9 des mythes,  Cefoc, Namur, 1993, pp.55-70<br \/>\nP. ZUMTHOR, Babel ou l&rsquo;inach\u00e8vement, Seuil, Paris, 1997  <\/p>\n<p>\n<strong>GENESE 13:<br \/>\nABRAHAM ET LOT<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Qu&rsquo;il n&rsquo;y ait pas de discorde entre moi et toi&#8230;\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nApr\u00e8s avoir quitt\u00e9 son pays et sa parent\u00e9 de Chald\u00e9e (Irak actuel) et s&rsquo;\u00eatre install\u00e9 un premier temps au pays des Canan\u00e9ens (Transjordanie actuelle), Abraham (accompagn\u00e9 de son neveu Lot) est oblig\u00e9 de descendre en Egypte pour \u00e9chapper \u00e0 la famine. Celle-ci pass\u00e9e, Abraham et Lot remontent dans le Neguev et retrouvent la prosp\u00e9rit\u00e9 au point que \u00a0\u00bb le pays ne suffisait plus \u00e0 leur installation commune : ils avaient trop de biens pour pouvoir habiter ensemble\u00a0\u00bb (v.6). L&rsquo;auteur biblique fait ainsi une analyse int\u00e9ressante : ce n&rsquo;est pas la p\u00e9nurie qui est n\u00e9cessairement source de conflit (selon l&rsquo;analyse du darwinisme classique reprise autant par Adam Smith que par Karl Marx) mais bien plut\u00f4t la prosp\u00e9rit\u00e9 (en ce qu&rsquo;elle cr\u00e9e un autre type de p\u00e9nurie, celle des moyens de production, en l&rsquo;occurrence ici la terre). Il y eut en effet disputes \u00a0\u00bb entre les p\u00e2tres des troupeaux d&rsquo;Abram et ceux des troupeaux de Lot\u00a0\u00bb  (v.7). Avant que le conflit ne d\u00e9g\u00e9n\u00e8re, Abraham fait une proposition de conciliation : \u00a0\u00bb Qu&rsquo;il n&rsquo;y ait pas de discorde entre moi et toi, entre mes p\u00e2tres et les tiens, car nous somme des fr\u00e8res ! Tout le pays n&rsquo;est-il pas devant toi ? S\u00e9pare-toi de moi. Si tu prends la gauche, j&rsquo;irai \u00e0 droite ; si tu prends la droite, j&rsquo;irai \u00e0 gauche\u00a0\u00bb (v.9). Abraham invoque l&rsquo;argument de la fraternit\u00e9 (au sens large). Ce \u00a0\u00bb sens large\u00a0\u00bb nous invite d&rsquo;ailleurs \u00e0 l&rsquo;universalisation du principe.  Ensuite, Abraham ne profite pas de sa position de pr\u00e9s\u00e9ance ou d&rsquo;autorit\u00e9. Par magnanimit\u00e9, il laisse le choix \u00e0 son neveu. Celui-ci ne se montre pas \u00e0 la hauteur de la grandeur d&rsquo;\u00e2me de son oncle. Il prend la meilleure part : la riche plaine du Jourdain et ses villes (v.11). Mais cet \u00a0\u00bb accaparement\u00a0\u00bb rapproche Lot et sa tribu de Sodome, au sens propre et figur\u00e9. Le texte souligne d\u00e9j\u00e0 que \u00a0\u00bb les gens de Sodome \u00e9taient de grands sc\u00e9l\u00e9rats et des p\u00e9cheurs devant Yahv\u00e9\u00a0\u00bb (v.13). La cupidit\u00e9 rapproche en effet de la sc\u00e9l\u00e9ratesse et \u00e9loigne de Dieu. Inversement, la magnanimit\u00e9 et l&rsquo;esprit de conciliation d&rsquo;Abraham fait que Dieu lui renouvelle \u00e0 ce moment-l\u00e0 sa promesse de f\u00e9condit\u00e9 et de prosp\u00e9rit\u00e9. Non plus une prosp\u00e9rit\u00e9 \u00a0\u00bb acquise\u00a0\u00bb au m\u00e9pris des valeurs humaines mais une prosp\u00e9rit\u00e9 \u00a0\u00bb donn\u00e9e\u00a0\u00bb par Dieu (v.15). Autrement dit, ce qui est acquis en respectant ces valeurs est, authentiquement, \u00a0\u00bb don de Dieu\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\n<strong>GENESE 14 :<br \/>\nABRAHAM ET MELCHISEDECH<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Ni un fil, ni une courroie de sandale&#8230; rien pour moi\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nDans l&rsquo;ordre des pages de la Bible (ce qui ne correspond pas n\u00e9cessairement \u00e0 l&rsquo;ordre chronologique de la r\u00e9daction des textes), ce r\u00e9cit est le premier d&rsquo;une bataille rang\u00e9e entre deux coalitions de roitelets autour de la Mer Morte, guerre de lib\u00e9ration contre une oppression (v.4) mais sans doute aussi pour le contr\u00f4le de la route de la Mer Rouge. La tribu de Lot fait partie des vaincus et Lot est emmen\u00e9 captif. Abraham tient \u00e0 faire d\u00e9livrer son parent, se met en campagne et est vainqueur : \u00a0\u00bb Il reprit tous les biens, et aussi son parent Lot et ses biens, ainsi que les femmes et les gens\u00a0\u00bb (v.16).  Un des rois, victime comme Lot, vient \u00e0 le rencontre d&rsquo;Abraham avec une offrande (du pain et du vin) et en rendant hommage \u00e0 Dieu : \u00a0\u00bb B\u00e9ni soit le Dieu Tr\u00e8s Haut<br \/>\nqui a livr\u00e9 tes ennemis entre tes mains\u00a0\u00bb (v.20). La question qui se pose est celle du partage du butin. A la proposition du roi : \u00a0\u00bb Donne-moi les personnes et prends les biens pour toi\u00a0\u00bb (v.21), Abraham r\u00e9pond : \u00a0\u00bb Ni un fil ni une courroie de sandale (&#8230;) Rien pour moi\u00a0\u00bb (v.23), marquant son d\u00e9sint\u00e9ressement.<br \/>\n\t\t\t*\t*\t*<br \/>\nCe texte est important dans la tradition juive autant que chr\u00e9tienne parce que le signe du pain et du vin sera repris dans la P\u00e2que juive et dans l&rsquo;Eucharistie chr\u00e9tienne, aussi parce qu&rsquo;on a pu voir en la personne de Melchisedech un pr\u00e9curseur du monoth\u00e9isme (du fait qu&rsquo;il s&rsquo;adresse \u00a0\u00bb au Dieu Tr\u00e8s Haut\u00a0\u00bb au singulier) et enfin parce que ce texte fait remonter le contact du \u00a0\u00bb Peuple de Dieu\u00a0\u00bb avec J\u00e9rusalem (Melchisedech \u00e9tant pr\u00e9sent\u00e9 comme \u00a0\u00bb roi de Shalem\u00a0\u00bb qui serait l&rsquo;anc\u00eatre de J\u00e9rusalem) \u00e0 la plus haute antiquit\u00e9.<br \/>\n\t\t\t*\t*\t*<br \/>\nMais du point de vue de notre recherche, l&rsquo;apport de ce texte n&rsquo;est pas capital. Les campagnes militaires n&rsquo;y sont qu&rsquo;un d\u00e9cor et ne sont pas l&rsquo;objet m\u00eame de r\u00e9flexion du texte. Dieu y est, bien s\u00fbr, pr\u00e9sent\u00e9 comme auteur de la victoire mais sans que cela fasse l&rsquo;objet d&rsquo;une th\u00e9ologie particuli\u00e8re. Il est cependant int\u00e9ressant de constater qu&rsquo;Abraham est d\u00e9cid\u00e9ment pr\u00e9sent\u00e9 comme un homme d&rsquo;alliance  et comme personne d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e. Celui qui deviendra le symbole de l&rsquo;Alliance entre Dieu et l&rsquo;homme est donc quelqu&rsquo;un qui m\u00e9nage des alliances au niveau humain. D&rsquo;un point de vue chr\u00e9tien, ce texte nous permet aussi de faire valoir les signes eucharistiques du pain et du vin comme signe de paix, de volont\u00e9 d&rsquo;alliance.                                        <\/p>\n<p>\n<strong>GENESE 18 ,16 \u2013 19,29 :<br \/>\nDESTRUCTION DE SODOME<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Je ne d\u00e9truirai pas \u00e0 cause des dix&#8230;\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nOn conna\u00eet le \u00a0\u00bb p\u00e9ch\u00e9\u00a0\u00bb de Sodome. La r\u00e9probation de l&rsquo;homosexualit\u00e9 est nette dans certains textes bibliques (particuli\u00e8rement dans le L\u00e9vitique : 18,22 et 20,13, dont notre texte est peut-\u00eatre inspir\u00e9). Ce n&rsquo;est pas le sujet ici de discuter de l&rsquo;origine ni du bien-fond\u00e9 de cette interdiction. L&rsquo;important est de retenir que, du point de vue biblique, il y a des actes ou des attitudes inadmissibles, contraires \u00a0\u00bb \u00e0 la justice et au droit\u00a0\u00bb  (18,19) et qui appellent une sanction. Int\u00e9ressant aussi de remarquer qu&rsquo;avant la sanction, il y a place pour l&rsquo;intercession. Cette sc\u00e8ne est admirable o\u00f9 Abraham tente de \u00a0\u00bb marchander\u00a0\u00bb la col\u00e8re de Dieu : \u00a0\u00bb Vas-tu vraiment supprimer le juste avec le p\u00e9cheur ? Peut-\u00eatre y a-t-il cinquante justes dans la ville,&#8230; peut-\u00eatre quarante, &#8230;trente,&#8230;vingt,&#8230;dix\u00a0\u00bb (18,22-33). Un principe capital est ainsi pos\u00e9 : celui de la discrimination entre l&rsquo;innocent et le coupable et, plus encore, celui de l&rsquo;intercession au sens o\u00f9 le juste peut sauver le coupable : \u00a0\u00bb Je ne d\u00e9truirai pas \u00e0 cause des dix\u00a0\u00bb r\u00e9pond en effet Dieu \u00e0 Abraham.<\/p>\n<p>La mise en sc\u00e8ne (19,4-11) ne fait, bien s\u00fbr, que confirmer le p\u00e9ch\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 des habitants de Sodome. La sanction intervient (19,23-25): \u00a0\u00bb Yahv\u00e9 fit pleuvoir sur Sodome et sur Gomorrhe du soufre et du feu venant de Yahv\u00e9. Il renversa ces villes et toute la plaine, avec tous les habitants de villes et la v\u00e9g\u00e9tation du sol\u00a0\u00bb mais les derni\u00e8res tractations et avertissements pour sauver ce qui pouvait l&rsquo;\u00eatre  (19,12-22) avaient, litt\u00e9rairement, pris plus de place que la sanction (11 versets contre 3) . La g\u00e9ographie de la r\u00e9gion et ce que nous pouvons savoir de son histoire confirme le caract\u00e8re sismique de la r\u00e9gion. Il n&rsquo;est pas \u00e9tonnant que la mentalit\u00e9 populaire lui ait donn\u00e9 une \u00a0\u00bb signification\u00a0\u00bb moralisante ni que l&rsquo;auteur biblique ait utilis\u00e9 ce mat\u00e9riau. Il reste que l&rsquo;intention de l&rsquo;auteur de signifier qu&rsquo;il y a des conditions morales \u00e0 l&rsquo;Alliance garde toute sa valeur. Remarquons cependant que, dans ce sch\u00e9ma, c&rsquo;est Dieu qui prend les sanctions et non l&rsquo;homme et qu&rsquo;au contraire l&rsquo;homme a plut\u00f4t un r\u00f4le de conciliateur et d&rsquo;intercesseur par rapport \u00e0 ses semblables. Que Dieu doive \u00eatre Justicier et que la sanction puisse \u00eatre violente semble une \u00e9vidence pour l&rsquo;auteur biblique de cette \u00e9poque. Ce texte-ci n&rsquo;\u00e9puise cependant pas cette question qui sera largement reprise tout au long de l&rsquo;histoire biblique. Gardons-nous de consid\u00e9rer cette question comme d\u00e9finitivement tranch\u00e9e \u00e0 ce stade-ci.<\/p>\n<p>\n<strong>GENESE 21, 22-34:<br \/>\nABRAHAM ET ABIMELEK<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0&#8230;pour ce pays o\u00f9 tu es venu en h\u00f4te\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nMis en parall\u00e8le avec le chap.14 (alliance avec Melchisedech)  et se situant de part et d&rsquo;autre de la conclusion solennelle de l&rsquo;Alliance entre Dieu et Abraham (chap.17), cette nouvelle sc\u00e8ne d&rsquo;alliance confirme l&rsquo;importance du th\u00e8me et le lien entre les alliances humaines et l&rsquo;Alliance de Dieu avec l&rsquo;Homme.<\/p>\n<p>Un roitelet local vient proposer une alliance \u00e0 Abraham non sans amener avec lui un argument de poids (le chef de son arm\u00e9e) et non sans une arri\u00e8re-pens\u00e9e de r\u00e9ciprocit\u00e9 pour le jour o\u00f9 les situations d\u00e9mographiques seraient invers\u00e9es. La suspicion n&rsquo;est pas absente non plus (suite d&rsquo;ailleurs \u00e0 une ruse d&rsquo;Abraham relat\u00e9e au chap.20). Bref, tous les ingr\u00e9dients bien r\u00e9alistes d&rsquo;une n\u00e9gociation concr\u00e8te sont r\u00e9unis. Abraham en accepte aussit\u00f4t le principe.<\/p>\n<p> Mais il y a toujours un motif de discorde en r\u00e9serve (en l&rsquo;occurrence, une querelle de puits entre bergers des deux tribus), cela aussi est tr\u00e8s r\u00e9aliste. Abraham le soul\u00e8ve, pr\u00e9f\u00e9rant sans doute une alliance sans ombre. Abimelek fait l&rsquo;\u00e9tonn\u00e9, peut-\u00eatre de bonne foi. Le motif de la discorde pendante \u00e9tant r\u00e9solu, l&rsquo;alliance est confirm\u00e9e avec remise de cadeaux (petit et gros b\u00e9tail) comme \u00a0\u00bb signe\u00a0\u00bb (en l&rsquo;absence, sans doute, de document \u00e9crit dans ces anciennes civilisations nomades). <\/p>\n<p>Le signe est m\u00eame, en ce cas, d\u00e9doubl\u00e9 puisqu&rsquo; Abraham offre sept brebis suppl\u00e9mentaires. Peut-\u00eatre est-ce pour fonder l&rsquo;\u00e9tymologie du nom du lieu o\u00f9 s&rsquo;est pass\u00e9 la transaction (Bersab\u00e9e), peut-\u00eatre est-ce aussi pour bien confirmer le droit de possession de ces puits.<br \/>\n\t\t\t\t*\t*\t*<br \/>\nCette simple histoire de nomades, de puits et de brebis contient en germe toute situation de n\u00e9gociation dans la vie courante entre deux populations, c&rsquo;est en cela qu&rsquo;elle est fondatrice et exemplative. Le mod\u00e8le en est celui de la bonne volont\u00e9 mutuelle sans se cacher les difficult\u00e9s et aussi la volont\u00e9 d&rsquo;aboutir \u00e0 des situations claires, sans ambigu\u00eft\u00e9. La r\u00e9alisation de la Promesse divine passe aussi par l\u00e0.<\/p>\n<p>\n<strong>GENESE 22, 1-19:        <\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0N&rsquo;\u00e9l\u00e8ve pas la main contre l&rsquo;enfant\u00a0\u00bb<\/em><br \/>\nLE SACRIFICE D&rsquo;ISAAC<\/strong><\/p>\n<p>La sc\u00e8ne du sacrifice d&rsquo;Isaac est une des plus choquantes de l&rsquo;Ancien Testament. Comment Dieu peut-il aussi cyniquement demander \u00e0 Abraham de sacrifier son fils le plus cher ? Comment Dieu peut-il aussi incompr\u00e9hensiblement demander la mise \u00e0 mort du seul fils porteur de la Promesse de f\u00e9condit\u00e9 qu&rsquo;il a faite depuis si longtemps \u00e0 Abraham ? <\/p>\n<p>L&rsquo;ex\u00e9g\u00e8se traditionnelle insiste sur le c\u00f4t\u00e9 \u00a0\u00bb simulacre\u00a0\u00bb de la sc\u00e8ne et privil\u00e9gie l&rsquo; \u00a0\u00bb ob\u00e9issance\u00a0\u00bb aveugle d&rsquo;Abraham, preuve de sa foi.<br \/>\nAu lieu d&rsquo;\u00e9dulcorer la port\u00e9e de ce texte, ne vaut-il pas mieux le lire comme un de ces mythes fondateurs et nous laisser s&rsquo;y r\u00e9v\u00e9ler une r\u00e9alit\u00e9 socio-psychologique dans toute sa cruaut\u00e9 : une soci\u00e9t\u00e9 peut avoir tendance \u00e0 sacrifier ce qu&rsquo;elle a de plus pr\u00e9cieux, l&rsquo;humain peut se croire oblig\u00e9 de sacrifier ce qu&rsquo;il a en fait de plus cher  (l&rsquo; \u00a0\u00bb instinct de mort\u00a0\u00bb analys\u00e9 par Freud). Reposons-nous ces questions fondamentales en ce qui concerne notre propre soci\u00e9t\u00e9 contemporaine ou dans notre vie personnelle !<\/p>\n<p>Par rapport \u00e0 ces tendances, la \u00a0\u00bb solution\u00a0\u00bb amen\u00e9e par le texte (un sacrifice de substitution) \u00e0 \u00e9galement de quoi faire r\u00e9fl\u00e9chir. Il ne s&rsquo;agit pas ici de la pratique du \u00a0\u00bb bouc \u00e9missaire\u00a0\u00bb consistant \u00e0 charger une victime de toutes les fautes collectives afin de les \u00e9liminer comme par magie (puisqu&rsquo;il n&rsquo;y a pas, ici, de faute) mais d&rsquo;un sacrifice de substitution consistant \u00e0 trouver un d\u00e9rivatif \u00e0 ces \u00a0\u00bb pulsions de mort\u00a0\u00bb. Si donc nous avons des pulsions de mort, la question devient : quel d\u00e9rivatif symbolique, inoffensif, pouvons-nous y trouver afin de ne pas passer \u00e0 l&rsquo;acte, dans la r\u00e9alit\u00e9.<br \/>\nOn conna\u00eet, \u00e0 ce propos, la th\u00e8se de Ren\u00e9 Girard selon laquelle le sacrifice \u00a0\u00bb religieux\u00a0\u00bb (et particuli\u00e8rement la forme et le contenu du \u00a0\u00bb sacrifice\u00a0\u00bb (eucharistique) dans le christianisme) peut \u00eatre une solution efficace \u00e0 ce probl\u00e8me.<\/p>\n<p>Finalement, la le\u00e7on la plus importante du texte serait que, par rapport \u00e0 nos pulsions de mort, le fait de \u00a0\u00bb lever la main contre l&rsquo;enfant\u00a0\u00bb (en tant que ce qui nous serait le plus cher et le plus porteur d&rsquo;avenir) serait le sacrifice interdit par excellence.<\/p>\n<p><em>R\u00e9f.: Balmary, M., Le sacrifice interdit, Paris, Grasset, 1986, pp.195-206.<\/em><\/p>\n<p>\n<strong>GENESE  25,19-34:<br \/>\nNAISSANCE D&rsquo;ESA\u00dc ET JACOB<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Il y a deux nations en ton sein; deux peuples, issus de tes entrailles, se s\u00e9pareront. Un peuple sera plus fort que l&rsquo;autre. L&rsquo;a\u00een\u00e9 servira le cadet\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nSans doute y a-t-il  un souci \u00e9tiologique de vouloir expliquer une situation post\u00e9rieure de supr\u00e9matie de la tribu d&rsquo;Isra\u00ebl sur la tribu d&rsquo;Edom par un texte au statut mythologique mais, au-del\u00e0 de cette donn\u00e9e historique propre aux peuples bibliques, il y a sans doute aussi la volont\u00e9 de dire quelque chose d&rsquo;universel, concernant tout peuple. La fonction de ce texte n&rsquo;est-elle pas d&rsquo;avertir tout peuple du danger de guerre civile.<\/p>\n<p>En son langage, le texte biblique exprime la terrible loi \u00a0\u00bb dominant-domin\u00e9\u00a0\u00bb. Le c\u00f4t\u00e9 \u00a0\u00bb fatum\u00a0\u00bb du constat semble valoir l\u00e9gitimation. Mais l&rsquo;inversion d&rsquo;une loi qui semble naturelle mais qui n&rsquo;est qu&rsquo;une coutume (que l&rsquo;a\u00een\u00e9 domine le cadet, voir Deut.21,15-17) n&rsquo;est-elle pas une incitation \u00e0 renverser ces soi-disant \u00a0\u00bb lois naturelles\u00a0\u00bb ? Le texte biblique veut nous faire passer d&rsquo;un \u00e9tat de nature \u00e0 un \u00e9tat de culture o\u00f9 l&rsquo;homme d\u00e9cide des dispositions qu&rsquo;il prend pour g\u00e9rer la vie en soci\u00e9t\u00e9 et sait qu&rsquo;il en est responsable.<\/p>\n<p>La description de l&rsquo;activit\u00e9 (Esa\u00fc, \u00a0\u00bb habile chasseur, courant la steppe\u00a0\u00bb et Jacob \u00a0\u00bb homme paisible, restant sous ses tentes\u00a0\u00bb), ne correspond pas, ici,  \u00e0 une typologie des m\u00e9tiers mais plut\u00f4t \u00e0 une opposition entre \u00a0\u00bb vie active\u00a0\u00bb et \u00a0\u00bb vie contemplative\u00a0\u00bb. La vie contemplative a l&rsquo;air de mieux s&rsquo;accorder avec le caract\u00e8re paisible (et plus subtil&#8230;) qui b\u00e9n\u00e9ficie manifestement de la faveur divine. Par contre, le c\u00f4t\u00e9 actif d&rsquo;Esa\u00fc rime avec satisfaction imm\u00e9diate des besoins qui rend manifestement stupide et \u00e9cervel\u00e9. Ces consid\u00e9rations sur les \u00a0\u00bb caract\u00e8res\u00a0\u00bb n&rsquo;a peut-\u00eatre pas d&rsquo;autre valeur que celle d&rsquo;une simple sagesse orientale mais l&rsquo;observation reste pertinente : que de b\u00eatises ne fait-on pas au nom de la satisfaction imm\u00e9diate des besoins. L&rsquo;anthropologie biblique a, de toute \u00e9vidence, opt\u00e9 pour un homme plus subtil, chez qui le recours \u00e0 la ruse semble excus\u00e9 quand il s&rsquo;agit de d\u00e9passer les \u00a0\u00bb lois de la nature\u00a0\u00bb (qui ne sont d&rsquo;ailleurs que des coutumes&#8230;).<\/p>\n<p>\u00a0\u00bb L&rsquo;un dominera l&rsquo;autre\u00a0\u00bb : s&rsquo;agit-il de peuples ? Ne s&rsquo;agit-il pas plut\u00f4t d&rsquo;un jugement de valeur sur des types de caract\u00e8res, sur une tension interne (\u00a0\u00bb en son sein\u00a0\u00bb) \u00e0 chacun et qu&rsquo;il faudrait apprendre \u00e0 g\u00e9rer pour que l&rsquo;un l&#8217;emporte sur l&rsquo;autre, en l&rsquo;occurrence l&rsquo;intelligence sur la force. <\/p>\n<p>\n<strong>GENESE 26: \t\t\t<br \/>\nISAAC ET ABIMELEK<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Va t&rsquo;en de chez nous car tu es devenu plus puissant que nous\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nCe texte est, pour l&rsquo;essentiel, une duplication de l&rsquo;alliance entre Abraham et Abimelek (Gn.21,22-34) ici \u00a0\u00bb actualis\u00e9e\u00a0\u00bb entre Isaac et Abimelek. Malgr\u00e9 que les r\u00e9cits concernant Isaac soient beaucoup moins \u00e9tendus que ceux concernant Abraham, l&rsquo;auteur biblique veut signifier qu&rsquo;Isaac est bien le successeur d&rsquo;Abraham, l&rsquo;h\u00e9ritier de la m\u00eame Promesse (26,3-5 et 23-24). Il est donc l&rsquo;homme des m\u00eames alliances (26,26-33).<\/p>\n<p>Mais un autre parall\u00e9lisme s&rsquo;impose avec Gen\u00e8se 13 o\u00f9 Abraham proposa une s\u00e9paration \u00e0 l&rsquo;amiable d&rsquo;avec son neveu Lot. Des deux c\u00f4t\u00e9s, le spectre de la famine est rappel\u00e9 (13,1 se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 12,10 et, ici, 26,1). Une m\u00eame ruse (le patriarche faisant passer son \u00e9pouse pour sa s\u0153ur : 12,10-20 ; 20,2-18 ; 26,7-11) lie d&rsquo;ailleurs les trois textes. Comme au chapitre 13, c&rsquo;est ici la prosp\u00e9rit\u00e9 qui cr\u00e9e le risque de conflit (et non la p\u00e9nurie) mais, cette fois, non plus entre des peuples fr\u00e8res mais entre des peuples \u00e9trangers. Cette fois, cependant, la jalousie est explicitement nomm\u00e9e comme un des m\u00e9canismes engendrant la violence (.14). La violence s&rsquo;en prend aux ressources \u00e9nerg\u00e9tiques strat\u00e9giques (en l&rsquo;occurrence, les puits : v.15) et se poursuit par une mesure d&rsquo;expulsion : \u00a0\u00bb Va t&rsquo;en de chez nous car tu es devenu bien plus puissant que nous\u00a0\u00bb (v.16). Tout est rapport de force !  En stigmatisant un Isaac qui \u00a0\u00bb partit de l\u00e0 (&#8230;) , creusa de nouveau les puits qu&rsquo;avaient creus\u00e9 les serviteurs de son p\u00e8re Abraham\u00a0\u00bb (v.17-18) et ainsi de suite pour les autres puits (v.19-22), l&rsquo;auteur biblique donne en exemple celui qui renonce \u00e0 l&rsquo;usage de la violence pour conserver des biens jalous\u00e9s. Nous ne sommes pas, en effet, dans l&rsquo;hypoth\u00e8se de la p\u00e9nurie absolue des biens vitaux : Isaac peut chaque fois aller plus loin, l&rsquo;univers des ressources disponibles \u2013sans \u00eatre infini- n&rsquo;est pas imm\u00e9diatement limit\u00e9. Isaac ne renonce donc pas aux moyens de subsistance comme tels ; il renonce aux biens jalous\u00e9s car il a compris que c&rsquo;\u00e9tait la jalousie qui rendait ces biens attrayants pour d&rsquo;autres et non la n\u00e9cessit\u00e9 ( les \u00a0\u00bb Philistins\u00a0\u00bb d&rsquo;Abimelek ne manquaient pas de puits). Nous sommes donc invit\u00e9s \u00e0 porter notre r\u00e9flexion sur ce point : comment ne pas se laisser entra\u00eener soi-m\u00eame dans le jeu de la jalousie et comment d\u00e9jouer celle des autres ?<\/p>\n<p>Dans notre r\u00e9cit, la non-r\u00e9sistance d&rsquo;Isaac,  per\u00e7ue comme force divine (\u00a0\u00bb Nous avons bien vu que Yahv\u00e9 est avec toi\u00a0\u00bb dit Abimelek \u00e0 Isaac, v.28), permit finalement de conclure une alliance (d\u00e9calque litt\u00e9raire de 21,22-34, comme nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 signal\u00e9). Suite \u00e0 la remarque d&rsquo;Isaac (\u00a0\u00bb Pourquoi venez-vous \u00e0 moi, puisque vous me ha\u00efssez&#8230;v.27), Abimelek d\u00e9crit son comportement \u00e0 son avantage (v.29). Isaac n&rsquo;insiste pas et accepte l&rsquo;alliance. Le signe en est cette fois un simple festin.<\/p>\n<p>\n<strong>GENESE 27:<br \/>\nMALEDICTION D&rsquo;ESA\u00dc  \t\t\t<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Tu vivras de ton \u00e9p\u00e9e et tu serviras ton fr\u00e8re\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nJacob, le cadet <a name=\"text0\"><a href=\"#vn0\"><sup>[0]<\/sup><\/a>, surprend donc par ruse la b\u00e9n\u00e9diction de son p\u00e8re Isaac \u00e0 la place d&rsquo;Esa\u00fc, l&rsquo;a\u00een\u00e9. En un sens, ceci ne fait que confirmer la perte du droit d&rsquo;a\u00eenesse qu&rsquo;Esa\u00fc avait si facilement galvaud\u00e9 (Gn.25,19-34).<br \/>\nLa \u00a0\u00bb b\u00e9n\u00e9diction\u00a0\u00bb est un genre litt\u00e9raire en soi, occasion pour le patriarche de dire leur quatre v\u00e9rit\u00e9s \u00e0 ses descendants ou de leur tracer un programme de vie. La plus ample est celle que Jacob, \u00e0 son tour, d\u00e9cernera \u00e0 ses fils (Gn.49). Tous ces textes, \u00e9crits plusieurs si\u00e8cles apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements relat\u00e9s, ont \u2013ne l&rsquo;oublions pas- une port\u00e9 \u00e9tiologique (expliquant a posteriori une situation donn\u00e9e). Ici aussi, il fallait expliquer que la tribu d&rsquo;Edom (\u00a0\u00bb descendant\u00a0\u00bb d&rsquo;Esa\u00fc) ait \u00e9t\u00e9 assujettie \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 d&rsquo;Isra\u00ebl (\u00a0\u00bb descendant\u00a0\u00bb de Jacob) <a name=\"text1\"><a href=\"#vn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>. Mais cela n&rsquo;\u00e9puise pas la signification du texte. Il ne nous int\u00e9resse pas non plus ici la moralit\u00e9 de la ruse de Jacob (qui est surtout celle de sa m\u00e8re &#8230;). Retenons, comme dit \u00e0 propos de Gn.25, qu&rsquo;il y a inversion par rapport \u00e0 une coutume que l&rsquo;on prenait pour intangible. Il se confirme aussi que le valeureux chasseur un peu sauvage n&rsquo;a pas les faveurs de l&rsquo;histoire.<\/p>\n<p>Ainsi est-ce d&rsquo;une mal\u00e9diction dont h\u00e9rite Esa\u00fc. Devoir vivre de son \u00e9p\u00e9e ou, plus exactement (puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit de textes \u00e9tiologiques), avoir choisi de trouver sa subsistance par la rapine et la razzia n&rsquo;est pas la technique approuv\u00e9e par le texte biblique, au contraire de l&rsquo;activit\u00e9 agricole (cf. la b\u00e9n\u00e9diction \u00e0 Jacob au v.28). Il y a, d\u00e8s ce stade-ci, un jugement de valeur contre une \u00e9conomie guerri\u00e8re (pour son lien avec la violence) et en faveur d&rsquo;une \u00e9conomie agraire.<\/p>\n<p>Mais le plus surprenant dans notre texte, c&rsquo;est que, finalement, c&rsquo;est le violent qui est le plus faible puisqu&rsquo;il est pr\u00e9sent\u00e9 comme asservi par son fr\u00e8re. La conjonction \u00a0\u00bb et\u00a0\u00bb a ici une valeur cons\u00e9cutive <a name=\"text2\"><a href=\"#vn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>. On pourrait donc traduire : \u00a0\u00bb Tu vivras de ton \u00e9p\u00e9e et, donc, tu serviras ton fr\u00e8re\u00a0\u00bb. Il y aurait bien ici une observation de nature \u00e9conomique : la prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique (de type agraire c-\u00e0-d pacifique) donne plus de puissance que celle acquise en misant sur la violence.<\/p>\n<p>Si la suj\u00e9tion est la cons\u00e9quence d&rsquo;un syst\u00e8me \u00e9conomique plus primitif (\u00e9conomie guerri\u00e8re), la cons\u00e9quence de la soumission est la r\u00e9volte : \u00a0\u00bb Esa\u00fc devint d\u00e9sormais l&rsquo;ennemi de Jacob&#8230;\u00a0\u00bb (v.41). La r\u00e9solution d&rsquo;aller jusqu&rsquo;au meurtre est prise. Autrement dit, malgr\u00e9 que la domination \u00e9conomique ne soit pas directement violente, elle risque quand m\u00eame de d\u00e9boucher sur de la violence physique (de la part des victimes). Mais la suite de l&rsquo;histoire nous montrera que cette issue n&rsquo;est pas in\u00e9luctable et que la prosp\u00e9rit\u00e9 mutuelle est possible.<\/p>\n<p>\n<strong>GENESE 32-33:<br \/>\nRECONCILIATION ENTRE JACOB ET ESA\u00dc<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0J&rsquo;ai affront\u00e9 ta pr\u00e9sence comme j&rsquo;ai affront\u00e9 celle de Dieu\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nAyant \u00e9t\u00e9 spoli\u00e9 de la b\u00e9n\u00e9diction de son p\u00e8re par une ruse de son fr\u00e8re jumeau-cadet, Esa\u00fc avait r\u00e9solu de se venger et de le tuer. Pour \u00e9chapper \u00e0 ce destin, Jacob s&rsquo;\u00e9tait enfui dans une r\u00e9gion \u00e9loign\u00e9e (Gn.27,43). Une vingtaine d&rsquo;ann\u00e9e plus tard, Jacob avait fait sa vie et avait prosp\u00e9r\u00e9. Esa\u00fc aussi.  Mais Jacob restait rong\u00e9 par ce conflit avec son fr\u00e8re. Il voulait dor\u00e9navant, \u00e0 tout prix, obtenir le pardon  de celui-ci. Ne sachant pas dans quelles dispositions \u00e9tait son fr\u00e8re \u00e0 son \u00e9gard, Jacob envoie ambassades et cadeaux. Sa pri\u00e8re \u00e0 Dieu \u00e9tait : \u00a0\u00bb Veuille me sauver de la main de mon fr\u00e8re car j&rsquo;ai peur de lui, qu&rsquo;il ne vienne et ne nous frappe\u00a0\u00bb (32,12). La veille de la rencontre d\u00e9cisive, Jacob s&rsquo;isole et \u00a0\u00bb lutte\u00a0\u00bb avec \u00a0\u00bb quelqu&rsquo;un\u00a0\u00bb (32,23-33). Cet \u00e9pisode est connu sous le nom de \u00a0\u00bb lutte de Jacob avec l&rsquo;Ange au Yabbok\u00a0\u00bb et, isol\u00e9 de son contexte, a re\u00e7u de nombreuses interpr\u00e9tations mystiques <a name=\"text3\"><a href=\"#vn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> mais il doit \u00eatre compris en relation \u00e9troite avec la sc\u00e8ne de r\u00e9conciliation avec Esa\u00fc dont il est la pr\u00e9paration et la condition.<br \/>\nPremi\u00e8re le\u00e7on \u00e0 en tirer : la r\u00e9conciliation est une lutte. Elle serait superficielle (et fragile) si elle ne d\u00e9butait pas par une lutte int\u00e9rieure, une angoisse. On sent la r\u00e9conciliation vitale mais on sait qu&rsquo;elle comprend des risques (y compris des risques mortels). De fait, on n&rsquo;en sort pas indemne (Jacob est atteint \u00e0 la hanche pendant cette lutte) mais, surtout, on en sort transform\u00e9 (le nom de Jacob y est chang\u00e9 en \u00a0\u00bb Isra\u00ebl\u00a0\u00bb ; la v\u00e9ritable histoire d&rsquo;Isra\u00ebl pourra enfin commencer).  Il s&rsquo;agit d&rsquo;une v\u00e9ritable \u00a0\u00bb renaissance\u00a0\u00bb. Jacob s&rsquo;y \u00e9tait pr\u00e9par\u00e9 en rappelant lui-m\u00eame \u00e0 Dieu dans sa pri\u00e8re : \u00a0\u00bb Tu m&rsquo;as recommand\u00e9 de retourner dans mon pays, au pays de ma parent\u00e9&#8230;\u00a0\u00bb (32,10). Il devait retourner aux origines du conflit pour avoir une chance de le r\u00e9soudre et pour retrouver une nouvelle personnalit\u00e9, pacifi\u00e9e.<br \/>\n Deuxi\u00e8me le\u00e7on \u00e0 en tirer : la r\u00e9conciliation avec son semblable (dont le \u00a0\u00bb jumeau\u00a0\u00bb est l&rsquo;exemple m\u00eame) passe par un \u00a0\u00bb affrontement\u00a0\u00bb avec l&rsquo;Autre (m\u00eame et surtout abstrait et anonyme, comme dans notre texte). Au sortir de cet affrontement (qui peut aussi \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme exercice d&rsquo;affrontement \u00e0 l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9, \u00e0 toute forme d&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9), Jacob se rend compte : \u00a0\u00bb et j&rsquo;ai eu la vie sauve\u00a0\u00bb (32,31). Cet exercice  \u00e9tait pour lui une \u00e9preuve terrible car inconnue de lui (comme \u00a0\u00bb jumeau\u00a0\u00bb, il vivait dans l&rsquo;univers du \u00a0\u00bb m\u00eame\u00a0\u00bb). Mais c&rsquo;est par l\u00e0 qu&rsquo;il fallait passer pour pouvoir, enfin, aborder son fr\u00e8re comme autre c-\u00e0-d dans le respect de son alt\u00e9rit\u00e9 <a name=\"text4\"><a href=\"#vn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a> et sans esprit de rivalit\u00e9. L&rsquo;affrontement \u2013religieux- \u00e0 l&rsquo;Autre l&rsquo;y a aid\u00e9, l&rsquo;a rendu possible. Ce parall\u00e9lisme entre les deux affrontements est clairement explicit\u00e9 par Jacob lui-m\u00eame : \u00a0\u00bb J&rsquo;ai affront\u00e9 ta pr\u00e9sence comme j&rsquo;ai affront\u00e9 celle de Dieu\u00a0\u00bb (33,10).  <br \/>\nLa suite du r\u00e9cit (33,12-17) o\u00f9 Jacob se s\u00e9pare d&rsquo;Esa\u00fc en partant dans une autre direction est habituellement interpr\u00e9t\u00e9e comme une persistance de la m\u00e9fiance. On pourrait plut\u00f4t y voir le fait que, d\u00e9sormais, les personnalit\u00e9s de chacun sont affirm\u00e9es, les alt\u00e9rit\u00e9s reconnues, le lien g\u00e9mellaire coup\u00e9, l&rsquo;univers du \u00a0\u00bb m\u00eame\u00a0\u00bb positivement rompu et que, donc, un avenir est possible pour chacun.<\/p>\n<p>\n<strong>GENESE 37 \u2013 48:<br \/>\nJOSEPH ET SES FRERES<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Comment pourrais-je remonter chez mon p\u00e8re sans que l&rsquo;enfant soit avec moi\u00a0\u00bb?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nCet ensemble constitue un petit roman, une \u00a0\u00bb nouvelle\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du livre de la Gen\u00e8se. On conna\u00eet l&rsquo;histoire de ce Joseph, onzi\u00e8me (et avant-dernier) fils de Jacob mais son pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 (parce que premier fils de sa premi\u00e8re femme longtemps st\u00e9rile, \u00e9galement sa pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e) ayant eu un songe pr\u00e9monitoire de sa sup\u00e9riorit\u00e9. Ses fr\u00e8res en con\u00e7urent de la jalousie, projet\u00e8rent de le faire mourir mais, \u00e0 l&rsquo;intervention de Ruben (premier fils de Jacob) d&rsquo;une part et de Juda (quatri\u00e8me fils), ils finirent par le vendre. Par une suite de circonstances, Joseph devint un personnage important d&rsquo;Egypte, contribuant \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 de ce pays. De leur c\u00f4t\u00e9, pouss\u00e9s par la famine s\u00e9vissant en Canaan, les fils de Jacob sont contraints d&rsquo;aller chercher de l&rsquo;aide en Egypte, en fait chez leur fr\u00e8re Joseph. Il ne se laisse pas imm\u00e9diatement reconna\u00eetre et, par une suite de pressions (suspicion de vol, fr\u00e8re gard\u00e9 en otage, obligation d&rsquo;aller chercher le douzi\u00e8me enfant pu\u00een\u00e9), il finit par leur faire faire, par rapport \u00e0 leur dernier fr\u00e8re Benjamin (\u00a0\u00bb substitut\u00a0\u00bb de Joseph pour Jacob) un acte de solidarit\u00e9 totale (Ruben d&rsquo;une part, Juda d&rsquo;autre part se portant garant envers lui), inverse de l&rsquo;acte de jalousie dont il avait \u00e9t\u00e9 victime. Cet engagement envers le dernier et le plus faible des fr\u00e8res, le plus pr\u00e9cieux aux yeux du p\u00e8re, d\u00e9bloque la situation et apporte le salut.<\/p>\n<p>En prenant la violence comme cl\u00e9 de lecture de ce texte, on constate que c&rsquo;est \u00e0 nouveau la jalousie qui est mise en sc\u00e8ne comme conduisant \u00e0 l&rsquo;intention de meurtre.  Cependant, l&rsquo;intention n&rsquo;est pas ex\u00e9cut\u00e9e, un d\u00e9rivatif est trouv\u00e9. <br \/>\nPar un processus qui leur \u00e9chappe enti\u00e8rement,  c&rsquo;est ce d\u00e9rivatif qui va permettre \u00e0 tous de rester en vie (Joseph, par sa vie en Egypte ; ses fr\u00e8res, en \u00e9tant sauv\u00e9s de la famine gr\u00e2ce \u00e0 Joseph). Un aspect de ce processus est constitu\u00e9 par une conversion int\u00e9rieure : mis devant les conditions de Joseph, Ruben, qui \u00e9tait le premier \u00e0 avoir dit : \u00a0\u00bb N&rsquo;attentons pas \u00e0 sa vie. Ne r\u00e9pandez pas le sang\u00a0\u00bb (37,21), est encore le premier \u00e0 faire le lien avec leur faute : \u00a0\u00bb Ne vous avais-je pas dit de ne pas commettre de faute contre l&rsquo;enfant\u00a0\u00bb (42,22). Il est encore le premier \u00e0 se porter garant vis-\u00e0-vis de son p\u00e8re par rapport \u00e0 Benjamin : \u00a0\u00bb Tu mettras mes deux fils \u00e0 mort si je ne te le ram\u00e8ne pas\u00a0\u00bb (42,37). Juda fait une d\u00e9marche parall\u00e8le (note 1), vis-\u00e0-vis de son p\u00e8re d&rsquo;une part (43,8) et vis-\u00e0-vis de l&rsquo;intendant du Pharaon (Joseph) d&rsquo;autre part (44,18-34).<br \/>\nIl termine son plaidoyer par cette admirable phrase, cl\u00e9 de la conversion int\u00e9rieure par rapport \u00e0 la violence : \u00a0\u00bb Comment pourrais-je remonter chez mon p\u00e8re sans que l&rsquo;enfant soit avec moi ?\u00a0\u00bb. Il suffit, en effet, de voir en Juda n&rsquo;importe quel humain, de voir Dieu le P\u00e8re dans le p\u00e8re et dans l&rsquo;enfant (Benjamin), tout enfant, tout \u00eatre fragile, tout ce qu&rsquo;il y a de fragile et pr\u00e9cieux en chaque homme pour comprendre quelle d\u00e9marche int\u00e9rieure nous est demander. Par ailleurs, le \u00a0\u00bb d\u00e9rivatif\u00a0\u00bb peut \u00e9videmment \u00eatre lu comme \u00a0\u00bb d\u00e9rivation par la religion\u00a0\u00bb (le \u00a0\u00bb sacrifice rituel\u00a0\u00bb rempla\u00e7ant le sacrifice r\u00e9el).  Les douze fils de Jacob \u00e9tant ainsi r\u00e9unis sains et saufs et ceux-ci \u00e9tant les anc\u00eatres \u00e9ponymes des douze tribus d&rsquo;Isra\u00ebl, il s&rsquo;av\u00e8re que cette d\u00e9marche est fondatrice de toute l&rsquo;histoire du Peuple de Dieu qui n&rsquo;est que l&rsquo;arch\u00e9type de notre histoire \u00e0 chacun de nous.<\/p>\n<p>\n<strong>GENESE 49,5-7:<br \/>\nSIMEON ET LEVI<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Maudite leur col\u00e8re pour sa rigueur, maudite leur fureur pour sa duret\u00e9\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nA la veille de mourir, Jacob r\u00e9unit ses 12 fils, symbolisant l&rsquo;unit\u00e9 th\u00e9orique des douze tribus d&rsquo;Isra\u00ebl par une filiation \u00e0 un m\u00eame p\u00e8re, pour leur adresser un dernier message. La \u00a0\u00bb b\u00e9n\u00e9diction\u00a0\u00bb d&rsquo;un p\u00e8re \u00e0 ses fils est un genre litt\u00e9raire permettant de dresser le portrait autant qu&rsquo;une appr\u00e9ciation de chacun (Gn.49 ou B\u00e9n\u00e9dictions de Mo\u00efse en Deut.33 ou Juges 5). Les portraits sont tout en diff\u00e9rences et les jugements parfois s\u00e9v\u00e8res.<\/p>\n<p>La d\u00e9sapprobation des actes de Sim\u00e9on et L\u00e9vi nous int\u00e9resse particuli\u00e8rement car elle concerne des actes de violence. Ceux-ci avaient \u00e9t\u00e9 relat\u00e9s plus haut (Gn.34 ) : Sim\u00e9on et L\u00e9vi avaient d\u00e9cid\u00e9 de venger la honte inflig\u00e9e \u00e0 leur s\u0153ur Dina. Celle-ci avait \u00e9t\u00e9 viol\u00e9e mais le violeur aimait r\u00e9ellement la femme en question, la demanda officiellement en mariage et un accord \u00e9tait intervenu \u00e0 ce sujet. Le r\u00e9cit de la vengeance est parfaitement invraisemblable (deux personnes seules mettant \u00e0 sac toute une ville et massacrant tout le monde). La r\u00e9alit\u00e9 historique sous-jacente est sans doute une tentative infructueuse de la part des tribus de Sim\u00e9on et L\u00e9vi de s&#8217;emparer de villes sich\u00e9mites. Sim\u00e9on et L\u00e9vi se croyaient dans leur bon droit ; ils se croyaient m\u00eame oblig\u00e9s de venger leur s\u0153ur au nom de la coutume. Il est int\u00e9ressant de constater que c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce principe de la vengeance de sang, de la vendetta familiale, priv\u00e9e, qui est condamn\u00e9 ici (\u00e0 une \u00e9poque que l&rsquo;auteur biblique fait remonter \u00e0 environ 1200 avant notre \u00e8re !) <a name=\"text5\"><a href=\"#vn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>. La convention \u00e9crite, la loi, l&#8217;emporte d\u00e9sormais sur le d\u00e9sir de vengeance personnel. <\/p>\n<p>La personnalit\u00e9 et la place de Sim\u00e9on et L\u00e9vi dans l&rsquo;histoire d&rsquo;Isra\u00ebl ont aussi sans doute quelque chose \u00e0 nous apprendre. Sim\u00e9on \u00e9tait  le second fils de Jacob avec L\u00e9a. Celle-ci donna quatre fils \u00e0 Jacob (Ruben, Sim\u00e9on, L\u00e9vi et Juda)  mais n&rsquo;\u00e9tait pas sa femme pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e. La naissance du premier ne changea pas la situation. A la naissance du second, elle s&rsquo;\u00e9cria : \u00a0\u00bb Yahv\u00e9 a entendu que j&rsquo;\u00e9tais d\u00e9laiss\u00e9e&#8230;\u00a0\u00bb (Gn.29,33) <a name=\"text6\"><a href=\"#vn6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>. Sim\u00e9on est donc le signe de l&rsquo;impression de d\u00e9laissement. Se d\u00e9voile ainsi un des m\u00e9canismes de naissance de la violence comme r\u00e9ponse au m\u00e9pris, \u00e0 l&rsquo;indiff\u00e9rence. Historiquement, la tribu de Sim\u00e9on sera absorb\u00e9e par celle de Juda.<br \/>\nL\u00e9vi fut le troisi\u00e8me fils, provoquant l&rsquo;esp\u00e9rance de L\u00e9a : \u00a0\u00bb Cette fois, mon mari s&rsquo;attachera \u00e0 moi&#8230;\u00a0\u00bb <a name=\"text7\"><a href=\"#vn7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>, esp\u00e9rance d\u00e9\u00e7ue. L\u00e9vi sera donc porteur de la m\u00eame violence. Historiquement, la tribu de L\u00e9vi n&rsquo;aura pas de territoire attribu\u00e9 et vivra dans la pauvret\u00e9 mais elle devint la tribu sacerdotale <a name=\"text8\"><a href=\"#vn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>. M\u00eame selon son \u00e9tymologie latine, le r\u00f4le de la religion est d&rsquo;\u00eatre \u00a0\u00bb reliance\u00a0\u00bb avec Dieu (reliance d\u00e9\u00e7ue, diront certains&#8230;), de rechercher cet attachement \u00e0 Dieu. Il est cependant inqui\u00e9tant de constater que le \u00a0\u00bb lien religieux\u00a0\u00bb aurait une violence comme fondement (ce qui est parfaitement coh\u00e9rent avec les th\u00e9ories de Ren\u00e9 Girard). L&rsquo;enjeu de la religion ne serait-il pas de sublimer la violence r\u00e9elle en violence rituelle pour d\u00e9boucher sur la non-violence dans la r\u00e9alit\u00e9&#8230; ?<\/p>\n<p>\n<strong>GENESE 49,27:<br \/>\nBENJAMIN<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0&#8230;un loup rapace d\u00e9vorant sa proie d\u00e8s le matin, triant les d\u00e9pouilles jusqu&rsquo;au soir\u00a0\u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nL&rsquo;histoire de Joseph (Gn.37-48) nous a laiss\u00e9 une tendre image de Benjamin. Douzi\u00e8me et dernier fils de Jacob, fils de sa vieillesse (comme Isaac pour Abraham), deuxi\u00e8me et dernier fils inesp\u00e9r\u00e9 d&rsquo;avec Rachel sa femme pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e (si longtemps st\u00e9rile), double de Joseph parce que n\u00e9 comme lui de Rachel mais apr\u00e8s sa disparition, enfant ch\u00e9ri que Jacob eut tant de peine \u00e0 laisser partir, il incarnait la tendresse aimante d&rsquo;un p\u00e8re. Ne l&rsquo;avait-il pas appel\u00e9 \u00a0\u00bb Benjamin\u00a0\u00bb c-\u00e0-d \u00a0\u00bb fils de la droite\u00a0\u00bb c-\u00e0-d \u00a0\u00bb fils du bonheur\u00a0\u00bb. C&rsquo;est aussi envers lui que les fr\u00e8res furent oblig\u00e9s de faire un acte de solidarit\u00e9 totale (inverse de la d\u00e9n\u00e9gation totale \u00e0 laquelle ils avaient vou\u00e9 Joseph) pour s&rsquo;assurer leur survie. Il fut donc l&rsquo;enjeu du salut d&rsquo;Isra\u00ebl.<\/p>\n<p>Tout autre est l&rsquo;image historique donn\u00e9e par la \u00a0\u00bb descendance\u00a0\u00bb de Benjamin \u00e0 laquelle fait allusion cette \u00a0\u00bb b\u00e9n\u00e9diction\u00a0\u00bb de Jacob (compos\u00e9e en fonction de ces donn\u00e9es historiques). La tribu benjaminite s&rsquo;illustra en effet comme tribu belliqueuse, violente et sans scrupule (Juges 3,12-30 ; 19-21 ; 1Samuel 9-15 ; 22,6-19) \u00e0 une \u00e9poque situ\u00e9e au 11\u00b0si\u00e8cle (alors que la b\u00e9n\u00e9diction de Jacob serait \u00e0 situer vers le 18\u00b0s). La violence de (la tribu de) Benjamin \u00e9tait donc d\u00e9vorante, insatiable. N&rsquo;est-ce pas le cas de toute violence ?<\/p>\n<p>Le salut d&rsquo;Isra\u00ebl allait-il pass\u00e9 par l\u00e0? Pr\u00e9cis\u00e9ment, non. Malgr\u00e9 la faveur dont la lign\u00e9e Jacob-Joseph-Benjamin semblait entour\u00e9e, ce n&rsquo;est finalement pas elle qui assurera la suite de l&rsquo;histoire d&rsquo;Isra\u00ebl. La royaut\u00e9 de Sa\u00fcl (un benjaminite) fut un \u00e9chec (1Samuel). C&rsquo;est David qui prit la rel\u00e8ve c-\u00e0-d un descendant de Juda (1Chron.2,3-17). Du point de vue de \u00a0\u00bb l&rsquo;histoire sainte\u00a0\u00bb (ou de la saintet\u00e9 de l&rsquo;histoire), Jacob s&rsquo;\u00e9tait trop attach\u00e9 \u00e0 sa descendance humaine, Joseph s&rsquo;\u00e9tait laiss\u00e9 absorber par sa r\u00e9ussite mat\u00e9rielle en Egypte, Benjamin s&rsquo;\u00e9tait laiss\u00e9 d\u00e9vorer par la violence. Celui qui \u00e9tait le \u00a0\u00bb fils du bonheur\u00a0\u00bb pour Jacob \u00e9tait  -on l&rsquo;a volontairement oubli\u00e9- le \u00a0\u00bb fils de la douleur\u00a0\u00bb (Ben-Oni) pour celle qui l&rsquo;avait enfant\u00e9 (Gn.35,18). Est-ce pour avoir occult\u00e9 cette douleur originaire que cette descendance en a tant r\u00e9pandu autour d&rsquo;elle?<\/p>\n<p>\n<strong><em>Violence, guerre et paix dans la Bible \u2013 Gen\u00e8se \u2013 (encart 1)<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>LES MYTHES RELIGIEUX FONDATEURS ET LA VIOLENCE<br \/>\n<em>L&rsquo;anthropologie religieuse de Ren\u00e9 Girard<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\nL&rsquo;anthropologue franco-am\u00e9ricain contemporain Ren\u00e9 Girard (note 1) estime qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de soci\u00e9t\u00e9 sans mythes de violence. Les mythes de violence seraient la trace de violences bien r\u00e9elles qui auraient \u00e9t\u00e9 \u00a0\u00bb sublim\u00e9es\u00a0\u00bb, dans les meilleurs des cas, sous forme d&rsquo;expression verbale, de rite ou de prohibition.<br \/>\n L&rsquo;origine de la violence dans les soci\u00e9t\u00e9s serait le d\u00e9sir mim\u00e9tique : chacun d\u00e9sire la m\u00eame chose, non pas parce que cette chose serait rare ou pr\u00e9cieuse ou parce qu&rsquo;il en aurait sp\u00e9cialement besoin mais parce qu&rsquo;elle est d\u00e9sir\u00e9e par un autre. C&rsquo;est l&rsquo;autre qui d\u00e9signe telle chose comme d\u00e9sirable et qui engendre donc une rivalit\u00e9 mim\u00e9tique, d\u00e9g\u00e9n\u00e9rant en violence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, aveugle et suicidaire. Les soci\u00e9t\u00e9s les plus sages (les seules sans doute \u00e0 avoir surv\u00e9cues) ont \u00e9vit\u00e9 ce massacre en d\u00e9signant parmi elles une victime \u00e9missaire. Son r\u00f4le \u00e9tait de concentrer en elle toute la violence collective du d\u00e9sir mim\u00e9tique pour l&rsquo;expulser du groupe social afin que celui-ci retrouve sa paix. Il fallait que la victime soit innocente et choisie arbitrairement puisque, pour \u00eatre efficace, il fallait qu&rsquo;il n&rsquo;y ait pas d&rsquo;autres raisons de s&rsquo;en prendre \u00e0 cette victime que de servir \u00e0 cette expulsion ou alors la seule \u00a0\u00bb faute\u00a0\u00bb devait \u00eatre de pr\u00e9senter des signes victimaires (tout type d&rsquo; \u00a0\u00bb anormalit\u00e9\u00a0\u00bb ou de sp\u00e9cificit\u00e9, sans lien objectif avec une quelconque culpabilit\u00e9 r\u00e9elle). Le sacrifice (violent) permettait ainsi de d\u00e9passer une situation de violence g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. L&rsquo;\u00e9tape suivante consistait \u00e0 \u00e9voluer vers des formes de plus en plus symbolis\u00e9es de sacrifice mais restant efficaces. L&rsquo;enjeu du religieux serait ainsi de d\u00e9passer la violence r\u00e9elle par la violence symbolique. Une religion ne faisant pas de place \u00e0 la violence serait une religion \u00a0\u00bb inefficace\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\n<strong><em>Note 1: Bibliographie:<\/em><\/strong><br \/>\n&#8211; Mensonge romantique et v\u00e9rit\u00e9 romanesque, Grasset, 1961<br \/>\n&#8211; La violence et le sacr\u00e9, Grasset, 1972<br \/>\n&#8211; Critique dans un souterrain, 1976, r\u00e9\u00e9d. Livre de Poche, Biblio-Essais<br \/>\n&#8211; Des choses cach\u00e9es depuis la fondation du monde, 1978, r\u00e9\u00e9d.idem<br \/>\n&#8211; Le bouc \u00e9missaire, 1982, r\u00e9\u00e9d.idem<br \/>\n&#8211; La route antique des hommes pervers, Grasset, 1985<br \/>\n&#8211; Quand ces choses commenceront, Arl\u00e9a, Paris 1994<br \/>\n&#8211; J&rsquo;ai vu Satan tomber comme l&rsquo;\u00e9clair, Grasset, 1999<br \/>\n&#8211; Celui par qui le scandale arrive, DDB, Paris, 2001<br \/>\n&#8211; La voix m\u00e9connue du r\u00e9el, Grasset, Paris, 2002<\/p>\n<p>\n<strong><em>Violence, guerre et paix dans la Bible \u2013 Gen\u00e8se \u2013 (encart 2)<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>L&rsquo;ALLIANCE COMME THEME THEOLOGIQUE<\/strong><\/p>\n<p>\nAu d\u00e9part d&rsquo;un fait institutionnel tr\u00e8s concret de la vie politique du Moyen-Orient antique, l&rsquo;Alliance est devenue un th\u00e8me th\u00e9ologique majeur dans les traditions juives et chr\u00e9tiennes.<br \/>\nLes r\u00e9cits du \u00a0\u00bb Paradis terrestre\u00a0\u00bb signifient que l&rsquo;\u00e9tat id\u00e9al e\u00fbt \u00e9t\u00e9 que l&rsquo;homme vive dans une harmonie naturelle avec Dieu et que cette harmonie aurait permis \u00e0 l&rsquo;homme de vivre dans la paix et le bonheur. Cette alliance naturelle rompue, il a fallu la remplacer par des alliances contractuelles, d\u00fbment et librement n\u00e9goci\u00e9es entre l&rsquo;homme et Dieu. L&rsquo;hypoth\u00e8se que l&rsquo;homme n&rsquo;ait pas envie de n\u00e9gocier ou de \u00a0\u00bb recevoir\u00a0\u00bb une alliance avec Dieu est donc th\u00e9ologiquement ouverte. L&rsquo;alliance se distingue de la pure soumission, m\u00eame si les partenaires ne sont pas \u00e9gaux. Elle porte sur des points pr\u00e9cis, rendus publics et exigeant un assentiment r\u00e9el. Elle est assortie de sanctions en cas de non-respect. Elle est, enfin, \u00a0\u00bb c\u00e9l\u00e9br\u00e9e\u00a0\u00bb.<br \/>\nLe sort de l&rsquo;Alliance va constituer la grille de lecture de toute l&rsquo;histoire biblique : Dieu va proposer une alliance \u00e0 l&rsquo;Homme (en trois \u00a0\u00bb \u00e9tapes\u00a0\u00bb : No\u00e9, Abraham, Mo\u00efse) ; l&rsquo;homme (le peuple juif, symbolis\u00e9 par Mo\u00efse) va accepter mais ne va pas respecter les clauses de l&rsquo;alliance ; Dieu va prendre des sanctions mais ne va jamais rompre son alliance ; la relation d&rsquo;alliance va devenir une relation \u00e9ducative.<br \/>\nTranspos\u00e9 au niveau des relations humaines, ce mod\u00e8le peut se traduire comme suit : celui qui est \u00a0\u00bb dominant\u00a0\u00bb dans la relation ne doit pas profiter de sa situation pour imposer sa loi ni exiger soumission ; les relations humaines doivent se r\u00e9gler \u00a0\u00bb par contrats\u00a0\u00bb, d\u00fbment et librement n\u00e9goci\u00e9s ; tous les humains \u00e9tant \u00e9gaux par rapport \u00e0 Dieu, toutes les \u00a0\u00bb alliances humaines\u00a0\u00bb devraient \u00eatre des n\u00e9gociations entre \u00e9gaux (en droit m\u00eame s&rsquo;ils ne le sont pas en fait) ; m\u00eame en cas de non-respect, il faut avoir une approche \u00e9ducative du \u00a0\u00bb contrat\u00a0\u00bb (c-\u00e0-d ne pas sanctionner automatiquement, sans discernement, mais au contraire laisser place \u00e0 la \u00a0\u00bb gr\u00e2ce\u00a0\u00bb, au pardon).<\/p>\n<p>\n<strong><em>BIBLIOGRAPHIE:<\/em><\/strong><br \/>\nBUIS, La notion d&rsquo;Alliance dans l&rsquo;Ancien Testament, coll. Lectio divina 88, Cerf, Paris, 1976<br \/>\nJAUBERT, A., La notion d&rsquo;Alliance dans le juda\u00efsme, Seuil, Paris, 1963<br \/>\nRENAUD, B., L&rsquo;Alliance, un myst\u00e8re de mis\u00e9ricorde, coll. Lectio divina 169, Cerf, Paris, 1998 <\/p>\n<p>\n<strong><em>Violence, guerre et paix dans la Bible \u2013 Gen\u00e8se \u2013 (encart 3)<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>CONTEXTE HISTORIQUE DE L&rsquo;\u00c9POQUE PATRIARCALE  (19\u00b0-15\u00b0S. AVANT J-C)<\/strong><\/p>\n<p>\nLes H\u00e9breux constituaient quelques tribus d&rsquo;abord nomades puis semi-nomades, se d\u00e9pla\u00e7ant en bordure de r\u00e9gions agricoles, installant temporairement leurs tentes aux m\u00eames \u00e9poques de l&rsquo;ann\u00e9e \u00e0 peu pr\u00e8s aux m\u00eames endroits, dans une r\u00e9gion correspondant au Proche-Orient actuel (Jordanie, Isra\u00ebl, Neguev,&#8230;). Des circonstances particuli\u00e8res (famines,&#8230;) obligeaient \u00e0 des transhumances plus lointaines (Egypte,&#8230;). Le droit de passage n&rsquo;\u00e9tait pas contest\u00e9 mais l&rsquo;installation, m\u00eame temporaire, devait \u00eatre n\u00e9goci\u00e9e \u00e0 moins qu&rsquo;on ne parvienne \u00e0 s&rsquo;imposer par la force. Le droit d&rsquo;usage des puits n&rsquo;\u00e9tait pas non plus contest\u00e9 mais ceux-ci restaient la \u00a0\u00bb propri\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb du clan qui les avait creus\u00e9s. Les tribus connaissaient une structure clanique (autorit\u00e9 patriarcale) primitive bien que des Etats organis\u00e9s existaient d\u00e9j\u00e0 (Egypte, Babylone,&#8230;). Chaque tribu vivait de mani\u00e8re tr\u00e8s ind\u00e9pendante.<\/p>\n<p>\n<strong><em>Violence, guerre et paix dans la Bible \u2013 Gen\u00e8se \u2013 (encart 4)<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>VIOLENCES, GUERRE ET PAIX \u00c0 L&rsquo;\u00c9POQUE PATRIARCALE<\/strong><\/p>\n<p>\nCette \u00e9poque (1800 \u00e0 1400 avant J\u00e9sus-Christ) ne conna\u00eet pas vraiment de guerre au sens d&rsquo;une institution organis\u00e9e par des Etats constitu\u00e9s dans le cadre d&rsquo;une vis\u00e9e politique ou \u00e9conomique pr\u00e9d\u00e9finie mais beaucoup de violences.<br \/>\nIl n&rsquo;y a pas non plus de guerriers au sens de personnes form\u00e9es \u00e0 cet effet, constitu\u00e9es en corps social distinct et dont la guerre soit l&rsquo;occupation sp\u00e9cialis\u00e9e ou exclusive mais tout m\u00e2le valide et en \u00e2ge de porter une arme en porte en permanence et est mobilisable \u00e0 tout moment dans le cadre d&rsquo;une \u00a0\u00bb bande\u00a0\u00bb (correspondant \u00e0 un clan) et sous la direction d&rsquo;un chef de bande, en vue de d\u00e9fendre le clan ou d&rsquo;attaquer un objectif imm\u00e9diat et limit\u00e9 ayant eu l&rsquo;assentiment des chefs de famille.<br \/>\nMais il n&rsquo;y a donc pas non plus de paix. Tout clan \u00e9tranger est a priori ennemi sauf s&rsquo;il ne devient explicitement ami (cependant, l&rsquo;\u00e9tranger isol\u00e9 ou en petit nombre n&rsquo;est jamais ennemi mais au contraire \u00a0\u00bb h\u00f4te\u00a0\u00bb dans la mesure o\u00f9 il ne repr\u00e9sente pas une menace par son nombre). Toute situation peut d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer en conflit. Les droits se conqui\u00e8rent et se d\u00e9fendent. Le trait\u00e9 d&rsquo;alliance est la seule mani\u00e8re de sortir de cette situation. Il se n\u00e9gocie au cas par cas, il est tr\u00e8s li\u00e9 aux personnes et doit se renouveler d\u00e8s que les circonstances changent. Les ruptures d&rsquo;alliance sont nombreuses. Par contre, il semble qu&rsquo;il y ait peu de violences priv\u00e9es. A une ins\u00e9curit\u00e9 externe tr\u00e8s forte correspondait une s\u00e9curit\u00e9 interne tout aussi forte.<br \/>\nIl est difficile de dire s&rsquo;il y a eu r\u00e9flexion sur la violence \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque patriarcale m\u00eame. Les traditions qui ont \u00e9t\u00e9 transmises l&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 dans le cadre du r\u00e9cit \u00e9pique. Ce \u00e0 quoi nous avons acc\u00e8s, c&rsquo;est la r\u00e9flexion que \u00a0\u00bb le Yahviste\u00a0\u00bb et \u00a0\u00bb l&rsquo;Elohiste\u00a0\u00bb (deux mouvements th\u00e9ologiques de l&rsquo;\u00e9poque royale (9\u00b0s.), principaux \u00a0\u00bb auteurs\u00a0\u00bb de la Gen\u00e8se (avec retravail par le \u00a0\u00bb Sacerdotal\u00a0\u00bb (5\u00b0s.)) ont situ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque patriarcale. Leur r\u00e9flexion est que la violence est originaire et est en relation avec la rupture du lien entre l&rsquo;Homme et Dieu. La violence est \u00e9galement pos\u00e9e, non plus seulement comme un fait (encore tendance du Yahviste) mais comme cat\u00e9gorie morale (tendance de l&rsquo;Elohiste).<\/p>\n<table cellpadding=\"5\" cellspacing=\"0\" border=\"0\">\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn0\"><\/a>(<a href=\"#text0\">0<\/a>)<\/td>\n<td>En fait, \u00e9tant jumeaux, leur relation appara\u00eet comme la plus \u00e9galitaire possible (l&rsquo;un est simplement \u00a0\u00bb sorti\u00a0\u00bb avant l&rsquo;autre, Jacob \u00a0\u00bb tenant Esa\u00fc par le talon\u00a0\u00bb). Il n&rsquo;en est rien. Les institutions humaines (droit d&rsquo;a\u00eenesse) et les passions (pr\u00e9f\u00e9rence de Rebecca pour Jacob) parviendront \u00e0 en faire une relation in\u00e9galitaire et, par la ruse, \u00e0 l&rsquo;inverser au profit de Jacob.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn1\"><\/a>(<a href=\"#text1\">1<\/a>)<\/td>\n<td>Depuis le r\u00e8gne de David (cf.2Sam.8,14) jusqu&rsquo;\u00e0 Joram (vers 840, cf.2Rois 8,20). Ceci expliquerait d&rsquo;ailleurs l&rsquo;ajoute plus tardive \u00a0\u00bb mais quand tu essaieras de te d\u00e9gager, tu biseras le joug de dessus ton corps\u00a0\u00bb, correspondant \u00e0 cette situation nouvelle.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn2\"><\/a>(<a href=\"#text2\">2<\/a>)<\/td>\n<td>La langue h\u00e9bra\u00efque ne connaissant pas les conjonctions de subordination, le conjonction de coordination \u00a0\u00bb waw\u00a0\u00bb recouvre plusieurs valeurs et particuli\u00e8rement la valeur cons\u00e9cutive.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn3\"><\/a>(<a href=\"#text3\">3<\/a>)<\/td>\n<td>Les interpr\u00e9tations ex\u00e9g\u00e9tiques habituelles sont toutes spiritualisantes et ne sont ici d&rsquo;aucun secours. Voir par contre les remarques suggestives de R.BARTHES, La lutte avec l&rsquo;ange, in Analyse structurale et ex\u00e9g\u00e8se biblique, Delachaux et Niestl\u00e9, Gen\u00e8ve, 1971; et James G.WILLIAMS, The Bible, Violence &amp; the Sacred, Harper, San Francisco, 1992, pp.46-54.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn4\"><\/a>(<a href=\"#text4\">4<\/a>)<\/td>\n<td>Si l&rsquo;on voulait exploiter la g\u00e9ographie du r\u00e9cit (et au prix de quelques jeux de mots), on pourrait dire que Jacob, en se situant sur la rive du Yabbok, se d\u00e9finit enfin honn\u00eatement en \u00a0\u00bb rival\u00a0\u00bb de son fr\u00e8re et qu&rsquo;il s&rsquo;agit maintenant de le r\u00e9aborder comme on aborde \u00e0 un rivage. L&rsquo;abord peut \u00eatre pacifique mais la violence n&rsquo;est pas loin comme n&rsquo;est pas loin, en fran\u00e7ais, l&rsquo;expression \u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;abordage !\u00a0\u00bb de l&rsquo;expression \u00a0\u00bb aborder quelqu&rsquo;un\u00a0\u00bb.<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn5\"><\/a>(<a href=\"#text5\">5<\/a>)<\/td>\n<td>&#8230;alors que certaines cultures entretiennent encore ce principe de nos jours!<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn6\"><\/a>(<a href=\"#text6\">6<\/a>)<\/td>\n<td>\u00a0\u00bb Yahv\u00e9 a entendu\u00a0\u00bb est le sens \u00e9tymologique de \u00a0\u00bb Sim\u00e9on\u00a0\u00bb<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn7\"><\/a>(<a href=\"#text7\">7<\/a>)<\/td>\n<td>\u00a0\u00bb L\u00e9vi\u00a0\u00bb signifie \u00a0\u00bb reli\u00e9\u00a0\u00bb, \u00a0\u00bb attach\u00e9\u00a0\u00bb<\/td>\n<\/tr>\n<tr align=\"left\" valign=\"top\">\n<td><a name=\"vn8\"><\/a>(<a href=\"#text8\">8<\/a>)<\/td>\n<td>Classe sacerdotale ancienne (Deut.33,8), rurale ; elle sera vite \u00a0\u00bb d\u00e9class\u00e9e\u00a0\u00bb par le clerg\u00e9 urbain du Temple de J\u00e9rusalem et devint une classe de \u00a0\u00bb servants\u00a0\u00bb du Temple.<\/td>\n<\/tr>\n<\/table>\n<h2>Bibliographie <\/h2>\n<p>BIBLIOGRAPHIE GENERALE<\/p>\n<p>Article GUERRE (milhamah, polemos, War, Krieg)<br \/>\n\tIn Dict.de la Bible, 3\/1, col. 361-366.<br \/>\n\t   Theol. W\u00f6rter. z. A.T.,4, col. 914-926.<br \/>\n\t   Theol. W\u00f6rter. z. N.T.,6, col. 501-515.<br \/>\n\t   Dict. encycl. de la Bible, p. 546.<br \/>\n\t   Anchor Bible Dict., 6, pp. 867-875.<\/p>\n<p>Article PAIX (shalom, eir\u00e8n\u00e8, Peace, Frieden)<br \/>\n\tIn Dict. de la Bible, 4\/2, col.1960-61.<br \/>\n\t   Theol. W\u00f6rter. z. A.T., 3, col.12-46.<br \/>\n\t   Theol. W\u00f6rter. z. N.T., 2, col.398-418.<\/p>\n<p>Von Rad, Der Heilige Krieg im Alten Isra\u00ebl, Z\u00fcrich, 1951.<\/p>\n<p>Kang, S-M, Divine War in the Old Testament and in the Ancient Near East, BZAW 177, De Gruyter, Berlin, 1989.<\/p>\n<p>Niditch, S., War in the hebrew Bible, Oxford Univ. Press, Oxford, 1993.<\/p>\n<p>Williams, J.G., The Bible, Violence &amp; the Sacred, Harper, San Francisco, 1992.<\/p>\n<p>De Vaux, Institutions militaires in Les institutions de l&rsquo;A.T., Cerf, Paris, 1967, pp. 9-86 (avec bibliographie \u00e0 jour 1966, pp. 431-437).<\/p>\n<p>Craigie, P.C., The Problem of War in the Old Testament, Michigan, 1981.<\/p>\n<p>Miller, The divine Warrior in Early Isra\u00ebl, HSM 5, Cambridge (Mass.), 1973.<\/p>\n<p>Stolz, F., Jahwes und Isra\u00ebls Kriege, ATANT 60, Z\u00fcrich, 1972.<\/p>\n<p>Van der Lingen, A., Les guerres de Yahwe, Lectio Divina 139, Cerf, Paris.<\/p>\n<p>*   *   *   <\/p>\n<p>Molamat, A., Conquest of Canaan : Israelite Conduct of War according to Biblical Tradition, in Revue internationale d&rsquo;Histoire Militaire 42(1979), pp. 25-52.<\/p>\n<p>Caquot, La guerre dans l&rsquo;ancien Isra\u00eal, in Rev.Et.juives 224(1965), pp. 257-269.<\/p>\n<p>De Pury, La guerre sainte isra\u00e9lite: r\u00e9alit\u00e9 historique ou fiction litt\u00e9raire, in Etudes Th\u00e9ol.et religieuses 56(1981), pp. 5-38.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Violence, guerre et paix dans la Bible &#8211; Une analyse des textes de Gen\u00e8se. &nbsp; Selis Claude Pr\u00e9sentation g\u00e9n\u00e9rale Pour entrer dans le livre de la Gen\u00e8se Ce n&rsquo;est pas parce que le livre de la Gen\u00e8se se pr\u00e9sente comme le premier de la Bible&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4,14],"tags":[],"class_list":["post-379","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-le-centre-detudes","category-vgp-dans-les-ecrits-biblique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/379","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=379"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/379\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=379"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=379"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.army-chaplaincy.be\/be-fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=379"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}